Ce que la formation professionnelle doit changer pour intégrer les Moocs

Par Mathieu Cisel  |   |  979  mots
(Crédits : University of Salford)
Intégrer les cours en ligne à la réforme de la formation professionnelle nécessite de nombreux aménagements pour garantir la fiabilité et la qualité des Moocs, et leur business model.

La réforme de la formation professionnelle en cours aurait pour objectif de donner aux salariés davantage de liberté dans le choix de leur formation, avec notamment la possibilité de choisir des formations en ligne, à hauteur de 150 heures tous les sept ans (ce qui reste vraiment trop peu). Si j'ai toujours défendu que certains MOOC devaient devenir éligibles pour le Compte Personnel de Formation, cette façon de penser en volume horaire est franchement inadaptée à la formation en ligne. Il faut arrêter de raisonner en termes de feuille de présence. Qui dit cours en ligne dit autorégulation de son temps, et la charge horaire nécessaire pour compléter une formation sur Internet peut facilement varier d'un facteur dix d'un participant à l'autre. Si l'on veut vraiment entrer dans cette logique d'autoformation en ligne, il me semble plus pertinent de raisonner en terme de compétences acquises. La question du volume horaire reste à mon sens une survivance d'une vision désuète de la formation, centrée sur le formateur et le présentiel.

Une offre limitée

Deuxièmement, quelles sont les compétences que l'on veut voir financer ? Evidemment, il serait pertinent de raisonner en termes d'employabilité. Financer des cours sur l'art baroque au 16ème siècle, bof ... Avec toute l'admiration que j'ai pour ceux qui veulent découvrir l'art baroque, il est clair que cela rentre dans le cadre d'une démarche personnelle, et à moins qu'on ne soit dans le marché de l'art, il est difficile de justifier de telles dépenses. Le problème est donc de définir précisément ce qu'on entend par employabilité.

Sans surprise on devrait tomber sur des choses comme la programmation, l'entrepreneuriat, le management, le Web et ce genre de choses. Un peu le même type de formations vers lesquelles Pôle Emploi peut orienter (mais en présentiel). Super ! En attendant, le problème c'est que les MOOC sur ces sujets ne se comptent pas non plus par milliers. Alors bien sûr vous avez des blockbusters comme le ABC de la Gestion de Projet de Centrale Lille ou Du Manager au Leader de Cécile Dejoux. Bien sûr vous avez Open Classrooms et ses nombreux cours sur la création de sites Internet et sur la programmation. Mais pour le moment l'offre reste encore limitée, et l'écosystème est à mes yeux relativement peu développé. C'est une occasion de progresser sans doute.

Trouver le bon modèle

Ce sont des cours de qualité, il n'y a rien à redire là-dessus. Mais qui dit financement dira probablement validation des acquis et certification. Et pour le moment, les certificats issus des MOOC se basent essentiellement sur l'évaluation automatisée et l'évaluation par les pairs. Alors il y a des compétences qui peuvent être validées ainsi, là n'est pas le problème. Mais il y en a tout de même beaucoup qui impliquent les services d'un (ou plusieurs) pédagogue(s) expert(s), ou au moins d'assistants pour évaluer de grands nombres de productions, et donc, un modèle économique. Il y a plusieurs orientations possibles.

Premier point, les MOOC et assimilés s'associent à des personnes compétentes pour accompagner/certifier les futurs apprenants, des tuteurs/examinateurs en quelque sorte. C'est-à-dire que le contenu du cours reste le même pour des milliers (voire des dizaines de milliers) de participants, et seul l'accompagnement et l'examination sont personnalisées, un peu ce que je préconisais dans un article (comme d'autres) il y a déjà deux ans.  Mais si ce système doit passer à l'échelle, il va falloir trouver ces personnes. Pas évident évident tout ça, ça peut faire du monde à recruter, il faut s'assurer de leurs compétences et tout le tintouin.

La fin annoncée de la gratuité

Autre possibilité, une explosion des SPOC (Small Private Online Courses). Des formations à distance de quelques semaines réservées à quelques dizaines de personnes, un peu sur le format des MOOC, mais sans le "massif" et sans le "open". A terme, on peut imaginer un écosystème ou MOOC tutorés et SPOC se concurrencent entre eux pour cet argent dédié à la formation et qu'un marché se crée sur cette niche en quelque sorte. Ce serait pas mal. Car rares sont les cours qui tirent leur épingle du jeu sur le plan économique dans l'état actuel des choses (même s'il y en a). Pour les MOOC, le modèle de gratuité contre notoriété risque de finir par s'essouffler. Les cours en ligne gratuits ont un gros potentiel, mais ils ne peuvent servir uniquement de vitrine. Et aussi motivés et généreux que soient leur concepteurs (et beaucoup le sont), il y a un moment où ils voudront peut-être mettre du beurre dans leurs pâtes et arrêter de travailler à l'œil pour leurs chers « étudiants ».

Mais Pôle Emploi  s'y met aussi. Il a récemment annoncé qu'il mettrait en avant l'offre de MOOC sur son site. Espérons que cela ne sera pas simplement un énième répertoire de liens hypertextes pointant vers telle ou telle formation. Enfin, j'ai eu récemment des OPCA (des gens qui financent la formation professionnelle) au téléphone et qui s'intéressaient sérieusement aux MOOC et qui m'ont posé plein de questions intéressantes. C'est plutôt bon signe ça. Des unes de Challenges, des changements de législation, des annonces de Pôle Emploi, l'oreille des OPCA. Bref, de plus en plus de signaux qui semblent annoncer que les choses pourraient finalement évoluer dans le bon sens. Ou pas. J'ai pris l'habitude ces dernières années d'arrêter de trop espérer, à force d'être systématiquement déçu. Enfin, qui vivra verra.