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OpinionsMooc & co

"Les entreprises ont besoin de MOOC sur-mesure"

Photo de Matthieu Cisel

Matthieu Cisel

Publié le 15 janvier 2015 à 09:30 - Mis à jour le 16 janvier 2015 à 10:03

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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Eric Chardoillet a lancé via son entreprise First Finance, une plateforme de cours en ligne orientés business : des cours de qualité mais qui coûtent cher à produire. Et confirme : le Mooc gratuit est limité. Entretien.

Le monde des MOOC est en évolution rapide, et on observe actuellement l'essor des COOC (Corporate Open Online Course), des MOOC dédiés au monde l'entreprise, et des SPOC (Small Private Online Course). Ces différents formats s'inspirent dans une large mesure des MOOC, et apportent un vent de renouveau au monde du e-learning et de la formation à distance.

Dans ce contexte, des acteurs du domaine des MOOC commencent à se positionner de manière croissante sur des offres payantes et limitées par conséquent à un public plus restreint. C'est par exemple le cas de fbmx.net, une plate-forme de MOOC orientés Business, et lancée en 2013 par l'entreprise First Finance. Pour mieux comprendre ces évolutions, je suis allé à la rencontre d'Eric Chardoillet, son PDG.

Vous lancez le 30 janvier une offre de cours de finance en ligne payants en partenariat avec HEC Paris. Quelles sont les principales différences entre ces nouveaux cours payants et les MOOC que vous aviez offerts jusque-là ?

L'ICCF@HEC Paris est le premier programme certifiant en corporate finance qui s'appuie sur l'efficacité pédagogique des MOOCs. L'innovation tient en 3 différences majeures avec l'offre MOOC actuelle :

Premièrement, il s'agit d'un corpus, trois cours (Analyse financière, Evaluation de société, Choix d'investissement et de financement) qui correspondent à une progression, une logique, et l'acquisition de savoir-faire en plus des savoirs académiques.

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Deuxièmement, il s'agit d'un véritable programme d'executive education ! Nous ne sommes plus dans le 'Massive' mais dans le 'Motive'. Nous croyons à des communautés d'apprenants peut-être moins nombreuses mais plus actives! C'est une première lancée par HEC Paris Executive Education, en partenariat avec First Finance en français, anglais et chinois.

Troisièmement, ce programme mène à un examen présentiel, pouvant être passé dans 160 pays - ce n'est à ma connaissance le cas pour aucun MOOC à ce jour.

Tout ceci est finalement résumé par le fait que cette formation est sanctionnée par un certificat HEC Paris!

Pouvez-vous détailler les raisons de changement de modèle ? Allez-vous poursuivre la production de cours gratuits en parallèle des cours payants ?

Notre expérience des MOOC et les succès rencontrés (70 000 participants à ce jour), nous ont convaincu que ce format est tout d'abord très efficace d'un point de vue pédagogique dès lors que les ressources pédagogiques sont de grande qualité et que le social learning (forum, sessions live d'échange, correction par les pairs) est favorisé. Ensuite, les apprenants ont un grand besoin de validation des connaissances. Dès lors, une certification délivrée par HEC Paris apporte beaucoup de valeur. Enfin, nous considérons qu'il est très important d'associer excellence académique et meilleures pratiques professionnelles.

D'un point de vue stratégique, nous nous concentrons aujourd'hui d'une part sur les programmes certifiants en partenariat avec des institutions prestigieuses telles que HEC Paris ou Tsinghua University, la première université chinoise. Un programme en finance de marché est également en cours d'élaboration avec une université américaine prestigieuse et sera lancé fin avril 2015. D'autre part, nous sommes très actifs dans les SPOC (Small Private Online Course) dans le secteur financier / soft skills car notre positionnement est d'offrir un service intégré : contenu et technologie.

Pensez-vous à terme que les MOOC gratuits disparaîtront au profit d'offres payantes, au moins sur les cours orientés vers l'entreprise ?

Un MOOC de qualité est nécessairement cher à produire. Les MOOC gratuits mettront beaucoup de temps à couvrir une part significative des connaissances et ne pourront être que génériques. Or, les entreprises ont souvent besoin de MOOC sur-mesure. Il est intéressant de faire intervenir des experts internes ou des managers, dans différentes actions pédagogiques : contenu vidéo, forum, session live.

Par ailleurs, certaines banques et entreprises nous demandent de construire de véritables architectures de formation. C'est beaucoup plus difficile à réaliser si l'on doit faire du cherry picking de MOOCs gratuits existants.

Le modèle gratuit ou freemium survivra sans doute sur les grands portails comme Coursera ou edX.org, car les universités, pour des raisons de prestige et dans la réalisation de leur stratégie, ont éventuellement intérêt à y être présentes et à fournir du contenu.

Selon vous, pourquoi les entreprises s'intéressent-elle de manière croissante à ce nouveau type de formation en ligne ?

Prenons l'exemple d'un MOOC sur le risk management que nous développons en partenariat avec la Société Générale. SG déploiera pour plusieurs milliers de personnes dispersées géographiquement, en simultané, un contenu identique, en intégrant les spécificités internes à la banque, tout en créant une communauté interactive d'apprenants motivés par un format pédagogique attractif.

Délivrer cette formation en format présentiel nécessiterait des dizaines de formateurs envoyés partout dans le monde à un coût pédagogique et logistique sans commune mesure, sans avoir la possibilité d'apprécier l'adhésion à la formation. Le format SPOC en se déroulant sur plusieurs semaines permet de plus un ancrage des connaissances dans le temps plus important et offre à chacun une plus grande flexibilité dans l'organisation de son temps de formation.

Le format peut également être utilisé pour 'sourcer' les candidats. C'est notre vision en Europe mais également en Chine, où nos clients développent des stratégies de recrutement et de formation des graduates.

Pensez-vous qu'à terme les évolutions en cours rebattent les cartes dans le domaine de la formation professionnelle, en tout cas sur les thématiques chères au monde de l'entreprise comme la finance ?

Nous allons vivre une révolution de la formation professionnelle avec un recours grandissant au format MOOC pour couvrir le corpus de connaissances fondamentales ; le recours à la formation présentielle sera de plus en plus réservé aux mises en situation et approfondissements très techniques.

Cette mutation a commencé puisque nous sommes en train de produire plus de 20 MOOCs ou SPOCs sur des problématiques de corporate finance, finance des marchés, risk management ou encore leadership!

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Le monde évolue vite. Un manager doit aujourd'hui être également formé à des techniques et des problématiques qui n'étaient pas aussi cruciales voire qui n'existaient pas il y a dix ans : le marketing digital, le social selling, le big data. Les entreprises doivent donc mettre à jour les connaissances et compétences leurs cadres et leurs managers, dans le monde entier, dans des temps courts, sous contrainte financière : quelle meilleure solution que le MOOC Entreprise ?

Matthieu Cisel

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