Peut-on gérer la croissance effrénée des data centers du Grand Paris ?

Par Jean-Pierre Gonguet  |   |  678  mots
Les data centers vont prendre le quart de la demande d'énergie à venir de la métropole (Crédits : IAU IDF)
Les data centers du Grand Paris consommeront en 2030 autant qu’un million d’habitants. Mais on n’anticipe pas leur croissance ultra rapide, des déséquilibres structurels forts apparaissent et la saturation s’approche très vite. Pourtant, ils sont vitaux pour le développement numérique.

L'Ile-de-France a quelque chose d'un paradis. Du moins pour les data centers. On y trouve en effet un foncier encore très abordable, une situation géographique à l'abri des risques naturels, une alimentation électrique de qualité à prix attractif pour les industriels, tout cela dans une région économiquement forte. Toutes les conditions requises pour les data centers.

Plaine Commune, dans le nord de Paris, est ainsi devenu le paradis des paradis puisque, selon Daniel Thepin, auteur d'un rapport pour l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile de France, "il s'agit de la plus forte concentration de data centers en Europe sur un territoire". Certes Paris intra-muros et la Défense en comptent beaucoup mais du côté d'Aubervilliers, Saint-Denis ou Villetaneuse, ça explose. On en recense aujourd'hui une quinzaine, sur une surface de 180.000 m2.

Les raisons? Puissance de l'alimentation électrique, autrefois installée pour répondre aux besoins de l'industrie lourde, selon Daniel Thepin, bonne desserte en infrastructure de transport, accès direct aux grandes artères du réseau Internet, foncier disponible à un coût abordable et, bien sûr, proximité des grandes concentrations de clients potentiels des data centers. Notamment, des grands acteurs du numérique de la Plaine Saint-Denis. Souci : ça sature. Tant du point de vue de l'alimentation électrique que de la disponibilité foncière.

A Aubervilliers, le data center consomme autant que la ville.

Certes des implantations sont prévues dans le sud de la métropole à moyen terme mais pour l'instant elles n'absorberont pas l'augmentation annoncée de la demande : en 2030 les data centers de la métropole auront besoin d'autant d'électricité qu'une ville d'un million d'habitants.

Déjà, une ville comme Aubervilliers a vu sa consommation d'électricité doubler à cause des data centers. A la Courneuve, 39 000 habitants, le nouveau data center consomme l'équivalent d'une ville de 50 000 habitants. Mixité de l'énergie ou pas, ces data centers ont avant tout besoin de "la disponibilité sur le site d'accueil potentiel d'une forte puissance d'alimentation électrique, sécurisée et bon marché."

 Et cela d'autant plus que, la demande étant croissante, "les data centers ont tendance à surévaluer leurs besoins pour anticiper leur croissance et réservent de la capacité auprès d'ERDF et cette sur-réservation pose problème car ERDF ne peut plus commercialiser ces puissances qui, réservées à peu de frais, ne seront pas forcément consommées". Des déséquilibres structurels menacent, les data centers devant représenter  à eux seuls le quart de l'augmentation des besoins en énergie du Grand Paris, soit à peu près 1 000 MW supplémentaires pour eux seuls d'ici 2030.

Un réel problème de décision politique

Pour une région qui importe plus de 90% de l'électricité qu'elle consomme, il va falloir réaménager fortement les réseaux et les implantations. Bougrement compliqué car fournir en énergie dans des lieux où le foncier est encore abordable, loin du centre de la métropole, des data centers d'au moins 10.000 m2 qui consomment autant que 50.000 habitants, n'est pas encore pas tout à fait planifié par l'opérateur historique.

Les data centers sont en tout cas en train de poser un véritable problème à la gestion métropolitaine : l'implantation de nouveaux postes sources est un aménagement lourd, les délais de mise en œuvre sont très conséquents,"puisqu'il peut s'écouler jusqu'à dix ans entre la prise de décision et la mise en service de ces équipements alors qu'il faut trois ans pour construire un data center", souligne Daniel Thepin.

Data Centers Parks ?

Ou installer ces data centers pour éviter les inégalités territoriales ? L'Essonne semble être la meilleure réponse pour l'instant. Mais cela ne suffira pas. En outre, qui prendra les décisions politiques d'implantation? Ces data centers sont vitaux pour le développement économique mais comme ils sont moches (très moches !), il ne créent que très peu d'emplois directs, rapportent peu fiscalement, et sont énergivores. Reconvertir un ancien site industriel en "Data Centers Park" ? Cela n'a jamais fait rêver un élu local.