Quand Hollande tente de sauver Whirlpool Amiens pour aider Macron

Par Gaëtane Deljurie, à Lille  |   |  603  mots
Depuis l'annonce de l'arrêt de la production de sèche-linges à Amiens au 1er juin 2018 pour la délocaliser en Pologne, les 295 salariés du groupe américain, les 56 salariés du sous-traitant Prima et l'ensemble du territoire sont dans l'attente d'un hypothétique repreneur. (Crédits : © Anindito Mukherjee / Reuters)
Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a reçu aujourd'hui les syndicats de l'usine Whirpool d'Amiens et de son sous-traitant Prima. Hasard du calendrier (ou pas), la réunion se tient à J-10 jours du premier tour de l'élection présidentielle.

Doit-on y voir une manœuvre du président Hollande pour qu'Emmanuel Macron puisse grappiller des voix en Picardie ? Le candidat, invité de L'Emission Politique jeudi dernier avait été interpellé sur le sort de l'usine picarde par le journaliste François Ruffin, réalisateur du documentaire Merci Patron ! En tant qu'ancien ministre de l'économie, Emmanuel Macron avait répondu en substance qu'il ne voulait pas faire de démagogie : « Je ne vais pas aller sur un camion et dire ça ne fermera pas. »

Il semblerait que le gouvernement ne soit pas de cet avis. Après l'annonce de l'arrêt de la production de sèche-linges à Amiens au 1er juin 2018 pour la délocaliser en Pologne, les 295 salariés du groupe américain, les 56 salariés du sous-traitant Prima et l'ensemble du territoire étaient dans l'attente d'un hypothétique repreneur. Le gouvernement socialiste l'avait promis, il allait tout faire pour que le site ne mette pas la clef sous la porte.

Cazeneuve se félicite de premiers résultats « significatifs »

Suite à la rencontre de ce matin entre le Premier ministre Bernard Cazeneuve et les syndicats de Whirlpool Amiens et de son sous-traitant Prima, le communiqué de Matignon a forcément bien insisté bien sur des premiers résultats « significatifs » avec « une quinzaine de marques d'intérêt exprimés par des repreneurs qualifiés, porteurs de projets industriels pertinents ».

Il faut dire que Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts de France et soutien indéfectible de François Fillon dans la campagne présidentielle, n'avait pas attendu cette réunion prévue de longue date avec Matignon pour annoncer fin mars que Whirpool avait « au moins deux industriels » candidats à la reprise, lors d'un point presse au siège de région à Lille.

Sans dévoiler les noms, il avait affirmé sur Twitter que Whirpool devait « vraiment jouer le jeu et ne pas faire semblant », en faisant évidemment référence aux responsabilités du groupe américain vis-à-vis de la législation française. Des paroles politiques d'un côté comme de l'autre sauf que pour les syndicats, il n'y a pour l'instant rien de concret.

Un calendrier pré-législatives

Mi-mars, avec la région des Hauts de France, le département de la Somme et la ville d'Amiens, Bernard Cazeneuve avait frappé fort en signant un plan pour l'Amiénois prévoyant 220 millions d'euros d'investissements de la part de l'Etat, pour 900 formations supplémentaires dans le domaine de la santé, des énergies renouvelables et du numérique ainsi que pour une ligne ferroviaire Roissy-Picardie d'ici 2024 afin de désenclaver la préfecture de la Somme.

Il faut dire que la nouvelle a frappé un territoire exsangue. A Amiens, le chômage flirte déjà avec les 13%. Et les habitants se souviennent très bien des « GoodYear », dont le site a fermé en janvier 2014 entraînant la suppression de près de 1.200 postes dans le cadre d'un plan social mouvementé. Les 6 millions d'euros injectés par l'Etat pour « revitaliser » le site n'ont servi à rien. Le territoire ne s'est pas non plus remis de la fermeture de l'usine Continental (680 salariés) en 2009.

Toujours est-il que, suite à cette réunion de jeudi, le gouvernement a renchéri avec un calendrier défini : la remise des manifestations d'intérêt à la reprise devra se faire d'ici au 26 mai, suivies d'offres fermes le 2 juin. Bernard Cazeneuve s'est en outre engagé à tenir les parties « étroitement informées de l'avancement de ses démarches ». Une commission de suivi sera mise en place pour poursuivre le travail « au delà de la présidentielle ».