Pourquoi United Technologies ne va pas vendre Sikorsky

Par MC avec agences  |   |  844  mots
"Je pense qu'une vente de Sikorsky serait très compliquée à cause des aspects fiscaux", a déclaré le nouveau directeur général d'United Techonologies Corp (UTC), Greg Hayes (Crédits : reuters.com)
Le nouveau directeur général du groupe industriel United Technologies (UTC), Greg Hayes, a laissé entendre jeudi soir à New York qu'une vente du constructeur d'hélicoptères était peu probable en raison des conséquences fiscales pour l'acheteur.

Vers une scission plutôt qu'une vente de Sikorsky (groupe United Technologies), un des grands rivaux d'Airbus Helicopters dans le domaine militaire. C'est ce qu'a laissé entendre le nouveau directeur général du groupe industriel United Technologies (UTC), Greg Hayes, qui a estimé jeudi qu'une vente de du constructeur d'hélicoptères était peu probable en raison des conséquences fiscales pour l'acheteur. UTC avait indiqué mercredi étudier des alternatives stratégiques pour Sikorsky, y compris une scission pour en faire une société indépendante ou une vente.

"Je pense qu'une vente serait très compliquée à cause des aspects fiscaux", a déclaré Greg Hayes à des journalistes après une présentation aux investisseurs à New York.

Sikorsky fait partie d'UTC depuis 1929 et sa valeur s'est donc considérablement appréciée depuis, ce qui entraînerait une lourde facture fiscale pour un éventuel acquéreur, a-t-il noté. Les analystes sont également de cet avis et jugent plus probable une scission "tax-free" comme celles réalisées ces dernières années par Northrop Grumman avec sa filiale de construction navale Huntington Ingalls Industries ou par ITT avec Exelis, société aujourd'hui en cours de rachat par Harris.

Discussions pour la vente de Sikorsky mais...

Greg Hayes a reconnu "avoir discuté ces derniers mois avec certaines personnes d'une éventuelle acquisition. Mais je leur ai dit très clairement que ce serait très compliqué d'aboutir, et au fur et à mesure de ces discussions il est devenu évident que les candidats seraient très peu nombreux". Auparavant directeur financier d'UTC, il a succédé en novembre à Louis Chenevert, le précédent directeur général qui considérait jusqu'ici le fabricant des hélicoptères Black Hawk comme un actif intouchable.

Le ministère américain de la Défense, l'un des principaux clients de Sikorsky, a informé UTC qu'il ne s'opposerait pas à une scission, a confié à Reuters une source du Pentagone. L'action United Tech, composante du Dow Jones, a pris 2,45% à 121,24 dollars à Wall Street jeudi au lendemain des annonces du groupe, qui avait annoncé mercredi qu'il étudiait différentes options stratégiques pour Sikorsky. "Dans le cadre de l'examen de notre portefeuille annoncé en décembre dernier, nous étudions différentes options stratégiques pour Sikorsky, afin de déterminer la meilleure façon d'assurer son succès sur le long terme et de créer davantage de valeur pour les consommateurs et les actionnaires d'UTC", a déclaré Greg Hayes, dans un communiqué publié sur le site du groupe mercredi.

Une décision en fin d'année?

"Nous sommes en train d'évaluer si l'activité de Sikorsky en tant que fabricant d'hélicoptères, avec une clientèle principalement militaire, ne serait pas positionnée au mieux en tant qu'entreprise indépendante, et si une scission ne permettrait pas à United Technologies de mieux se concentrer sur la livraison de systèmes de haute technologie et des services à l'aéronautique et à l'industrie du bâtiment", avait précisé Greg Hayes. UTC fabrique également les ascenseurs Otis et les moteurs d'avions Pratt and Whitney.

L'examen des options stratégiques doit s'achever avant la fin de l'année, selon le groupe, qui précise qu'"aucun calendrier n'a été fixé, et qu'il ne peut y avoir aucune certitude quant à la décision d'une scission ou de toute autre transaction".

Sikorsky en pleine forme

En 2014, Sikorsky a signé quatre contrats majeurs. le constructeur de Stratford dans le Connecticut a ainsi remporté des commandes de 1,3 milliard de dollars en Turquie pour la fourniture de 109 UH-60 Blackhawk avec transfert de technologies à l'industrie turque, de 8 milliards pour 112 hélicoptères de recherche et sauvetage armés HH-60W Pave Hawk destinés à l'US Air Force, de 3,2 milliards pour la construction des prochains hélicoptères basés sur le S-92 dans le cadre de l'appel d'offre VXX et, enfin, de 500 millions pour le développement du SB-1 Defiant avec Boeing pour le Joint Multi Role Technology Demonstrator.

En outre, Sikorsky compte vendre autour de 400 hélicoptères au Proche-Orient dans les cinq à dix années à venir, soit à peu près ce qu'il a déjà livré dans la région à ce jour. "L'expansion de la flotte existante de 400 se fera proportionnellement et la modernisation portera ce nombre dans la région", a récemment expliqué le responsable du constructeur d'hélicoptères pour la région Proche-Orient-Turquie et Afrique, Anand Stanley. La plupart des pays du Proche-Orient, notamment les monarchies du Golfe, s'emploient à moderniser leurs économies et leurs infrastructures de transport, ce qui stimulera la demande d'hélicoptères, a-t-il précisé, en marge d'un salon de la défense IDEX à Abu Dhabi.

Sur la base des livraisons 2014 donnée par Airbus Helicopters, le constructeur européen basé à Marignane détient 44% des parts de marché sur le secteur civil et parapublic devant l'américain Bell (21%), l'italo-britannique Agusta Westland (16%) et l'américain Sikorsky (7%). Mais dans le secteur militaire, c'est Sikorsky qui a dominé tous ses rivaux avec 21% de parts de marché, devant les constructeurs russes (19%), Boeing (14%) et Airbus Helicopters (11%).