Paris pourrait accueillir 38% de touristes supplémentaires d'ici à 20 ans

Par Marine Lathuillière  |   |  901  mots
Au 1er semestre 2012, 7,8 millions de touristes sont venus visiter Paris. Copyright Reuters/Mal Langsdon (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Paris fait figure d'exception en France : la fréquentation touristique de la capitale a été très bonne au premier semestre. L'Office du tourisme et des Congrès de Paris table sur 21 millions de visiteurs en 2030 (+38% par rapport à 2010). La situation est bien moins brillante dans le reste de la France. La clientèle internationale y est moins importante. Et les touristes français voyagent moins : à Paris comme en province.

Exception en France, la fréquentation touristique de Paris est très bonne au premier semestre 2012. Paul Roll, le directeur général de l'Office du Tourisme et des Congrès de Paris, s'est félicité lors d'une conférence de presse ce jeudi : « Paris est un bastion de résistance en terme de fréquentation touristique ».

Au premier semestre 2012, 7,8 millions de touristes sont venus visiter Paris. Ces bons résultats sont soutenus par l'augmentation du nombre de touristes étrangers de +6%. En dehors de l'attractivité culturelle de la ville, cette croissance s'explique notamment par des taux de change favorables.
Elle compense largement le fléchissement de la fréquentation française à 3,6 millions (-3,2%). Pour l'expliquer, l'Office du tourisme évoque principalement : les élections qui ont bloqué quatre week-ends, les ponts du mois de mai qui ont pénalisé les voyages d'affaires et la crise.

D'ici à la fin de l'année, selon l'Office du tourisme, la fréquentation touristique de la ville devrait connaître une croissance globale de 1,5% par rapport à 2011.

Les touristes américains, anglais, japonais ou suisses sont toujours plus nombreux

Ce retour des touristes étrangers s'illustre d'abord par celui des visiteurs américains : 670.000 sont venus à Paris au premier semestre (+14,5%).
Les Anglais, deuxième du classement des visiteurs étrangers, sont eux 503.000 à avoir visité la capitale française pendant cette période (+7,9%).
Un an après la catastrophe de Fukushima, les Japonais ont été 251.300 à venir (+6,2%).
La plus forte progression est enregistrée par les Suisses. Ils sont 154.400 à être venus à Paris soit 23,9% de plus que l'année dernière à la même période.

En revanche, et rien de très étonnant à cela, les Espagnols sont beaucoup moins nombreux à avoir séjourné dans la capitale française : 193.200 en baisse de 22%.

La Chine et le Proche-Orient : deux nouveaux marchés en expansion

Cette croissance du tourisme parisien est aussi soutenue par l'émergence de nouveaux marchés émetteurs dont les classes moyennes se développent.
Il y a eu notamment 75.900 visiteurs chinois au premier semestre. Ce qui représente une augmentation de 14,7%.
Mais Paul Roll souligne que nombre d'entre eux séjournent « dans des hôtels en dehors de Paris et même de l'Ile de France ». Ainsi, leur présence est probablement sous estimée. Il précise aussi à ce sujet que « les hôteliers ont beaucoup travaillé à l'adaptation des Chinois dans leurs hôtels ». Ainsi, bouilloires et nouvelles chaînes de télévisions ont été installées dans les chambres...
En ce qui concerne le reste de l'Asie, ils sont plus de 185 000 à être venus à Paris. Cela correspond à une progression de 16,2%.

Autre forte progression : les touristes qui viennent du Proche et du Moyen-Orient. 141.000 voyageurs proviennent de ces régions. L'augmentation est de l'ordre de 19,6%.

21 millions de touristes en 2030

Selon Thomas Deschamps, responsable de l'observatoire de l'Office du tourisme et des Congrès de Paris, « une marge de progression est encore possible pour Paris ». Une étude de l'office évoque la possibilité d'avoir près de 21 millions de touristes à Paris en 2030. C'est 38% de plus qu'en 2010.

Entre 2008 et 2012, la ville a augmenté de 2% ses capacités de logements. Pour l'heure, dans les hôtels, les taux d'occupation sont stables et reste très élevés à 79%.
D'ici 2018, les capacités de logements devraient être augmentées de l'ordre de 5% soit 4000 nouvelles chambres. Les nouveaux hôtels seront construits sur des terrains privés, des terrains de la ville ou via la transformation de bureaux en hôtels.

L'hôtellerie parisienne se porte bien et les prix moyens ont augmenté de l'ordre de 6,9% à 164 euros la nuit.

Une situation bien moins glorieuse dans le reste de la France

La situation économique du secteur est beaucoup moins florissante dans le reste de la France. Un bilan provisoire du cabinet Protourisme publié ce jeudi met en évidence une baisse de 5% du nombre de nuitées à la mi-août pour la saison estivale de l'ensemble de la France.

Depuis le printemps, d'après ce baromètre, dix millions de nuitées ont été perdues au total dans le tourisme de loisirs. Le cabinet Protourisme explique cela par le mauvais temps et la crise. Les Français, en effet, continuent de se « serrer la ceinture », réduisant leurs dépenses annexes (restaurants, achats, sorties).

Au début du mois d'août, une enquête du cabinet InExtenso-Deloitte révélait que la fréquentation des hôtels français était en baisse au premier semestre et ce quelque soit la catégorie. Selon ce cabinet, si Paris échappe à la morosité du secteur c'est parce que les hôtels attirent tant les hommes d'affaires que les touristes. En revanche, en province, la clientèle est moins diversifiée, l'économie y est moins internationalisée.

Le président du Synhorcat, deuxième organisation patronale de l'hôtellerie-restauration, s'est dit « inquiet » mardi au terme de la saison touristique. Didier Chenet dans un communiqué évoque « l'activité en repli, la fréquentation des établissements mauvaise et la saison touristique des plus calamiteuses ». Il estime que « l'addition risque d'être salée » pour des milliers d'établissements.

Les mauvais résultats de l'été ne laissent en effet rien présager de bon pour l'avenir. C'est en tout cas ce qu'a expliqué ce jeudi, Roland Héguy, président de l'Umih, à l'AFP : « Juillet-août sont des mois forts où les professionnels comptent faire leur trésorerie. Cet automne et cet hiver vont être très durs à passer ».