Le "Je suis chrétien" de Fillon, une affirmation pour le moins incongrue

Par Pierre-Yves Cossé  |   |  737  mots
(Crédits : DR)
François Fillon a proclamé sa foi devant les téléspectateurs. « Je suis chrétien » a-t-il dit. L'affirmation est soit puérile, soit inquiétante et sûrement incongrue.

Voulant rassurer sur sa politique sociale, François Fillon a proclamé sur TF1 « Je suis chrétien » L'affirmation est soit puérile, soit inquiétante et sûrement incongrue.

Puérile. Il suffit de regarder le paysage politique français. L'on trouve des chrétiens aussi bien chez Marine Le Pen que chez Jean-Luc Mélenchon. Sur tous les grands sujets politiques, économiques, sociaux, institutionnels, les chrétiens ont des positions contradictoires. Même sur la torture, du temps de la guerre d'Algérie, des catholiques pratiquant et communiant, étaient partisans de la torture, officiers parachutistes et aumôniers en tête. Au nom du bien commun et de sa foi, n'importe quel catholique peut soutenir, qu'il faut augmenter les salaires, les cotisations et les impôts ou les diminuer. Et c'est ce qui se passe.

 Inquiétante. Admettons un instant que François Fillon soit convaincu que l'on puisse passer directement d'une foi religieuse à la politique pratique. Ce serait de nature à inquiéter non -croyants et croyants. La foi relève de l'absolu et la politique du relatif. Si vous mêlez les deux, l'adversaire devient un hérétique et un pêcheur. Pour tous les fondamentalistes, on ne triche pas avec Dieu et le compromis est impossible entre ceux qui détiennent la Vérité et ceux qui sont dans l'Erreur. C'est ce qu'ont tenté de faire durant des siècles la papauté et les grands réformateurs, relayés par les clergés, souvent pour le malheur des hommes.

Choisir le moindre mal

À dire vrai, la plupart des croyants dans la France du XXIe siècle font la distinction entre les domaines. Rappelons par exemple le discours émouvant de Claudius Petit à l'Assemblée nationale lors du débat sur la loi Veil ; tout en rappelant ses convictions religieuses, il prenait en compte les souffrances de beaucoup de femmes, les situations insupportables dans lesquelles  elles se trouvaient  et il respectait des conceptions différentes des siennes. Il concluait en annonçant qu'il voterait la loi sur l'interruption volontaire de grossesse.  Il y a beaucoup d'autres cas où l' homme politique est obligé de choisir non pas la « bonne solution » mais le moindre mal »...   Après, chacun s'arrange, comme il le peut, avec sa conscience.

 Incongrue. L'affirmation fillonesque  ne se respecte pas la tradition française de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Qu'un homme politique soit croyant et pratiquant, personne n'y voit d'inconvénient, sinon une poignée de laïcs soupçonneux. Mais l'homme politique ne se réfère pas à sa foi dans la vie publique.

L'échec de la démocratie chrétienne en France

La France est un pays où la démocratie chrétienne a échoué. Le MRP a disparu pas seulement à cause des erreurs de ses dirigeants. Le rejet était plus profond et ne concerne pas que la France. Plusieurs de ces partis en Europe se sont progressivement affaiblis ou ont disparu, même en Italie.

L'affirmation  est particulièrement inopportune au moment où les Salafistes, qui ont progressé au sein de la population musulmane, refusent toute séparation entre les domaines et veulent au nom de leur foi régir les mœurs et les règles de la vie sociale en France, voire la politique. Que dirait Monsieur Fillon si un candidat à des élections politiques françaises affirmait « Je suis salafiste » ?  Puisse  le croyant François Fillon adopter le comportement qu'il exige des autres  hommes politiques croyants.

 Il ne serait pas charitable d'opposer l'affirmation de Monsieur Fillon aux mensonges publics et aux dissimulations, qui sont son pain quotidien, d'autant que le christianisme est la religion du pardon des péchés. Les plus grands pécheurs et pécheresses se retrouvent au ciel et à une bonne place. Faut-il encore qu'ils aient reconnu leurs fautes et fait pénitence. C'est la voie qui reste ouverte au croyant et pécheur François Fillon. Il n'est pas sûr que les électeurs soient aussi magnanimes.

 Pierre-Yves Cossé

Février 2017

PS : Dommage que François Mauriac ne soit plus parmi les vivants.  Nous serions dans l'attente de son bloc-notes et de ses méchancetés sur les turpitudes des bourgeois de province. Que l'ancien maire de Sablé soit patient. Dans l'autre monde, le François bordelais saura extraire du François manceau une confession complète et lui donner de sa voix de confessionnal une complète absolution