Après le sens, le rêve s’installe en entreprise

Par Marianne Urmès  |   |  962  mots
(Crédits : dr)
Le rêve a-t-il sa place dans le monde du travail ? Peut-il devenir un vecteur d’engagement durable des salariés ? Quelle responsabilité des dirigeants et des managers à faire rêver et à permettre le rêve ? Qui sont les leaders rêvés de demain ?

La grande enquête La Boîte à rêves, c'est le pari d'unir une bonne fois pour toutes deux notions qu'a priori rien ne relie naturellement : le rêve et l'Entreprise. La bonne nouvelle ? Cette idée saugrenue ne l'est en réalité pas tant. 2.500 Français et 11 grands dirigeantes et dirigeants se sont prêtés au jeu du rêve en répondant aux questions de The Boson Project et Capgemini Consulting et se sont essayés à re-enchanter l'Entreprise.

Bienvenue dans cette Boite à rêves en passe d'être la Boîte de rêve.

L'entreprise revalorisée comme lieu de rêves

Ces dernières années, Entreprise a beaucoup rimé avec... Crise. Crise économique bien sur, mais aussi crise de sens pour des collaborateurs déboussolés, en quête de « quelque chose d'autre ». Et pourtant quand on demande aux Français de prendre du recul et de se pencher sur le rêve et l'entreprise, deux notions a priori antinomiques, ils sont positifs. Pour 82 % des répondants, rêve et entreprise « matchent », c'est un couple compatible. Au-delà de la compatibilité, il y a à leurs yeux une impérieuse nécessité : pour 62,5% d'entre eux, rêver en entreprise est « vital » (pour 36 %, c'est « un plus » et pour seul 1,5 % c'est « inapproprié »).

Malheureusement, malgré l'évidence proclamée que le rêve en entreprise est une nécessité, tout le monde ne rêve pas... plus précisément, 40 % des répondants ne rêvent pas dans leur entreprise actuelle. Sans culture d'entreprise facilitatrice, rêver en entreprise reste un luxe.

Or ce luxe n'en est plus un pour les entreprises. Les frontières entre vie pro et perso étant de plus en plus poreuses, le rêve s'infiltre doucement, mais surement dans le monde de l'entreprise. La quête d'épanouissement est globale : je veux rêver en entreprise et donner vie à mes rêves autant je le fais dans ma vie personnelle. L'entreprise passe d'un moyen de rêver « à coté » à une fin, à un lieu de rêve en soi. Cette revalorisation du rôle de l'entreprise dans la vie des Hommes questionne aussi sa mission. Faire rêver le capital humain et permettre l'éclosion de rêves en Entreprise devient vital pour les organisations qui voudront, demain, pouvoir attirer, retenir et motiver leurs talents Homo Oniricus...

Après la quête de sens, la quête de rêve

Après avoir nourri le ventre de l'Homme avec du travail, son ego avec de la reconnaissance, son cerveau avec du sens ... l'entreprise nourrit son âme avec du rêve. Rêver, c'est être inspiré par quelque chose qui nous dépasse et pour lequel nous serions prêts à nous dépasser.

On parle beaucoup de sens aujourd'hui : des salariés qui veulent trouver du sens dans leur travail pour s'y épanouir, qui veulent avoir un impact. Mais ce sens s'il est important n'est peut-être pas suffisant pour engager durablement les collaborateurs. À la question « as-tu besoin de rêver pour t'engager ? », 81% des répondants ont répondu par l'affirmative. Si le sens apporte l'épanouissement, le rêve quant à lui est source d'engagement. Et cela est loin d'être un gadget. Dans cette période où les entreprises font face à une nécessaire remise en cause, sans collaborateurs engagés elles n'arriveront pas à conduire cette transformation.

Qui dit rêve dit engagement, qui dit engagement dit performance, qui dit performance dit transformation : qui dit rêve dit transformation.

À la question ouverte « de quoi aurais-tu besoin pour rêver ? », le « temps » a été plébiscité par le plus grand nombre de répondants. N'est-ce pas cela le vrai investissement pour les entreprises aujourd'hui : investir dans le temps, le temps indispensable au rêve et à l'engagement ? Ce temps au rien, ce rien qui n'existe plus dans une vie où tout est optimisé et qui pourtant est souvent la source des innovations de rupture ?

Il y a ici une jolie dichotomie en termes de temporalité : alors que les entreprises doivent se transformer sous le dictat du temps court qui est le notre, la transformation passera par l'aménagement de bulles de temps long en son sein pour permettre aux collaborateurs engagés de rêver et engagés à rêver.

Le leader, le gardien du rêve

Rêver oui, mais comment rêver ? Aux yeux des répondants, les clés du rêve en entreprise n'ont rien de complexe et rappellent l'entreprise à ses fondamentaux : un management facilitateur du rêve individuel et un leadership garant du rêve collectif.
Le leader détient la clé ultime du rêve en entreprise : il a une responsabilité à inspirer et à faire rêver tous les échelons de la pyramide. C'est même peut-être sa mission principale. Pour 40% des répondants, le leader doit donner « la passion » à ses collaborateurs, avant même de donner une vision (35%), un champ d'action (16%) ou l'information (9 %). Aspirationnel, il sait rêver et partager ses rêves à tous les échelons pour embarquer les collaborateurs qui à leur tour pourraient se prendre à rêver.
Une nouvelle mission qui passe par un nouveau modèle de leadership. Ce leader pourvoyeur de rêves a trois principaux attributs : il/elle est accessible, à l'écoute et pluriel. Ce n'est plus un super héros sans faille : pour 55 % des répondants, c'est « quelqu'un auquel ils peuvent s'identifier ». Face à la complexité du monde, le leadership se doit d'être partagé pour 80% des répondants : des mains qui se partagent le gouvernail et des mains qui tournent. Bref un leader collaboratif, humble, empathique...

La Boîte à Rêves, c'est le constat que l'entreprise mute : après s'être dotée d'un cœur, elle se dote d'une âme.