Le leader de demain : un leader réparateur ?

Par Daphné Bédinadé et Pierre Hurstel  |   |  750  mots
Pierre Hurstel est l'ancien directeur des ressources humaines monde chez Ernst & Young, il est aujourd'hui président de l'association Toulouse Business School Alumni et de la fondation de la même école. (Crédits : DR)
Dans le cadre du cycle de conférences « Humanités & Sociétés », organisé par l’Institut de Technologie et de l’Innovation de Paris Sciences et Lettres (PSL-ITI) ainsi que de The Boson Project, ayant pour dessein de remettre au goût du jour les humanités au travers d’une approche interdisciplinaire, Pierre Hurstel ouvre le bal sur la question du leadership.

Qu'est ce qu'un leader ?

Cette question renvoie à l'éternelle réflexion de l'inné ou de l'acquis : existe-t-il un leadership naturel ? Le leadership est-il une compétence comme les autres qui s'acquiert ? À mes yeux, être ou devenir un leader, cela s'apprend. Il est difficile d'établir un portrait-robot du parfait chef de troupe, mais la mission de ce dernier requiert des attributs clefs, qui eux s'apprennent et s'entretiennent : la flexibilité ou savoir s'adapter ; l'humilité ou faire preuve de déférence ; le rire ou ne pas se prendre trop au sérieux ; la présence du dirigeant ou le fait de participer pleinement au projet collectif ; le respect ou l'égale appréciation de l'autre ; la fragilité ou admettre ne pas tout maitriser ; et enfin, l'exemplarité ou être aligné sur ses principes.

Tout cela c'est précisément ce qui va faire qu'il sera écouté. Un leader est, selon moi, une personnalité qui inspire, qui pense et qui agit, qu'elle soit experte ou non, il détient une expérience empirique de ce que veut dire être un leader. Pour moi le chef c'est l'assistant de ses subordonnés, cela suppose qu'il connaisse leurs gestes, leurs expériences et compétences, quand vous dirigez, vous savez où est l'autre : il faut des intentions parallèles.

Quelles grandes transformations traversent le leadership aujourd'hui ?

Il apparaît que l'on ne peut parler des entreprises sans parler de la société dans laquelle elles s'inscrivent, en effet, si l'on poursuit la réflexion de Michel Maffesoli et, plus largement celle de la sociologie postmoderne, on note une véritable mutation des mentalités au sein de nos sociétés, aujourd'hui nous n'aspirons plus à travailler, nous voulons changer le monde, modestement ou moins modestement, en somme nous rêvons notre rapport à la valeur.

De la même manière, émergent toute une série de théories professant la supposée malheureuse transformation digitale du monde tel qu'on le connaît, accompagné d'une robotisation massive du marché travail dans les cinquante prochaines années. Tout dépend de la manière dont nous appréhendons la technologie et le digital. Il me semble que ce changement ne peut que faire ressortir ce qu'il y a de plus humain en nous, en ce que le temps qui nous est inutile devient moindre et plus de place est accordé à la connaissance.

Enfin, l'émotion deviendra et devient déjà une considération primordiale, à la fois dans la manière dont nous comprenons l'entreprise et sa finalité, mais également au travers de son écosystème. Ainsi, je crois que la fin des mass market a déjà sonné, nous tendons tous à devenir des marchés par nous-mêmes. La tendance va vers une recherche d'une authentique expérience client, cette translation a des incidences en matière de gestion des entreprises, mais également dans le traitement des femmes et des hommes qui délivrent la promesse du produit. Ces derniers sont la clef, on sort aujourd'hui de la préhistoire managériale pour aller vers un trip advisor du leadership.

Quelle posture le leader devra-t-il adopter demain ?

Il apparaît nécessaire d'associer aujourd'hui le mot leader à la notion de réparation. Il n'y aura pas d'autres solutions que d'être un leader réparateur dans les années qui viennent. Les personnes n'intègrent pas l'entreprise exempts de leurs drames, de leur vie privée, c'est à ce moment que commence le besoin de réparation. Ce n'est pas le rôle de l'entreprise de les réparer de tout, mais il est indispensable de prendre en compte, en plus de la contrainte business, la complexité du capital humain. Les entreprises ont trop souvent pour habitude de mettre en avant leurs outils managériaux, mais plus que les outils ce sont les styles, postures et compétences des leaders dont il s'agit. Il est indispensable de remplacer tous les process, les organigrammes par une organisation qui mime le vivant.

_____

* Pierre Hurstel est l'ancien Directeur des Ressources Humaines Monde chez Ernst & Young, il est aujourd'hui président de l'association Toulouse Business School Alumni et de la fondation de la même école. En juillet 2012, il a fondé « Matière à réflexion », un cabinet de conseil aux dirigeants sur le ré-enchantement au travail. Sa vocation est d'intervenir dans les organisations pour améliorer l'efficacité via la motivation des talents et l'exécution de la stratégie, en plaçant le facteur humain au centre des réflexions.