Le monde appartient aux optimistes

Par Sébastien Laye  |   |  940  mots
Pierre Valade est l'illustration de ce rêve américain pour jeunes entrepreneurs français. (Crédits : DR)
Génération intrépide. L'histoire emblématique de Pierre Valade dont l'entreprise, Sunrise, a été rachetée 100 millions de dollars deux ans après son lancement...

Le monde appartient aux optimistes, les pessimistes ne sont que des spectateurs, a dit notre illustre politique François Guizot (1787-1874). A cet égard, la France peut s'enorgueillir d'avoir désormais une génération d'entrepreneurs intrépides, même s'ils ont parfois fait leurs premières armes de l'autre côté de l'Atlantique, ici à New York.

Pierre Valade vient de devenir l'illustration de ce rêve américain pour jeunes entrepreneurs français, mais il convient d'aller plus loin que les seuls titres de presse qui l'ont implanté sur la scène entrepreneuriale française (le rachat de sa société Sunrise par Microsoft en février pour 100 millions de dollars, à peine deux ans après son lancement) afin de mieux comprendre les ressorts de ces innovateurs de génie que la France sait produire... et comment leur permettre d'aller plus loin dans leurs ambitions.

Cela fait plus de quatre ans déjà que Pierre Valade s'est installé sur New York... peu ou prou, car cette installation ne fut pas une ligne droite facile, loin s'en faut. Lorsqu'il arrive pour la première fois sur la grosse pomme, en septembre 2010, il est frais émoulu de l'Ecole des Ponts et Chaussées, mais le jeune ingénieur a suivi une fin de cursus originale pour une grande école: un master de design en association avec Stanford, animé par Véronique Hillen.

Approche produit pragmatique, vraiment "centrée utilisateur"

Le cursus se rattache au mouvement du Design Thinking, porté sur les fonts baptismaux par Stanford, Apple ou Ideo: l'approche produit y est vraiment centrée sur l'utilisateur, le prototypage, par opposition à la pure technologie. L'approche pragmatique de ce courant, à rebours de l'approche française, parfois trop théorique et éloignée de l'utilisateur, séduit le jeune homme. La formation est plus un partage qu'un apprentissage, avec un travail concret sur ce qu'on appelle l'interface utilisateur (UI) et l'expérience utilisateur (UX).

Cette approche, nouvelle aux Ponts, ne s'imposera que progressivement et avec des difficultés. Les designers français maîtrisent l'alpha et l'omega de l'esthétique, moins le lien pratique avec l'utilisateur.

Pierre Valade, lui, multiplie les projets et expérimentations au cours de cette formation en design. On songe aux mots de Steve Jobs sur ces questions : "Le design, ce n'est pas l'apparence et le ressenti. C'est comment cela fonctionne."

Choix cornélien : devenir employé ou créer sa société?

A la fin de son cursus, Pierre part pour les Etats-Unis, qu'il tient pour la patrie des designers et innovateurs, et choisit New York car la ville l'attire plus pour la vie quotidienne que la Silicon Valley. Il commence par travailler pour une société de jeux vidéo appartenant à deux entrepreneurs français. Le monde du jeu video ne le fait pas vraiment vibrer, il ne restera pas et devra revenir sur Paris faute de visa... avant de rapidement décider de repartir pour NYC en touriste, faisant face au choix cornélien du programmeur aux Etats-Unis : créer une société ou prendre une position d'employé ?

Comme beaucoup d'ingénieurs de cette époque, il passe du temps dans un bel espace de coworking sur Union Square, General Assembly, codant un site hybride entre l'événementiel et le dating.

Au-delà du projet lui-même, il a du mal à se projeter dans cet univers de la rencontre en ligne mais participe à un hackaton (journée de code) de Foursquare en travaillant sur Agora, une application permettant de rencontrer des individus avec les mêmes centres d'intérêts sur une certaine localisation. L'application lui vaut une embauche immédiate chez Foursquare mi-2011, la grande startup new-yorkaise du moment, en tant que designer (son vrai rêve).

C'est chez Foursquare qu'il développera ses talents de designer et rencontrera Jeremy Le Van, son futur co-fondateur belge sur Sunrise. C'est d'ailleurs encore chez Foursquare, vers la fin 2012, que Pierre et Jérémie commencent à travailler sur Sunrise: il s'agit initialement d'un système d'e-mail avec agenda envoyé automatiquement le matin.

Soutien de la scène geek et des journalistes

Les deux amis décident de rentrer en Europe, sur Bruxelles, pour développer le produit (février 2013), qui plaît assez rapidement à la scène geek et aux journalistes, dès les premiers tests au cours du printemps 2013.

Pour Pierre, cependant, seuls les capitaux risqueurs américains peuvent financer sa vision: il voyage à nouveau sur NYC et la Silicon Valley et lève 2,2 millions de dollars pour son produit. L'équipe, qui passe de 3 à 7 personnes, peut alors s'installer véritablement sur New York et lancer un produit complet.

L'équipe d'investisseurs est rejointe par Balderton Capital en 2014, un capital risqueur sur Londres dont l'un des partenaires est Bernard Liautaud, le chef de file historique de la high-tech française depuis l'aventure Business Objects: Balderton injecte 6 millions de dollars dans la société.

Rachat par le géant Microsoft

La société compte désormais 12 personnes sur New York et Paris, et le produit attire l'attention du géant de la technologie Microsoft, qui cherche à fortifier son offre en Web services. Les premiers contacts d'août 2014 aboutissent en février 2015 à un rachat en bonne et due forme...

Que retenir de cette épopée entrepreneuriale ? 1) Que l'optimisme est un puissant vecteur tout d'abord; 2) que la qualité d'une équipe compte; et 3) que le focus incessant sur la qualité du produit est indispensable.

Une personne optimiste ne refuse pas de voir le côté négatif des choses... elle refuse simplement de s'attarder dessus... une antienne qui correspond au parcours de Pierre Valade et que chaque Français pourrait reprendre à son compte.