L'euro résilient... parce qu'imparfait

Par Florence Autret  |   |  456  mots
(Crédits : DR)
« C'est le carême, je mangerai plus tard », explique l'ancien président du Conseil Herman Van Rompuy en repoussant l'assiette froide - foie gras, pince de homard sur un lit de roquette - vers son voisin de gauche, l'économiste Bruno Colmant. La scène se passe dans un salon de la Banque Degroof à l'occasion de la présentation du nouvel essai de l'économiste. Son titre : L'euro, une utopie trahie.

Le conservateur flamand et l'ancien directeur de cabinet de Didier Reynders, alors ministre libéral des finances, ont vécu de l'intérieur l'effondrement de 2008 et la tempête de 2010-2012. Ils en sont sortis avec la conviction que la monnaie unique, si elle n'est pas réformée, risque de rejoindre sur les étagères de l'histoire les nombreuses expériences ratées d'union monétaire sans union politique.

La non prise en compte du critère de balance des paiements, tant pour fixer les conditions d'entrée dans l'union monétaire que pour le contrôle, a posteriori, des politiques économiques, a été à leurs yeux une erreur historique. La croyance que la convergence des économies puisse s'imposer par l'imposition d'une norme unique de solde budgétaire mène à une impasse.

« Une zone monétaire n'est jamais optimale... mais la particularité de la zone euro, c'est sa gouvernance » défaillante, explique Van Rompuy, ancien président du Conseil qui a animé des dizaines de réunions de crise.

L'économiste est plus sévère

Pour lui, « l'euro a été un fait politique qui a mené à des dislocations économiques » faute de politique industrielle et de mobilité suffisante des facteurs de production. Depuis quelques années, la balance des paiements fait partie des critères de surveillance passés au crible par la Commission européenne.

Mais « l'instrument de contrôle macroéconomique est resté une batterie de données sans vraie pression sur les pays pour qu'ils corrigent leurs politiques », admet Herman van Rompuy lui-même.

C'est ainsi que la Bundesbank a accumulé un crédit de 800 milliards et la Banque d'Italie un débit de 365 milliards au sein du système européen des banques centrales.

« Les surplus chez les uns et les déficits chez les autres sont la preuve que la monnaie ne fonctionne pas, mais aussi une garantie pour qu'elle tienne », explique Bruno Colmant.

« Une explosion du système causerait une peine encore plus importante aux Allemands » que le fait d'avoir, comme aujourd'hui, autant de créances sur l'extérieur, dit-il.

Ce n'est toutefois pas parce que ses failles renforcent la résilience de l'euro qu'il ne faut rien changer.

« Une monnaie ne peut pas s'imposer, sauf à en devenir une tutelle autoritaire et étatique, à des économies dissemblables de manière telle qu'elle devienne réfutée par les forces sociales », écrit-il. Les réformes à mener sont connues depuis des années.

« Le drame est fait. Il n'y a que les vers à écrire », explique Herman van Rompuy auteur d'un rapport sur le sujet en 2012.

« Il faut juste cinq minutes de courage politique ». À défaut c'est un « scénario à la japonaise » qui menace l'Europe, plus encore que la fin de l'union monétaire.