Les acteurs financiers anticipent un Brexit dur

Florence Autret

Florence Autret
Il semble loin le temps où la City rêvait que (presque) rien ne change. Alors que les acteurs financiers multiplient les annonces de rapatriement d'activités sur le Continent, en vue de l' « après-mars 2019 », la date à laquelle le Royaume-Uni deviendra, effectivement, un « pays tiers » pour l'Union européenne, la Commission européenne n'hésite plus désormais à annoncer publiquement qu'elle se prépare à une sortie pure et simple de la City du marché unique à l'échéance, sans accord de transition ni de libre échange.
Alors que le quotidien britannique Financial Times annonçait le jour même qu'un groupe de représentants de la City emmené par l'ancien ministre conservateur et ex-manager de PriceWaterhouseCoopers Mark Hoban était à Bruxelles pour parler d'un accord post-Brexit, ce responsable a démenti que le négociateur en chef de l'Union européenne, Michel Barnier, recevrait la délégation.
Dans l'ensemble, les acteurs financiers ont déjà pris acte de cette ligne. De l'avis de plusieurs consultants interrogés par La Tribune, ils restent, pour l'instant, en « mode observation » et se préparent à un divorce pur et simple.
Le consultant considère que le jeu politique qu'il est trop tôt pour intervenir. « C'est très compliqué à cause du processus de négociation et du désordre politique au Royaume-Uni ne rend pas la situation plus simple », dit-il, insistant sur la « déconnexion entre le monde administratif et le monde politique » au Royaume-Uni.
Même son de cloche au cabinet FTI.
Dans ce contexte, les entreprises se sont lancées dans une course de vitesse afin d'assurer la continuité des services, en redoublant de pragmatisme.
Le secteur de l'assurance poursuit pour l'instant deux pistes d'adaptation : la création de filiales ou bien le transfert des contrats sur le Continent. Il a l'avantage, par rapport aux banques, le secteur présente cependant l'avantage d'être plus décentralisé.
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Les principaux défis : la gestion des contrats dérivés, dont l'assurance est grande consommatrice, l'outsourcing des services et, tout simplement, l'accès aux services.
Les assureurs continentaux comptent plus de 700 succursales installées au Royaume-Uni... et susceptibles de devoir être transformées en filiales. Les assureurs britanniques comptent, eux, un demi-million d'assurés sur le Continent. Création de filiales, en remplacement des succursales, et transferts de contrats avec les complications juridiques et comptables que cela engendre sont à l'ordre du jour.
Pour Peter de Proft, qui dirige la fédération européenne des fonds d'investissement, EFAMA, dont sont membres plusieurs acteurs majeurs installés à la fois sur le Continent et à la City tels Fidelity et Blackrock, l'industrie de la gestion dispose de « tous les instruments » pour faire face à un « hard Brexit » : délégation de gestion, installation de « management company » sur le Continent et passeports paneuropéens.
Il faut dire que les principaux véhicules de gestion : OPCVM et AIFMD (fonds alternatifs réservés aux professionnels) sont déjà devenus des marques mondiales ou susceptibles de le devenir. Comme de nombreuses autres en Europe, la fédération vient de créer une « task force » Brexit et attend l'avis que rendra l'autorité européenne de régulation des marchés, ESMA, sur le Brexit, attendu dans deux à trois semaines.
La principale demande du monde financier est d'obtenir un accord transitoire afin de disposer d'un peu plus de temps pour s'adapter. Mais les effets sur le rôle de la City dans le financement futur de l'économie européenne et l'équation économique du Royaume-Uni restent flous.
Les acteurs attendent donc que la Commission européenne donne, finalement, le signal de la négociation d'un accord de transition, ce qui ne devrait pas intervenir avant l'automne 2019, quand les Vingt-Sept estimeront que l'accord de sortie est suffisamment clair sur les trois points mis en avant par l'Union : l'Irlande, le sort des citoyens européens basés au Royaume-Uni et britanniques dans l'UE, et les obligations financières britanniques vis-à-vis des Vingt-Sept.
Florence Autret
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