COP21 : le traité de Paris vu du Ghana

Par Bjorn Lomborg  |   |  868  mots
(Crédits : DR)
La réduction des émissions de carbone est-elle vraiment la priorité des citoyens, notamment en Afrique? Par Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School. Bjorn Lomborg commente chaque jour l'actualité de la COP21 pour La Tribune

La banlieue d'Alajo est aussi lointaine des hôtels de luxe de Paris que vous pouvez l'imaginer. Toutefois ici en France, les bureaucrates et les politiciens sont en train de négocier un traité sur le climat pour « aider les populations pauvres du monde », incluant des milliards d'euros de garantie sur « l'aide climatique » pour les pays en voie de développement.

J'ai souligné dans ce blog que ce n'est pas le genre d'aide que souhaitent ces populations. J'ai évoqué les résultats d'une enquête massive effectuée à l'échelle mondiale sur 8 millions de personnes, montrant que les populations les plus pauvres de la planète placent le climat au dernier rang après plusieurs autres priorités politiques.
Pour mieux comprendre ces opinions - et donner la parole à ceux au nom desquels les activistes disent parler - le Copenhagen Consensus a interviewé des gens à travers le monde. Esther Gyan fait partie de ces personnes, veuve de 46 ans et mère de 8 enfants qui vit à Alajo, dans la banlieue de la capitale du Ghana, dans la région du Grand Accra.
Alajo est une banlieue pauvre, très densément peuplée, avec des constructions en terre, en bois non traité et en tôles de zinc. Les infrastructures de drainage sont dans un état déplorable, ce qui crée souvent des inondations.
« Ici, ce n'est pas facile pour moi et mes enfants, comme vous le pouvez le voir » dit Esther à notre intervieweur.

Cinq euros par jour

« Je suis une personne très malheureuse qui vit au jour le jour. La qualité de vie dont je rêvais pour mes enfants est très loin de la réalité. Si je ne suis pas capable de m'occuper d'eux, comment pourront-ils devenir des citoyens responsables dans la communauté ? Je prie pour qu'ils ne tournent pas mal. Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait tellement de vols de nos jours dans notre communauté. Comment voulez-vous que les pauvres comme nous survivent ? ».

Le mari d'Esther ne lui a laissé aucun héritage. Elle fait vivre sa famille en vendant des friandises faites avec du sucre et de la glace. Dans les meilleurs jours, elle gagne 20 cedis ghanéens par jour (5 euros). Esther ne peut pas contracter un emprunt bancaire parce qu'elle n'a pas de garantie, de ce fait, elle reste acculée dans sa situation sans aucune option.

S'habiller, se nourrir...

Le sondage des Nations Unies sur 8 millions de personnes concernant les priorités politiques inclut 68 000 réponses venant de personnes vivant au Ghana. L'éducation constitue leur première priorité - tout comme celle d'Esther.
Esther vit avec cinq de ses enfants dont quatre vont encore à l'école primaire, mais elle ne peut pas envoyer le cinquième au lycée par faute de moyen. « Même ceux qui vont à l'école refuse parfois d'y aller parce qu'ils ont honte de leur vieil uniforme scolaire. Ils se font souvent moquer par leurs camarades et rentrent parfois à la maison en pleurant. Malheureusement, je n'ai pas d'argent pour leur coudre de nouveaux uniformes ».

La sécurité alimentaire est la seconde priorité des Ghanéens. Esther essaie de cuisiner des repas décents à sa famille avec l'argent qu'elle gagne, mais elle ne peut pas acheter des fruits et des légumes. Parfois leur repas principal se compose uniquement de Banku - une pâte faite avec du maïs fermenté et du manioc - sans poisson, ni viande.
Notre intervieweur lui a demandé si elle pensait que les populations des pays riches comprennent les problèmes auxquels elle est confrontée. « Bien sûr, je suis sûre qu'ils le savent » dit-elle. « Mais ils ne s'en soucient pas. Tous ce que nous entendons, c'est les grands [mots] ici et là ».

La réduction des émissions de carbone, première priorité de la planète?

Esther serait probablement surprise d'apprendre que les activistes de Paris disent de parler au nom des populations pauvres quand ils affirment qu'un traité sur la réduction des émissions de carbone est la première priorité de la planète. Les politiques sur le climat sont la dernière priorité des ghanéens - elles se placent au 16e rang sur 16 domaines.
Le point de vue d'Esther est représentatif du Ghana - et des répondants de tous les pays pauvres - lorsqu'elle dit à propos du changement climatique : « Honnêtement, j'ai d'autres problèmes plus pressants à penser. Je ne pense pas que le changement climatique en fasse partie ».
Selon elle, l'argent alloué au changement climatique devrait être investi dans la santé publique et l'éducation. « Je n'aurais plus à m'inquiéter de la santé et de l'éducation de mes enfants si ce serait fait en premier lieu ».
Retour ici à Paris où les négociateurs s'apprêtent à signer un traité qui coûtera à l'économie mondiale au moins 1000 milliards d'euro par an. Au vu des transformations que cette somme peut apporter dans la vie de milliards de gens parmi les populations les plus démunies du monde, dont la plupart sont mal nourris et préoccupés sur l'éducation de leurs enfants - comme ceux d'Esther - c'est tout simplement immoral.

Traduit par Ninah Rahobisoa