Avec 3D Eau, les égouts ne déborderont plus

Par Olivier Mirguet, à Strasbourg  |   |  822  mots
Jonathan Wertel, président co-fondateur de 3D Eau (Photo ©Olivier Mirguet) (Crédits : Olivier Mirguet)
Cette jeune société fondée par des chercheurs strasbourgeois propose une approche innovante de la conception, du dimensionnement et de l'entretien des réseaux en hydraulique urbaine. Et promet des investissements allégés pour les collectivités.

En adaptant à l'hydraulique urbaine des outils de modélisation des fluides destinés initialement à l'aéronautique, 3D Eau a ouvert un nouveau marché auprès des collectivités locales et des sociétés prestataires de services délégués en assainissement.

"La modélisation des écoulements au sein d'ouvrages tels que les bassins ou les puits de chute permet de mieux comprendre le fonctionnement des réseaux", propose Jonathan Wertel, président co-fondateur de cette jeune société à Strasbourg.

"Notre valeur ajoutée ne réside pas dans la réalisation des relevés. Un géomètre pourrait fournir des prestations équivalentes pour un prix très bas. Nous apportons une mesure précise des turbulences des écoulements, des ondes, des pressions, du champ de vitesse, de la perte de charge de l'écoulement. Grâce à ces données, les collectivités peuvent mieux dimensionner leurs équipements. Les travaux nécessaires pour un mètre cube de stockage d'eaux pluviales représentent en moyenne 1.500 euros d'investissement. Nous proposons de diviser cette facture par deux", explique Jonathan Wertel.

"Il faut rester neutre par rapport aux grands acteurs de l'eau"

3D Eau a été fondée en avril 2014 par trois chercheurs issus du laboratoire strasbourgeois ICube, un projet scientifique commun au CNRS, à l'Université de Strasbourg, à l'Ecole nationale du génie de l'eau et de l'environnement (ENGEES) et à l'Institut national des sciences appliquées (INSA). Elle compte parmi ses clients des collectivités de tailles diverses (Service public de l'assainissement francilien, Vichy, Nantes, Mulhouse...) et intervient en support auprès de Suez, de ses filiales ou de ses concurrents.

"Il faut rester neutre par rapport aux grands acteurs de l'eau. Nous intervenons parfois en tant qu'arbitre entre une collectivité et son prestataire", prévient Jonathan Wertel. Issue de l'incubateur d'entreprises alsacien Semia, 3D Eau (8 salariés) a réalisé 350.000 euros de chiffre d'affaires en 2016. La société vise un volume d'activité six fois plus élevé d'ici cinq ans.

A la recherche de force commerciale pour l'export

"Notre start-up n'a jamais vraiment connu de besoins de financement. La technologie et les méthodes ont été opérationnelles dès le départ. Notre indépendance et notre adossement à un laboratoire public reconnu permettent de gagner des contrats. Mais nous manquons de force commerciale pour prospecter à l'export", regrette Jonathan Wertel.

Les évolutions de la législation européenne et nationale sur les risques de pollution liés aux réseaux d'assainissement apportent de l'eau au moulin de la petite équipe strasbourgeoise.

"L'Europe fixe les objectifs, mais pas les moyens. Les notes techniques publiés par le ministère obligent les maîtres d'ouvrage à déployer beaucoup de moyens de contrôle. Il y a un risque d'encrassement des appareils de mesure dans les égouts. Nous proposons le bon placement des capteurs à ultrasons dans les ouvrages. Quand toutes les collectivités auront réglé leurs soucis d'instrumentation, nous passerons à l'étape suivante de notre développement", prévoit Jonathan Wertel.

"Nous avons peur d'être ralentis par la présence d'un grand groupe"

La première phase de cette diversification portera sur l'activité en rivières, pour la prévention des crues. L'étape suivante consisterait à décliner le savoir-faire de modélisation des flux dans le traitement de l'air. "Appliquées aux collectivités, nos méthodes permettraient de prédire les niveaux de pollution", propose Jonathan Wertel.

Comment financer de tels développements ? La croissance sur les trois premiers exercices a été auto-financée. L'apport des bénéfices (160.000 euros) a permis de renforcer les fonds propres de 3D Eau. En février 2017, le carnet de commandes en cours (350 000 euros) atteint déjà un montant équivalent à toute l'activité de l'année 2016.

"Avant de fonder 3D Eau, j'ai travaillé dans des agences du groupe Suez. Ils ne seraient pas opposés à entrer à notre capital. Mais nous avons peur d'être ralentis par la présence d'un grand groupe", déclare Jonathan Wertel.

Aller vite car la concurrence se réveille

"Quand les problèmes d'instrumentation des réseaux cesseront de nous apporter des marchés, il s'agira de valoriser les masses de données collectées. Pour y parvenir, nous imaginons un programme de développement qui mobiliserait entre 400.000 euros et 500.000 euros. Nous souhaitons obtenir un co-financement de la Banque publique d'investissement avec son programme i-LAB. Si nous devions perdre ce concours, nous pourrions ouvrir le capital de notre entreprise en mode crowdfunding pour une levée de fonds entre 100 000 euros et 200 000 euros", calcule Jonathan Wertel.

Il faudra aller vite, car la concurrence se réveille. Les résultats des recherches réalisées avant la création de 3D Eau ont été publiés, et ne peuvent plus être brevetés. Un bureau d'études national (Artelia) et une start-up (Aegir à Lyon) ont déjà pris des parts sur les marchés visés par 3D Eau.

Par Olivier Mirguet
Journaliste Correspondant Grand Est