L'UE maintient vouloir garder la Grèce dans la zone euro mais se prépare à sa sortie

Par latribune.fr (source AFP)  |   |  853  mots
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Réunis mercredi soir à Bruxelles, les dirigeants de l'Union européenne ont réaffirmé vouloir garder la Grèce au sein de la zone euro... tout en se préparant chacun de leur côté à une sortie.

Les Européens ont réaffirmé, à l'issue du sommet informel qui se tenait mercredi soir à Bruxelles, vouloir garder la Grèce au sein de la zone euro. Mais ils commencent malgré tout à réfléchir aux mesures à prendre si une sortie d'Athènes devenait inéluctable. "Nous voulons que la Grèce reste dans la zone euro et respecte ses engagements", a déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy en lisant un texte au nom des Vingt-Sept.

Toujours sur une ligne de fermeté vis-à-vis d'Athènes, la chancelière allemande Angela Merkel - qui doit faire face à une remise en question de la ligne dictée par l'Allemagne depuis deux ans et demi - a mis son grain de sel en affirmant que le respect des engagements, notamment la réduction des déficits et les réformes structurelles, étaient un "préalable" au maintien dans la monnaie unique.

En vue des nouvelles élections législatives du 17 juin en Grèce, censées sortir le pays de l'impasse politique alors qu'il n'a pas réussi après le scrutin du 6 mai à se doter d'un gouvernement, les Européens ont fait un geste pour donner "confiance" aux "électeurs grecs", selon les termes du président français François Hollande. Ils ont ainsi proposé d'utiliser les fonds structurels européens pour aider la Grèce. Le chef de l'Etat français, qui participait à sa première réunion à 27, a même "plaidé" pour que ces fonds "puissent être rapidement mobilisés" pour soutenir la croissance grecque "dans un délai très court". Le président français a également réussi à imposer le sujet des euro-obligations.

Les Européens se préparent tout de même à une possible sortie de la Grèce de la zone euro

Mais parallèlement, sans vouloir l'évoquer publiquement, les Européens se préparent au pire, afin de ne pas être pris de court au cas où il deviendrait réalité. Lors d'une session lundi de l'Euro Working Group, qui réunit des hauts fonctionnaires des Etats membres de la zone euro, la nécessité de préparer des plans nationaux en cas de sortie de la Grèce de la monnaie unique a été évoquée, confiait mercredi à l'AFP un diplomate européen. "On a dit: chacun de vous doit y réfléchir, et dans un deuxième temps il y aura une coordination de ce que chacun doit faire au niveau européen", a-t-il rapporté.

Cette information, qui a contribué à la forte chute des marchés financiers mercredi, a été démentie "catégoriquement" par le ministère grec des Finances. Les dirigeants européens n'ont "pas eu de discussion" à ce sujet lors du sommet de Bruxelles, a insisté le Premier ministre grec Panagiotis Pikrammenos à l'issue du dîner. C'est pourtant son prédécesseur Lucas Papademos qui avait allumé la mèche en n'excluant pas, dans le Wall Street Journal de mercredi, "que des préparatifs soient en cours pour contenir les conséquences potentielles d'une sortie grecque de la zone euro".

Les gouvernements planchent sur les différents scénarios depuis un an

Dans la nuit, le président français François Hollande, tout en niant avoir connaissance de tels plans concernant la France, a reconnu à demi-mot l'existence de certains préparatifs. "Je ne dis pas qu'il n'y a pas de travaux, visiblement il y a eu une information selon laquelle il y avait un certain nombre de simulations qui pouvaient exister", a-t-il déclaré à la presse. "Mais si je me mettais publiquement à parler de l'hypothèse de la sortie de la Grèce ça voudrait dire que nous aurions déjà envoyé un signal, un signal aux Grecs et un signal aux marchés", a-t-il ajouté.

Plusieurs sources ont confirmé à l'AFP que le sujet avait été abordé lundi, même si toutes soulignent qu'il ne faut pas y voir le signe que la zone euro, après l'avoir longuement exclu, envisage désormais sérieusement de se séparer d'Athènes. "Si je vous dis qu'on ne le fait pas, vous allez me dire qu'on est inconscient, si je vous dis qu'on le fait, vous allez dire que la situation est très mauvaise", a souligné le diplomate européen. "Nous devons prévoir, c'est normal, mais cela ne veut pas dire que nous pensons que la situation ira jusque-là", a-t-il dit.

Un responsable d'un autre pays de la zone euro a tenu à minimiser. "Il n'y a pas d'un coup une consigne pour se préparer", a-t-il déclaré à l'AFP. Mais "que chacun soit conscient que c'est une situation difficile où il faut imaginer tous les types de scénarios, c'est normal", a-t-il ajouté. "Cela fait déjà un an que les responsables des Trésors nationaux ont commencé à étudier les différents scénarios possibles et franchement, ce serait irresponsable de ne pas préparer des plans de secours", a renchéri une troisième source diplomatique, soulignant que l'idée n'avait pas "surgi soudainement lundi".