La BPI ne suffit pas, il faut y associer une politique industrielle cohérente

Par Harold Ollivier  |   |  932  mots
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La Banque Publique d'Investissement est née. Un pas en faveur des entreprises mais qui rappelle la nécessaire définition d'une politique industrielle cohérente.

La mise en place par le gouvernement de la Banque Publique d'Investissement, opérationnelle depuis la fin février avec la nomination de son conseil d'administration, est présentée comme une des mesures les plus importantes pour les PME et les ETI depuis la crise de 2008.

L'idée de disposer d'un investisseur public n'est pourtant pas nouvelle. Juridiquement, il semble bien que la BPI vienne essentiellement coiffer sous une structure unique des entités publiques qui ont été créées depuis plusieurs décennies. OSEO -la banque- et CDC Entreprises -l'investisseur en fonds propres-, ont en effet un historique d'intervention non seulement auprès des entreprises mais des organismes privés de financement grâce à des modalités de fonctionnement qui leur impose d'intervenir presqu'exclusivement en partenariat avec eux. De cette manière, ces deux organismes publics ont permis d'augmenter régulièrement les moyens à disposition des entreprises en confiant des fonds supplémentaires à des acteurs privés ou en investissant à leurs côtés. Ils disposaient alors des arguments nécessaires pour infléchir les pratiques de marché en matière de financement des PME et ETI.

En quoi le rassemblement sous une holding commune de ces activités de financement public change-t-il la donne des entreprises ? Il semble, à lire les déclarations faites sur le sujet, que la BPI sera une banque différente, à même d'investir sur le long terme avec des espérances de rendement plus modérées que celles des investisseurs privés. Elle devra aussi accompagner le développement des innovations, de l'export, la transition écologique et l'économie sociale et solidaire.

Sans le dire explicitement, ces orientations marquent un changement profond dans l'approche du financement des entreprises par les pouvoirs publics. Ces changements, à première vue plutôt en faveur des entreprises, ne sont en réalités pas sans risques à moyen terme.

Tout d'abord, on ne pourra que le constater, la BPI est, avant même d'avoir été créée, une banque différente : contrairement à toutes les banques qui financent les PME françaises, elle n'a pas de dépôts en provenance des épargnants. Elle obtient une partie de ses fonds, notamment pour l'innovation, via des dotations de l'Etat. Il est naturellement plus facile dans ces cas là de financer des projets avec des rendements plus modérés.

Ensuite, et c'est là que se cache le changement majeur, ces orientations affirment la volonté d'intervenir en direct dans les entreprises, avec des modalités différentes de celles des opérateurs privés. La logique de partenariat qui prévalait jusqu'à présent semble donc de facto remise en cause. Bien sur officiellement, les partenariats continuent. Mais dans la pratique, parce que les banques et fonds privés ont des mandats qui leur sont confiés par des clients et qu'ils doivent les respecter, ils ne pourront, même avec de la bonne volonté, que s'adapter marginalement à ces nouvelles orientations.

Après tout, on pourrait penser que ce n'est que justice rendue: les banques traditionnelles perdront des affaires au profit de la BPI, ce qui les forcera à changer leur attitude et à expliquer à leur clients que les rendements à attendre de leurs investissements devront être revus à la baisse. On peut cependant douter de la réalité d'un tel scénario.

En effet, la BPI est d'une part soumise à certaines contraintes qui limitent ses capacités d'intervention laissant le champ libre aux opérateurs privés en particulier sur les investissements les plus rentables. D'autre part, elle dispose de moyens, certes importants, mais limités au regard de l'étendue de ses interventions possibles. Là encore laissant une marge de man?uvre de taille pour les opérateurs privés. Or parmi ces PME se trouvent les plus solides et les plus rentables. Celles qui sont les mieux armées pour exporter et renforcer l'économie du pays.

En d'autres termes, la BPI risque fort de se retrouver marginalisée dans les dossiers les plus difficiles et les moins rentables. Bien sûr, elle remplit son rôle d'intérêt général en permettant à des entreprises de poursuivre leur activité, mais par contre on ne peut attendre de sa part une influence majeure sur le financement des PME par les banques et fonds d'investissement privés.

Pourquoi ne parvient-on pas à faire mieux, à véritablement accélérer le développement des PME ? Probablement car il est plus facile de se substituer aux banques que de les inciter à modifier leur façon de financer les entreprises. Cette substitution qui s'est justifiée lorsque les banques étaient en crise, au lieu d'être limitée dans le temps, se poursuit avec un volontarisme d'autant plus grand concernant la BPI qu'elle offre la possibilité d'annoncer des mesures rapidement avec des chiffres toujours plus impressionnants. Une problématique identifiée pour les PME ? On crée un produit de financement.

Mais le financement n'est qu'un aspect du développement des PME. C'est lorsque les environnements réglementaire, juridique, fiscal sont facilement appréhendés par les entreprises, que les infrastructures et les compétences humaines sont facilement disponibles pour mettre en ?uvre la croissance, que les projets crédibles ont le plus de chances de se concrétiser. Alors seulement ils auront besoin de financements.

Faciliter l'accès des PME aux sources de financement et aux capitaux est crucial, mais ne peut être l'outil principal de la politique industrielle au risque de sombrer dans une addition de dispositifs incapables de soigner un mal qui est ailleurs.

(*) Harold Ollivier, membre fondateur du cercle des ingénieurs économistes.