Relativiser le poids des énergies renouvelables

Par Frédéric Gonand  |   |  984  mots
(Crédits : © Reuters/Jean-Paul Pélissier)
Encore peu utilisées, les énergies renouvelables affichent un coût beaucoup plus élevé que les énergies fossiles. Mesurer le coût économique de la politique climatique est un enjeu majeur. par Frédéric Gonand, professeur associé à Paris Dauphine

 Par rapport aux énergies fossiles, les énergies renouvelables constituent un sujet à savoir relativiser, un sujet en bonne partie électrique (sans jeu de mot), un sujet de coût relatif, un sujet tout aussi capitalistique et un sujet justifié à (très ?) long terme.

Un sujet à savoir relativiser

Environ 85% de la consommation d'énergie dans le monde est d'origine fossile. Un peu plus de 10% est d'origine renouvelable, dont l'essentiel vient de la biomasse traditionnelle et, plus subsidiairement, de l'hydroélectricité. Au niveau mondial, l'éolien et le solaire représentent encore une part très minime de l'énergie consommée, et à peine quelques (petits) pourcentage des capitaux propres d'un major pétrolier.

Un sujet en bonne partie électrique.

Les énergies renouvelables constituent 19% de l'offre électrique mondiale (dont 16% pour la seule hydroélectricité) et, surtout, les taux de croissance sont extrêmement importants pour les « nouvelles » énergies renouvelables. La capacité mondiale de photovoltaïque en 2009 a augmenté de +50% et le chiffre est identique pour l'éolien. Cela justifie que les grands énergéticiens s'y intéressent et définissent une stratégie. Ce développement vigoureux du photovoltaïque et de l'éolien favorise une électrification du bouquet (mix) énergétique et soulève en conséquence des problèmes particuliers. Les producteurs d'électricité d'origine renouvelable sont des producteurs intermittents (en fonction du vent ou du soleil) qui sont prioritaires sur le marché de gros de l'électricité.

Leur activité pèse sur le prix de gros de l'électricité et sur la rentabilité des autres producteurs. Par ailleurs, leur développement nécessite d'importants renforcements des réseaux et bouleversent le business model des transporteurs et distributeurs d'électricité. Il peut aussi modifier les comportements de consommation, par exemple dans le secteur du transport avec le développement des véhicules hybrides. Il renforce les problèmes liés à la non-stockabilité de l'électricité (et son effet à la hausse sur la volatilité des prix de l'électricité).

Un sujet de coût relatif

Le coût de production de l'électricité d'origine renouvelable est souvent plus élevé que celui des producteurs utilisant des énergies non renouvelables. Sans évoquer le coût du nucléaire (non EPR, env. 50 euros/MWh), il est utile de rappeler que la production d'un MWh d'électricité coûte environ 80 euros pour une usine à gaz avec cycles combinés, environ 70 euros dans une centrale à charbon (à prix du carbone quasi-nul), environ 80-90 euros pour l'éolien onshore mais de l'ordre de 200 eurospour l'éolien offshore et 120 euros pour les installations photovoltaïques au sol.

A ces coûts de production il convient d'ajouter des surcoûts de réseaux liés à la connexion des sites éoliens et photovoltaïques - qui ont pu être évalués aux environs de +31US$/MWh pour l'éolien offshore et +43US$/MWh pour le photovoltaïque. Au sujet des coûts, il convient de mentionner ici l'existence d'une « malédiction de l'énergie » qui est un secteur où les progrès technologiques sont soit faibles, soit ne se répercutent pas dans les prix de détails (à la différence des télécoms). Cette remarque ne vaut pas pour le photovoltaïque où d'importants gains de productivité semblent actuellement observés dans le coût de production des modules notamment. De même, pour les biocarburants, le problème n'est plus technique, mais essentiellement de coût.

Un sujet (souvent) capitalistique

Les coûts d'investissement (fixes) représentent souvent 80% du coût moyen total de production, en moyenne, dans l'éolien et le photovoltaïque (installations au sol). En conséquence, le montage financier est souvent aussi différenciant pour le coût du projet que la technologie de production. Les énergies renouvelables constituent ainsi une industrie « lourde » au sens premier (1 éolienne = 100t de métal + une base bétonnée ; 1 tranche nucléaire = 300 éoliennes), souvent réservée aux big players industriels bénéficiant d'effets d'échelle - même si des acteurs financiers de taille plus petite peuvent s'y développer. Dans ce contexte, l'existence d'un risque industriel dans le secteur doit retenir l'attention (notamment pour l'éolien offshore) : il justifie une surprime de risque sur le coût des capitaux propres, dans un secteur où ils sont déjà chers, et en un temps où les prêts à long terme sont plus difficiles.

Un sujet justifié à (très?) long terme

Le coût d'extraction, donc les prix des énergies non renouvelables, a théoriquement tendance à augmenter à long terme (ce qui est particulièrement valable, semble-t-il, pour le pétrole sur longue période). De surcroît, l'utilisation des énergies fossiles génèrent des implications environnementales défavorables. En comparaison, les sources renouvelables sont non carbonées et surtout abondantes : la demande mondiale d'énergie serait satisfaite si on pouvait couvrir 0,3% de la surface de la planète de panneaux photovoltaïques et si on pouvait stocker l'énergie ainsi produite.

D'un point de vue strictement économique, le problème n'est donc pas tant celui de la justification de la transition énergétique que celui de la vitesse optimale de la transition. À un moment dans le futur, il faudra nécessairement basculer d'infrastructures d'énergie et vu des coûts d'infrastructures associés, la bascule devra être convenablement anticipée. Si la bascule est mise en œuvre trop tard, les économies surpaieront les énergies fossiles alors que les énergies renouvelables seraient devenues moins chères.

Mais si la transition intervient trop tôt ou trop vite, alors les économies vont surpayer les énergies renouvelables alors que les énergies fossiles resteraient relativement compétitives. Dans ce contexte, il faut être capable de mesurer le coût économique de la politique climatique. Il est sans aucun doute important, ce qui ne constitue pas un obstacle a priori à la préférence climatique et sa mise en œuvre, mais mériterait d'être plus souvent souligné.

 

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