MOOC : relevez les défis de l’entreprise

Par Matthieu Cisel  |   |  1029  mots
Un MOOC, c'est potentiellement un vivier d'idées et de compétences insoupçonné, et qui ne demande qu'à être d'exploité. Une aubaine pour les entreprises... (Crédits : DR)
Entreprises en mal d'innovation, pourquoi ne pas recourir à l'intelligence collective des internautes ?

Votre entreprise a des défis à relever, et vous êtes en mal d'idée ? Pourquoi ne pas utiliser l'intelligence collective d'une communauté d'internautes pour plancher sur vos problèmes ? Après tout, un regard neuf est parfois débloquer des situations que l'on croyait inextricables. L'idée n'est d'ailleurs pas nouvelle et les sites basés sur le crowdsourcing se sont multipliés comme des petits pains au cours des dernières années. Un des plus emblématiques est sans doute Eyeka, un site qui connecte des marques reconnues avec des centaines de milliers d'innovateurs bénévoles à travers le monde.

L'idée est de faire plancher les participants sur des problèmes concrets, que ce soient des questions techniques, de design, de marketing et bien d'autres. Et pourquoi ne pas extrapoler le principe aux MOOC ? Vous savez, ces cours en ligne de quelques semaines, gratuits et ouverts à tous. Retour sur un concept qui devrait sans doute prendre son essor au cours des années à venir.


Création collective

Première étape, agréger une communauté de participants suffisamment large et hétérogène ; pour pouvoir trouver des innovateurs dans le tas, en quelque sorte. Un MOOC, c'est potentiellement un vivier d'idées et de compétences insoupçonné, et qui ne demande qu'à être d'exploité. La valeur d'un MOOC, ce n'est pas seulement ses ressources, ce sont également ses participants. Il existe une grande diversité de formats pédagogiques et il ne faut pas cantonner les cours en ligne à de simples vidéos pédagogiques.

D'ailleurs, les premiers MOOC à avoir fait leur apparition, les cMOOC ou MOOC connectivistes, étaient en partie basés sur ce principe de création collective. Dans un cMOOC, le rôle de l'équipe pédagogique n'est pas tant de mettre au point des ressources que de faciliter les interactions entre participants pour traiter d'un domaine donné. Ces-derniers devaient trouver des ressources pertinentes, et participer par leurs contributions sur les forums ou leurs blogs à la réflexion collective sur les sujets abordés au cours de la formation. Bien sûr, il n'y avait pas cette orientation « innovation et entreprise », mais dans le fond, il n'y a pas tant de changements à faire pour passer d'un modèle à l'autre.


Chacun peut apporter de bonnes idées

Bien que l'idée soit excellente en principe, elle a ses limites. Cette démarche ne peut a priori s'appliquer qu'aux sujets où tout un chacun peut avoir une véritable valeur ajoutée; il est des domaines ou l'expertise est bel est bien entre les mains d'un nombre restreint de spécialistes, et le risque est bien réel de voir le MOOC tourner à la discussion de comptoir, stérile et dépourvue de réel intérêt. Mais pour des sujets en évolution rapide et où tout un chacun peut apporter de bonnes idées, pourquoi pas ? Et ils sont à mon avis relativement nombreux les défis que rencontrent les entreprises et que l'on pourrait ranger dans cette catégorie.

Trouver un business model pour un nouveau service, mettre au point un logo ou un slogan,  imaginer une stratégie pour lancer un produit sur un nouveau marché. Vous n'allez pas me dire qu'il faut nécessairement avoir un doctorat pour pouvoir produire des idées intéressantes dans ces domaines ! Les participants des MOOC ne produiront probablement pas des livrables de qualité professionnelle, mais est-ce nécessaire pour produire de bonnes idées. A bien des égards, le manque d'expérience peut au contraire être un atout, car il permet de sortir du cadre de réflexion habituel, de penser « out of the box » comme disent les anglo-saxons.

Maintenir l'engagement des participants

Soit, mais reste à canaliser cette créativité, pour voir émerger une intelligence collective de ce réseau de cerveaux connectés. Il est facile de créer une cacophonie inaudible ; le succès de ce type de démarche implique une scénarisation de maître, et une compréhension fine des mécanismes du travail collaboratif. Il faut manier avec dextérité les mécanismes classiques de l'évaluation par les pairs pour sélectionner les idées les plus innovantes, et la gamification pour maintenir l'engagement des participants.

Un certain nombre d'équipes pédagogiques se sont d'ailleurs empressées de tester le modèle. Le MOOC Effectuation de Philippe Sielberzahn (Ecole de Management de Lyon) avait par exemple proposé comme cas d'étude le cas de  la startup Hellomentor, spécialisée dans le tutorat en ligne. L'idée a séduit, et une startup, Coursolve, s'est même positionnée sur le domaine. Elle accompagne les entreprises désireuses de s'engager dans cette voie, et fait le lien avec des équipes pédagogiques dont les cours sont propices à ce genre de pratiques. Les MOOC basés sur ce principe se multiplient sur la plate-forme américaine Coursera. Après Foundations of Business Strategy, c'est au tour du cours Introduction to Data Sciences (University of Washington) de se lancer dans l'aventure. Espérons que la dynamique se poursuivra.

Un phénomène encore rare

L'idée est séduisante au premier abord, mais elle pose un certain nombre de questions. Outre le problème de la mise en oeuvre concrète du dispositif, il y a celui de la propriété intellectuelle. A qui appartient l'innovation? Il ne s'agit pas non plus d'exploiter les participants en leur piquant toutes leurs idées; il faut que chacun y trouve son compte. Comment mettre en valeur et récompenser les meilleurs idées et les innovateurs les plus créatifs, telle est la question.

Ensuite, il faut trouver des entreprises qui seraient prêtes à jouer le jeu, à proposer des défis sous la forme de MOOC. Et bien que le phénomène ait pris son essor en France il y a près d'un an, rares sont les entreprises à s'engager dans le mouvement. C'est dommage, car il s'agit d'une opportunité rare de se démarquer et de conquérir de nouveaux publics. Le jeu en vaut probablement la chandelle pour un certain nombre d'acteurs. A bon entendeur, salut ...