Pourquoi la contestation à Hong-Kong inquiète le gouvernement chinois

Par Jean-François Dufour  |   |  769  mots
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Le mouvement de contestation qui agite Hong-Kong intervient dans un contexte sensible pour le gouvernement chinois, inquiet des conséquences des réformes économiques. par Jean-François Dufour, Directeur, DCA Chine-Analyse

Ce 1er octobre 2014, soixante-cinquième anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, est placé sous le signe de la tension à Hongkong, agitée par le plus fort mouvement de contestation depuis la réintégration de la cité par la « mère - patrie »en 1997. Mais la tension, si elle est moins visible, est tout aussi forte dans les coulisses du pouvoir à Beijing, où cet exemple potentiel, pour le reste du pays, de mobilisation politique pose des questions sur sa gestion, mais aussi sur l'avenir des réformes économiques.

Les manifestations du mouvement « Occupy Central » à Hongkong ont été déclenchées par la décision de Beijing de contrôler les candidatures à l'élection du prochain chef de l'exécutif de la Région administrative spéciale du sud de la Chine.
En 2017, les Hongkongais se verraient pour la première fois accorder le droit de voter pour désigner le chef du gouvernement local ; mais pour un choix limité entre trois candidats approuvés par un Comité électoral de 1.200 membres dominé par les milieux d'affaires et facilement contrôlable par Beijing - le même qui a élu le chef de l'exécutif actuellement en poste.

« Centralisme démocratique » et milieux d'affaires

Cette conception particulière de la démocratie constitue une variante locale du « centralisme démocratique » énoncé par Lénine, qui reste au cœur du fonctionnement du Parti communiste chinois (PCC) - et de ce fait de la Chine. Simplement, là où les instances dirigeantes du PCC jouent le rôle central dans le reste du pays, Beijing s'est appuyé sur l'élite des affaires à Hongkong, territoire auquel il a concédé un statut spécial en 1997 pour tirer parti de ses atouts économiques.
L'actuel chef de l'exécutif, Leung Chun-ying, vient de l'immobilier ; son prédécesseur entre 2005 et 2012, Donald Tsang, avait été secrétaire aux Finances ; et le premier occupant du poste (de 1997 à 2005), Tung Chee-hwa, était un armateur : ce sont ces représentants des milieux économiques qui font tourner la place financière et logistique de Hongkong que le PCC veut pour interlocuteurs - et qui seuls justifient à ses yeux le statut spécifique de la ville la plus riche du pays.

Moment sensible

La remise en cause politique que constitue le mouvement hongkongais aurait pu laisser les autorités chinoises relativement sereines, et confiantes dans son épuisement, il y a quelques mois encore.
Mais elle intervient à un moment sensible, marqué par les premiers signes de nervosité vis-à-vis des effets des réformes économiques engagées dans le reste du pays depuis 2012 - et illustrés, par exemple, par les récentes rumeurs de destitution du gouverneur de la Banque centrale du pays, promoteur emblématique de ces réformes.
Les cas commencent en effet à se multiplier, de mouvements locaux de protestation de salariés de secteurs comme la sidérurgie ou l'extraction de charbon, qui dénoncent les arriérés de salaires que leurs entreprises, visées depuis le début de l'année par la restriction du crédit bancaire pour arrêter la dérive de surinvestissement de l'industrie nationale, ne sont plus capables de leur payer.

Dans un tel contexte, l'exemple que pourrait constituer Hongkong, d'une mobilisation de la population pour tenir tête au pouvoir, a tout pour inquiéter le gouvernement chinois. Les efforts déployés, pour empêcher la propagation de l'information depuis Hongkong vers le reste de la Chine, l'attestent.

Contestation politique et réformes économiques

La question hongkongaise est dès lors sure de s'inviter dans les débats internes au PCC.
Non pas tant sur sa gestion : on peut escompter un consensus au sein du Parti, entre une volonté d'éviter un affrontement qui serait préjudiciable à l'image internationale de la Chine et au fonctionnement de sa principale place boursière ; et une détermination absolue à passer par-dessus ces préventions, si l'autorité politique du PCC apparaissait frontalement défiée.
La question hongkongaise pourrait plutôt alimenter les débats internes sur la suite à donner aux réformes économiques.
Elle souligne en effet, dans une conjoncture incertaine, la fragilité d'un pouvoir dont la légitimité ne repose que sur le développement de l'économie. Et qui, si les réformes engagées sont poussées plus avant, pourrait devoir affronter leurs conséquences - des faillites en chaîne, susceptibles de réunir dans les rues des grandes villes chinoises des foules aux motivations différentes, mais comparables, en termes de défi politique, à celles de Hongkong aujourd'hui.
Jean-François Dufour, Directeur, DCA Chine-Analyse