Les nouveaux champions de la Chine à l'export se préparent

Par Jean-François Dufour  |   |  633  mots
(Crédits : DR)
L'année 2015 verra probablement la naissance de deux nouveaux « géants » chinois dans les industries ferroviaire et le nucléaire, issus de la fusion partielle ou totale des groupes structurant chacun de ces secteurs aujourd'hui. Cette évolution reprendra un schéma déjà appliqué par la Chine dans l'industrie aéronautique, mais avec une différence : sa principale motivation sera, dans les deux cas, la conquête des marchés export.

La fusion de CNR et CSR, les deux grands constructeurs chinois de matériel ferroviaire roulant, est en cours d'examen par le gouvernement, et paraît acquise. L'appellation du futur nouveau géant, CRVC (China Railway Vehicles Corp.) aurait même été arrêtée.

Une fusion, partielle ou totale, entre CNNC (China National Nuclear Corp.) et CGN (China General Nuclear), les deux grands constructeurs et opérateurs de centrales nucléaires du pays, paraît moins avancée. Mais le projet aurait d'ores et déjà été soumis à la SASAC (State Assets Supervision and Administration Commission), étape préliminaire à son approbation gouvernementale.

Evolution stratégique

Ces deux industries de hautes technologies entreraient ainsi dans une phase d'évolution stratégique.

Les deux grandes entités séparées opérant dans chacune jusqu'à maintenant, l'avaient été pour susciter une concurrence domestique aiguillant leur développement. Et pour démultiplier les occasions de partenariats étrangers porteuses de transferts technologiques - coopérations avec le japonais Kawasaki et le canadien Bombardier pour CSR, et avec l'allemand Siemens et le français Alstom pour CNR ; coopérations avec l'américain Westinghouse, le canadien Candu et le russe Rosatom pour CNNC, et avec le français Areva pour CGN.

Elles passeraient maintenant à la mise en commun des ressources ainsi acquises au cours des vingt dernières années, pour la recherche de synergies.

Le précédent de l'aéronautique

Une autre industrie chinoise de haute technologie, l'aéronautique, a montré le chemin de cette évolution.

Séparé entre 1999 et 2008 en deux entités (AVIC I et AVIC II) mises en concurrence, le conglomérat Aviation Industry of China (AVIC) a été réunifié en 2008, pour la mise en commun des divers savoir-faire acquis. Et pour le pilotage par une structure séparée spécifique, la Comac (Commercial Aircraft of China), des grands projets aéronautiques civils nationaux (jet régional ARJ21 et moyen-courrier C919).

Objectif export

Il existe cependant une différence importante entre l'évolution récente enregistrée par l'industrie aéronautique chinoise, et celles qui s'annoncent dans ses industries ferroviaire et nucléaire.

Alors qu'AVIC, et la Comac, ont été unifié, et créé, pour porter un projet essentiellement tourné vers le marché domestique, faute d'expérience préalable, les « champions » en passe d'être créés aujourd'hui, forts d'une expérience importante bien que récente, auront l'exportation pour objectif principal.

Le nouveau « géant » ferroviaire chinois visera ainsi notamment à éviter que les différents modèles de CRH (China Railway Highspeed, les rames à grande vitesse) développés par CNR et CSR entrent en concurrence sur des marchés étrangers.

Et son équivalent dans le nucléaire proposerait à l'export une offre cohérente, dont la volonté a été illustrée depuis 2011 par la mise en commun des réacteurs « nationaux » développés par CNNC et CGN, pour donner naissance au modèle Hualong.

Appuis de poids

Les nouveaux groupes unifiés dont la Chine devrait se doter en 2015, donneront à ses industries ferroviaire et nucléaire des champions à la hauteur des appuis politiques et financiers dont elles bénéficient.

Le plus puissant de leurs promoteurs sur le marché mondial, n'est ainsi autre que le Premier ministre Li Keqiang. Du Nigeria au Royaume-Uni, en passant par l'Afrique du Sud ou la Roumanie, le chef du gouvernement chinois a ponctué ses visites officielles depuis 2013 d'accords engageant la Chine dans des coopérations sur des projets ferroviaires ou nucléaires, et parfois sur les deux. Et expliqué que de telles coopérations bénéficieraient du soutien financier des grandes banques publiques chinoises.

Les futurs nouveaux champions de l'industrie chinoise qui devraient apparaître en 2015 partiront avec des objectifs ; et avec des moyens pour les atteindre.

Jean-François Dufour, Directeur, DCA Chine-Analyse