Parlement européen, activité intense avant changement

Par Florence Autret  |   |  643  mots
Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR (Crédits : DR)
Le rideau va bientôt tomber sur ce Parlement européen. La dernière session se tiendra à la mi-avril. Ensuite, chacun rentrera chez soi pour faire campagne, se chercher un nouveau job ou prendre sa retraite. Mais en attendant que le rideau ne tombe, le plateau est plus actif que jamais.

Entre janvier et avril, les députés auront dû boucler pas moins de... 350 rapports pour écluser leur agenda, pendant que les milliers d'assistants et de collaborateurs divers, invisibles accessoiristes du théâtre politique, tentent de trouver une solution de continuité professionnelle. Routine d'une fin de mandature, en somme.

Ce qui n'est pas routinier en revanche, c'est le virage à 90° de l'agenda politique. Chaque changement de cycle quinquennal coïncide avec de nouvelles priorités. Barroso 1 avait représenté l'apogée d'une certaine béatitude libérale, qui semble aujourd'hui passablement anachronique. Barroso 2 a marqué un retour à l'ordo-libéralisme aussi bien en matière financière que monétaire. Mais le changement qui se prépare pour le prochain Parlement et la nouvelle Commission est bien plus radical.

Cette terrible affaire ukrainienne donne la mesure des périls à venir

Des soldats russes hors de leurs frontières, non pas dans le Caucase, mais côté Ouest, c'est du jamais-vu depuis la chute du Mur. La Commission doit consentir à un bras de fer aux enjeux inattendus où elle joue sa crédibilité.

Le géant Gazprom risque plusieurs milliards d'amendes pour nouer avec six pays européens des contrats qui les obligent à violer les règles de l'Union. En ce moment même, la direction générale du Commerce finalise par ailleurs une enquête sur les subventions dans le secteur minier russe...

À défaut de pouvoir obliger Moscou à cesser de privilégier ses oligarques dans l'accès à son riche sous-sol, Bruxelles pourrait imposer des taxes à l'importation des produits russes. Cela aurait pu n'être que de la diplomatie commerciale musclée. Mais le contexte ukrainien rend tout différent.

Imaginons un instant que Gazprom refuse tout simplement de payer les amendes de la Direction générale de la concurrence, la DG Comp, les Européens risqueraient immédiatement d'étaler leurs différences de vue, leur indignation s'échelonnant très exactement selon leur degré de dépendance au gaz russe importé.

La Commission serait paralysée dans le seul domaine où elle a été capable d'assumer une politique de puissance internationale, singulièrement face aux États-Unis (souvenez-vous de l'amende contre Microsoft ou de l'interdiction de la fusion GE-Honeywell). Il y a donc fort à parier que la Commission s'abstienne de dégainer pour encore quelques mois.

Les aspirations démocratiques des voisins de l'Union, elles-mêmes démultipliées par la révolution numérique, sont un défi pour la politique extérieure européenne naissante. Elles ne sont pas le seul.

Historiquement, les crises financières dégénèrent en crises monétaires et souveraines, lesquelles débouchent sur des tensions internationales et une tendance au repli protectionniste. C'est ainsi qu'a pris fin la première mondialisation, au début du XXe siècle.

Nous sommes à nouveau rendus à ce point où les éléments d'une gouvernance mondiale vacillent. Bien sûr, Bruxelles continue à négocier avec Washington le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership, ou Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement).

De l'avis des experts, le grand traité transatlantique a 50% de chances de voir le jour

Mais il risque en même temps de devenir un point de fixation politique pour les adversaires de la mondialisation... avant d'avoir pu produire quelque effet positif. Les gouvernements allemand et français viennent d'annoncer qu'ils ne voulaient pas de son régime de protection des investisseurs, ce qui est un recul par rapport aux accords bilatéraux antérieurs.

Et pendant ce temps, des bords du Lac Léman, monte le paisible ronflement de l'Organisation mondiale du commerce, cette belle endormie qui pourtant tient la clé d'une régulation efficace des échanges mondiaux. « Je rêvais d'un autre monde », chantait Téléphone. Mais ce n'était pas le même. Celui qui se prépare ne fait pas vraiment rêver.