Mettre ses enfants dans le privé pour s'assurer des bons résultats

Par Erwann Kerrand  |   |  696  mots
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C'est un véritable raz de marée : les établissements privés monopolisent la tête de notre classement des 20 meilleurs lycées de France. Ces lycées bénéficient d'une forte demande des parents d'élèves qui veulent assurer le succès de leur progéniture. Pourtant leur réelle valeur ajoutée fait débat.

Le constat est sans appel, parmi les 50 lycées ayant les plus forts taux de réussite au bac, seulement 8 sont des établissements publics. Interrogée sur le sujet Marie Duru-Bellat sociologue à Sciences Po, spécialiste d'éducation, nous rappelle les risques d'une interprétation trop rapide de cette tendance.

Ne pas oublier la question de la valeur ajoutée.

Le classement que nous présentons s'intéresse à ce que l'on appelle les valeurs brutes qui ne permettent pas d'évaluer ce que le ministère de l'éducation nationale appelle « la valeur ajoutée », l'efficacité d'un établissement. Il est possible de mesurer cette efficacité en calculant le taux de réussite attendu, en fonction de la catégorie socioprofessionnelle des parents des élèves d'un établissement et de leur niveau scolaire en fin de 3ème, qui permettent de pronostiquer un taux brut de réussite au bac plus ou moins élevé. La comparaison entre ce taux de réussite attendu et le taux de réussite réellement observé permet de mesurer l'efficacité d'un établissement, sa capacité à faire progresser les élèves qu'il a, quels que soient leurs atouts. En un mot, on mesure si dans un lycée, on compense plus ou moins les déterminismes sociaux. Sous l'angle de l'efficacité, Marie Duru-Bellat, considère l'opposition public/privé comme assez peu pertinente, "les établissements privés ne sont pas nécessairement plus efficaces que les établissements publics", leur valeur ajoutée n'est pas forcément plus grande.

Aux parents de faire leur choix.

"Un élève qui intègre un établissement privé profite d'un environnement plus favorable étant entouré d'élèves en moyenne plus favorisés et plus faciles". C'est là un effet d'émulation lié à la composition sociale d'un établissement, et qui ne joue pas que dans le privé. Il existe des établissements publics, généralement en centre ville, qui accueillent majoritairement des élèves de milieux sociaux privilégiés. C'est d'ailleurs le cas des deux premiers du classement les Lycées Louis Le Grand et Henry IV.

Aux parents, de décider quel critère retenir pour choisir le lycée qui va maximiser les progressions de leurs enfants, soit l'efficacité pédagogique (valeur ajoutée apportée) ou l'effet d'émulation et la composition favorable des établissements. Rappelons à nouveau que cette distinction ne recoupe pas forcément celle entre le public et le privé.

Un choix qui reste à la faveur du Privé.

En terme d'inscriptions, l'arbitrage des parents s'établit clairement en faveur du privé.
Alors que le nombre d'élèves inscrits dans le second degré diminue nettement dans l'enseignement public, les effectifs restent relativement stables dans l'enseignement privé (voir tableau).

Un engouement qui dépasse la simple la dimension religieuse. Gilles du Retail directeur de l'information au secrétariat générale de l'enseignement catholique, nous explique que dans certains lycées, nombreux sont les élèves qui ne sont pas catholiques. "Nous avons un lycée dans le quartier Nord de Marseille où la très grande majorité des élèves est musulmane. Nous sommes évidemment ouverts à tous et pas dans une démarche de repli identitaire".

L'assouplissement de la carte scolaire sans effet ?

Une des explications de cet attrait est le fait que les établissements privés ne dépendent pas de la carte scolaire. Pourtant, selon Gilles du Retail, l'assouplissement, depuis 2008, de la carte scolaire n'a pas entraîné de baisse marquante dans les demandes d'inscription. "Dans les grandes métropoles où il y a une vraie diversité de l'offre de formation et où on pourrait dire qu'il y a concurrence, nous n'avons pas observé d'effets notoires sur les demandes d'inscription".
D'après les retours dont dispose le secrétariat général de l'enseignement catholique, les parents d'élèves préfèrent le privé pour trois raisons "l'accompagnement éducatif, la formation d'un projet pédagogique en concertation entre les professeurs les élèves et les familles ; et un vrai encadrement. Les parent savent qu'en mettant leurs enfants chez nous, s'ils manquent à l'appel nous les en tiendrons rapidement informés"
L'enseignement catholique représentait 97,35% de l'enseignement privé sous contrat en France, en 2010.