Au Front National, les couteaux s'aiguisent

Par latribune.fr  |   |  1095  mots
Au FN la victoire de Macron, plus large que prévu, ne passe pas, notamment pour Marion Maréchal Le Pen (ici avec Gilbert Collard), qui a vu le candidat d'En Marche s'imposer sur ses terres frontistes, avec 65% des voix par exemple à Carpentras : "Bien sûr qu'il y a une déception, évidemment (...) "Il y aura des leçons à tirer, positives, quand même (...), et des leçons aussi peut-être plus négatives." (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Jean-Marie Le Pen accuse Florian Philippot de la défaite de sa fille. Mais il n'est pas le seul. Malgré le score "historique" de Marine Le Pen à la présidentielle, il a été jugé insuffisant par une bonne partie des soutiens, d'autant plus après sa prestation ratée face à Emmanuel Macron. Des cadres réclament à tout le moins un changement de stratégie. Mais la profondeur de la réforme que la candidate a elle-même appelée de ses voeux sera certainement jugée à l'aune des résultats du FN aux législatives.

Malgré un résultat record avec 10 millions de voix engrangées, le parti d'extrême-droite l'a en travers de la gorge, cette élection présidentielle. Non seulement, le Front National n'a pas réussi à franchir le seuil des 40%, considéré comme un objectif minimum par certains cadres dirigeants, mais en plus il s'est fait damer le pion par le candidat d'En Marche! dans des territoires considérés comme acquis.

En effet, en s'imposant dimanche en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, dont les six départements se sont prononcés en faveur du nouveau président de la République, y compris les terres frontistes du Var et du Vaucluse. le parti de Macron réalise le grand chelem dans le sud-est frontiste.

La campagne de Marine Le Pen critiquée par son propre camp

"Bien sûr qu'il y a une déception, évidemment", a concédé Marion-Maréchal Le Pen, dimanche soir, sur France 2, qui a vu le candidat d'En Marche s'imposer à domicile avec 65% des voix à Carpentras.

"Il y aura des leçons à tirer, positives, quand même (...), et des leçons aussi peut-être plus négatives."

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D'où les interrogations qui se sont exprimées sitôt les premières estimations publiées, en particulier sur le volet européen du programme, au coeur du projet de Marine Le Pen mais aussi des controverses en interne.

"On peut peut-être estimer que nous avons mal su expliquer des aspects difficiles de notre programme", a regretté lundi Pascal Gannat, chef de file du FN au conseil régional des Pays-de-la-Loire, sur France Bleu.

Sortie de l'euro : la stratégie de Philippot montrée du doigt

"Je pense particulièrement à la question de l'Europe et particulièrement de l'euro, dont la sortie annoncée a été (...) un épouvantail pour un grand nombre d'électeurs de droite et de gauche", a poursuivi le conseiller régional, qui dit avoir toujours été "circonspect" sur le sujet.

Le discours anti-euro, inspiré notamment par le vice-président Florian Philippot, fait depuis longtemps l'objet de discussions dans le parti, où l'on est conscient de l'impopularité d'une telle mesure et des dégâts qu'elle cause dans certaines franges de l'électorat.

Selon un sondage Ifop pour Le Figaro et la Fondation Robert-Schuman paru fin mars, près de trois quarts des Français (72%) se déclarent hostiles à une disparition de la monnaie unique.

Marine Le Pen, elle-même, appelle à une "refondation"

Cet esprit de remise en cause touche également Marine Le Pen, qui avait annoncé dimanche soir, après avoir reconnu sa défaite, une "transformation profonde" à venir de son propre parti - sans aucune autre précision pour le moment. Selon certains dirigeants, le changement pourrait affecter le nom même du parti dans l'idée de "l'union des droites" pour rassembler au-delà des limites traditionnelles du FN. Information confirmée dimanche soir sur TF1 par Florian Philippot, et rapportée par LCI :

"Le Front national va évoluer et profiter de cette nouvelle dynamique de rassemblement". Et comment va s'opérer ce virage ?  "[Le parti] va se transformer en une nouvelle force politique qui, par définition, n'aura plus le même nom."

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Certes, malgré la consternation des militants qui peut aller, selon Libération, jusqu'à la contestation et l'appel au changement de direction, la majorité des soutiens du Front National estiment -en public- que Marine Le Pen reste la mieux placée pour conduire le parti, notamment en vue des législatives de juin. Et cela, malgré sa prestation ratée lors du face-à-face télévisé avec Macron dans l'entre-deux-tours.

Le député Gilbert Collard dimanche, durant la soirée électorale organisée par le FN, appelait ainsi à surmonter le défaitisme ambiant :

"Si on devait changer de leader à chaque fois qu'on a eu une défaite, on n'aurait pas eu Mitterrand."

Idem pour Gaëtan Dussausaye, directeur du Front national de la jeunesse (FNJ) :

"C'est grâce à Marine Le Pen que nous avons réussi à avoir ce score historique pour notre mouvement. Il est hors de question qu'elle ne soit pas avec nous dans ce combat-là."

Jean-Marie Le Pen accuse Philippot de la défaite de sa fille

Jean-Marie Le Pen ne s'est pas fait prier pour dire, dès le soir du scrutin présidentiel, tout le mal qu'il pensait de Florian Philippot, vice-président du Front National, qu'il estime responsable au premier rang de la défaite de sa fille. Dans les colonnes du Monde, il a notamment déclaré :

"Il ne peut pas faire le fier ni proposer un changement de nom" du parti puisqu'"il n'est qu'un hôte dans cette maison."

Sur TF1, l'intéressé, numéro deux du FN, réagissait non sans agacement, estimant que compte tenu de son score en 2002 (17,79%), Jean-Marie Le Pen n'avait "pas de leçon à donner", ajoutant selon LCI cette pique :

"Il adore l'Union européenne, c'est ça sa nouvelle ligne ? C'est son problème. Nous, on est souverainistes, on est fiers de l'être", a ajouté Florian Philippot.

Le lendemain sur BFMTV, Jean-Marie Le Pen accusait Philippot d'être le "responsable" de la défaite de sa fille. Et recadrait sèchement la proposition faite par sa fille de "transformation profonde" du parti qu'il a créé :

"Ça c'est le congrès qui va décider. Je croyais que c'était Monsieur Philippot qui voulait changer de nom. Mais comme il est l'un des principaux responsables de la défaite de Marine Le Pen, je pensais qu'il songerait à s'esquiver."

Combien de députés FN à l'Assemblée nationale ?

La réorganisation du parti pourrait ne débuter vraiment qu'après les prochaines élections législatives : en clair, selon les résultats.

Le FN espère se constituer un groupe d'au moins 15 députés, voire beaucoup plus, et revenir en force à l'Assemblée nationale, où sa présence est résiduelle depuis près de trente ans.

Ces objectifs sont en ligne avec une enquête Opinionway-SLPV Analytics pour Les Echos publiée mercredi 3 mai, juste avant le débat Le Pen-Macron (et donc ne tenant pas compte de la qualité de prestation des deux candidats), le Front National remporterait de 15 à 25 députés. C'est-à-dire toujours moins que le Parti socialiste, pourtant laminé, avec 28 à 43 sièges.

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(Avec Reuters)