Ventes d'armes : Londres fonce, Paris la joue prudente

Par Michel Cabirol  |   |  762  mots
Le Premier ministre britannique David Cameron Copyright Reuters (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Totalement décomplexé, le Premier ministre britannique David Cameron est au Moyen-Orient pour vendre entre autres des armements, notamment des Eurofighter. Paris semble quant à lui gêné sur ces dossiers... en dépit d'une filière française reconnue pour ses compétences.

Le Premier ministre britannique David Cameron a entamé ce lundi une campagne de trois jours dans les pays du Golfe et du Proche-Orient... qui contraste singulièrement avec les visites récentes du Chef de l'Etat français, François Hollande, en Arabie saoudite et du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, à Abu Dhabi. David Cameron a fait étape lundi aux Emirats arabes unis (EAU) dans le cadre d'une visite qui doit aussi le conduire en Arabie saoudite, avec pour objectif d'établir un partenariat de défense et de développer les échanges commerciaux.

"Les pays ont droit à l'autodéfense"

Et le Premier ministre britannique n'a pas hésité à parler de contrats et de vente d'armes. Lors d'une réunion de la commission mixte de coopération économique qu'il a co-présidée à Dubaï, David Cameron a souhaité voir "le partenariat" émirato-britannique "s'élargir, par davantage d'investissements mixtes". Les deux pays cherchent à porter leurs échanges commerciaux à 12 milliards de livres sterling (19,2 milliards de dollars) en 2015, contre 9,6 milliards de livres sterling (15,3 milliards USD) actuellement, selon le ministre émirati de l'Economie, Sultan al-Mansour. Dans son discours, il a rappelé que la Grande-Bretagne avait "un des régimes les plus stricts au monde pour les ventes d'équipements de défense, mais nous croyons vraiment que les pays ont un droit à l'autodéfense et nous croyons vraiment que la Grande-Bretagne a des industries de défense importantes, qui emploient plus de 300.000 personnes. De fait, ce type d'affaires est complètement légitime et juste".

David Cameron fait la promotion de l'Eurofighter à Abu Dhabi

Dans ce cadre, Londres voudrait persuader les Emirats d'adopter le Typhoon Eurofighter fabriqué par BAE Systems, EADS et l'italien Finmeccanica pour remplacer leur flotte actuelle de Mirage français, avec la volonté d'établir à plus long terme "une collaboration pour le développement de la prochaine génération d'équipement militaire aérospatial". Selon Downing Street, David Cameron, accompagné d'une délégation d'hommes d'affaires, entend "mettre en avant l'industrie britannique de défense" et "faire la promotion" des avions de combat Eurofighter. Aux Emirats, le Premier ministre assistera ainsi à une démonstration de l'avion de chasse Typhoon. Les EAU ont déjà manifesté leur intérêt pour jusqu'à 60 avions, selon Downing Street.

Bref tout le contraire de la France, pourtant en piste pour vendre 60 Rafale aux EAU alors que les contraintes budgétaires françaises vont beaucoup, beaucoup toucher les industriels de l'armement. "L'exportation est le salut de l'industrie de la défense française", assure-t-on de source proche du dossier à "latribune.fr". Pour autant, Jean-Yves Le Drian à l'issue de son passage à Abu Dhabi avait expliqué dans une interview au "Parisien" le 24 octobre qu'il n'avait pas parlé du Rafale. Et d'expliquer qu'un "ministre de la Défense s'adresse à des partenaires, pas à des clients. Il n'arrive pas avec un catalogue sous le bras". A suivre... Qui de la France ou de la Grande-Bretagne aura eu la meilleure approche commerciale avec les EAU ?

Londres vise la vente d'une centaine d'Eurofighter au Moyen-Orient

Après les Emirats, David Cameron sera mardi en Arabie saoudite. Dans ces deux pays, où il s'était déjà rendu en 2010 et 2012, le Premier ministre britannique espère établir un "vrai partenariat" de défense. Cette nouvelle visite est le signe de sa volonté de "cimenter des partenariats à long terme avec deux des plus importants alliés stratégiques du Royaume-Uni dans le Golfe", a fait valoir Downing Street dans un communiqué. Londres espère vendre plus d'une centaine d'appareils dans la région dans l'année à venir, ce qui pourrait représenter une manne de "plus de 6 milliards de livres (7,4 milliards d'euros) pour les entreprises britanniques", souligne Downing Street.

En Arabie saoudite, François Hollande a en revanche déclaré à Reuters, qu'il n'était "pas venu signer je ne sais quel contrat. C'est une relation personnelle et de confiance qui devait être établie". Avant la rencontre entre François Hollande et le roi Abdallah, le chef de l'Etat "abordera le thème des frégates sur le mode de l'interrogation : où en êtes-vous sur ce dossier, quelles sont vos attentes, votre calendrier?", commentait-on prudemment dans l'entourage du président. DCNS attendait beaucoup de cette visite présidentielle cinq ans après avoir initié des négociations en vue de moderniser une partie de la flotte saoudienne. Le groupe naval espère, dans la foulée de la venue de François Hollande à Djedda, la notification d'un contrat, baptisé LEX (Life Extension Sawari 1), d'une valeur d'environ 1 milliard d'euros sur cinq ans, selon des sources concordantes.