Paris et Berlin donnent enfin le coup d'envoi à "l'Airbus des batteries"

Par Nabil Bourassi  |   |  747  mots
(Crédits : Bizoo_n)
Après de longues tergiversations européennes, les ministres français et allemand de l'Économie viennent de publier une feuille de route pour former une industrie européenne des batteries pour les voitures électriques, capables de rivaliser face à la domination chinoise. Cet "Airbus des batteries" devra être opérationnel avec la technologie actuelle, mais devra surtout préparer la génération suivante où tout reste encore à faire. Ils espèrent obtenir de la Commission européenne le statut de d'IPCEI afin de subventionner ce secteur...

Depuis le temps qu'on en parle... "L'Airbus des batteries" va-t-il enfin voir le jour ? Les ministres de l'économie français et allemand ont en tout cas mis sur pied une feuille de route pour que l'Europe se dote enfin d'une production de cellules de batteries électriques. Ce mardi 18 décembre 2018, le sixième sommet des "Amis de l'Europe" réuni à Bercy aurait, pour la première fois, abouti sur un projet industriel concret à mettre en oeuvre l'an prochain. Ce cercle a été fondé en 2013 par la France pour rapprocher les pays européens qui ont l'ambition d'une stratégie industrielle commune. Avec l'Airbus des batteries, Paris et Berlin veulent accélérer dans un domaine où l'Europe est clairement très en retard notamment par rapport à la Chine.

Le statut d'IPCEI

Bruno Lemaire et son homologue allemand Peter Altmaier se donnent jusqu'à la fin du premier trimestre pour identifier une liste de consortiums qui pourraient construire cette industrie. Ils soumettront cette liste à la Commission européenne afin de faire valider leur projet et ainsi leur octroyer le statut d'IPCEI (acronyme pour Important Projects of Common European Interest). Ce statut permet de contourner les règles communautaires en termes d'aides d'État. C'est la Commission européenne qui accorde ce statut en général pour des industries naissantes.

À Bercy, on estime que l'industrie des batteries doit nécessairement passer par des aides d'État, puisque celles-ci sont largement subventionnées en Chine. On juge également que la question de la batterie électrique est un élément majeur pour l'industrie européenne des prochaines années. "C'est 35% de la valeur d'une voiture qui risque de s'envoler en Chine si on ne construit pas notre propre capacité de production", rappelle un haut fonctionnaire du ministère de l'Économie et des Finances.

Lire aussi : Le secteur automobile divisé sur la question d'un "Airbus des batteries"

La feuille de route inclut toute la chaîne de valeur partant de la R&D, en passant par les chimistes jusqu'à la production. D'ailleurs, les ministres souhaitent que les consortiums n'attendent pas la nouvelle génération de batterie et soient opérationnels avec la technologie actuelle de batteries électriques afin d'amortir plus rapidement les investissements de production et devenir compétitif. Cela implique que les constructeurs automobiles s'engagent très rapidement sur des commandes pour remplir les carnets de commandes.

L'enjeu de la 4e génération de batteries

Mais Paris et Berlin tablent surtout dans la recherche de la batterie dite de 4e génération. Les industriels estiment que la bataille de la compétitivité est d'ores et déjà perdu sur la batterie de troisième génération, mais qu'il y a encore un coup à jouer sur celle de 4e génération qui se veut très prometteuse (moins cher, longévité et autonomie plus longue et recharge plus rapide).

Le principal consortium qui pourrait profiter du statut de l'IPCEI pourrait être celui construit par SAFT (filiale de Total) qui comprend des partenaires comme Siemens, Solvay ou Manz. BASF a également fondé un consortium avec Varta et Ford. Des rumeurs de presse évoquent l'arrivée de Volkswagen dans ce dernier consortium.

L'Allemagne s'est engagé à débloquer une enveloppe d'un milliard d'euros jusqu'en 2022 pour financer ces projets. La France, elle, n'a pas encore chiffré son engagement financier, et réfléchit à puiser dans le grand fond de l'industrie et l'innovation (10 milliards d'euros de budget) ou dans le programme des investissements d'avenir.

Vers une stratégie industrielle commune

Le sommet des amis de l'Europe a également déterminé d'autres ambitions industrielles. Ce cercle veut ainsi préparer dès maintenant une réflexion pour monter une stratégie industrielle commune et qui serait portée par la prochaine Commission européenne et qui sera formée au lendemain des prochaines élections européennes. Il s'agit de mettre l'accent sur des technologies d'avenir comme l'intelligence artificielle, les batteries donc, mais également les nanotechnologies.

À cette fin, la prochaine mandature exécutive communautaire devra tout mettre en oeuvre pour favoriser cette stratégie industrielle sous tous ses aspects: assouplissement des règles concurrentielles, autorisations exceptionnelles d'aides d'État, mais également de formation. Pour donner un peu d'avance, la commission sortante a annoncé ce mardi même la validation du statut d'IPCEI au secteur des nanotechnologies. Ce projet autorisera 4 pays membres à subventionner ce secteur. La France divulguera en janvier à Grenoble son plan Nano 2022 et qui profitera donc de ces largesses publiques.