Air France, les pilotes disent "oui" à Transavia ! Le SNPL sous pression

Par Fabrice Gliszczynski  |   |  789  mots
Appelés à se prononcer sur l'accord négocié par le SNPL et la direction sur les conditions de détachement chez Transavia, les pilotes d'Air France ont voté oui. Pour autant, une nouvelle équipe sera élue jeudi pour diriger le SNPL... et une ligne dure, composée d'opposants à ce texte, tient la corde. Signeront-ils?

Ouf de soulagement pour la direction d'Air France même si la partie n'est pas encore gagnée. Appelés à se prononcer sur le texte négocié par l'équipe sortante du SNPL et la direction sur les conditions du détachement des pilotes volontaires d'Air France pour aller travailler chez Transavia France, les pilotes d'Air France ont voté favorablement à hauteur de 52,75%. Les membres du SNPL, majoritaire, ont quant à eux approuvé à hauteur de 60%.

Une consultation très représentative de cette catégorie de personnel dans la mesure où 78% des quelque 4.000 pilotes de la compagnie ont voté.

De 14 à 40 appareils pour Transavia

Négocié le 14 octobre après une quinzaine de jours de grève, ce texte précise les contours du  détachement des pilotes volontaires d'Air France chez Transavia, aux conditions de travail et de rémunération de la compagnie à bas coûts. Ce texte, s'il est signé, fera également sauter la limite actuelle de la flotte de Transavia France à 14 avions inscrite dans l'accord de création de Transavia France en 2007, et autorise Transavia France à passer jusqu'à 40 appareils. De quoi donner, avec la trentaine d'avions de Transavia Holland, les moyens de mieux lutter contre les poids lourds du low-cost européen que sont Ryanair et Easyjet.

La nouvelle direction du SNPL va-t-elle signer?

Pour autant, pour que cet accord s'applique, il faut que les syndicats représentatifs, le SNPL, majoritaire avec plus de 70% des voix, et le Spaf, le signent. C'est là que le dossier se complique. Le Spaf a déjà déclaré qu'il ne signerait pas. Quant au SNPL Air France, il est en plein chamboulement électoral. Son nouveau président et son bureau seront élus demain 4 décembre. L'actuel président, Jean-Louis Barber qui a négocié l'accord sur Transavia, ne se représente pas. Autrement dit, le président qui a négocié l'accord avec la direction ne sera pas celui qui décidera ou pas de le signer.

Cela ne poserait pas de problème si le nouveau président et son équipe étaient de la même tendance que le précédent, mais ce n'est pas ce scénario qui se profile. C'est en effet, la tendance dure du SNPL, hostile à cet accord, qui a obtenu vendredi dernier la majorité au conseil du SNPL, lequel élira jeudi le président et chaque membre de son bureau. Sur 44 sièges de ce conseil, il en a raflé 24.

Que fera le conseil ? Après le référendum des pilotes, certains parmi ces opposant au conseil du SNPL vont-ils changer leur fusil d'épaule et voter pour un président favorable à la signature du texte ?

Si ce n'est pas le cas et qu'un opposant au texte sur Transavia est élu à la présidence du SNPL Air France, ce dernier peut-il in fine se ranger à l'avis majoritairement favorable des pilotes, quitte à se déjuger ? Ou préfèrera-t-il ignorer le vote des pilotes et refuser de signer comme il s'y était engagé, en espérant rouvrir la négociation ? Il y a peu de chance que la direction accepte de remanier un texte obtenu après 14 jours de grève en septembre, et après un mois de négociation.

Plan B?

Si jamais le SNPL ne signait pas ce texte, le développement de Transavia se compliquerait sérieusement.

La direction va-t-elle sortir son fameux plan B, la création d'une Transavia bis, disposant de la même marque, des sept Boeing 737 commandés pour la croissance 2015 de Transavia, avec du personnel volontaire travaillant aux conditions souhaitées par la direction ? Ceci en attendant la fin de  l'accord actuel sur Transavia, en mars 2016, afin de fusionner à ce moment-là les deux Transavia ? Maintes fois évoqué, ce projet reste compliqué. Et instable juridiquement selon plusieurs observateurs en raison de la "scope clause" en vigueur chez Transavia France jusqu'à mars 2016.

« Le fait de créer une société hors scope clause, rattachée à Air France-KLM, peut s'apparenter à un abus de droit, à un détournement de procédure, dans le but de contourner un accord d'entreprise en vigueur », explique un observateur.

 Pour la direction d'Air France, il n'y a pas de débat. "Ce résultat (de la consulation des pilotes du SNPL, ndlr) sera entériné par le conseil syndical du SNPL qui se réunira demain jeudi 4 décembre", assure la compagnie dans un communiqué.

«Nous nous réjouissons de l'issue positive de cette consultation qui met fin à une période d'incertitude. Les pilotes, à la majorité, ont choisi de nous accompagner dans notre stratégie de développement sur le marché low cost avec Transavia» a déclaré dans le même communiqué Frédéric Gagey, président-directeur général d'Air France.