Bus franciliens : l'ouverture à la concurrence pourrait être retardée si elle menace les JO (Clément Beaune)

Par latribune.fr  |   |  701  mots
Le 29 septembre 2022, Clément Beaune, au premier plan, avec la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra (au troisième plan) lors d'une réunion avec les autres membres du gouvernement à l'Elysée consacrée à l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. (Crédits : Reuters)
En déclarant jeudi à La Croix qu'il n'excluait pas de décaler l'ouverture à la concurrence de l'actuel monopole de la RATP sur les bus en Ile-de-France, prévue pour le 1er janvier 2025, s'il y a un risque de perturbation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, le ministre délégué aux Transports Clément Beaune accrédite clairement l'avertissement lancé par les élus de gauche le 2 janvier dernier.

Clément Beaune serait-il en train de lâcher l'alliée Valérie Pécresse (LR) au profit des 250 élus de gauche qui ont écrit à Élisabeth Borne lundi 2 janvier dernier pour lui demander d'intercéder auprès de la présidente d'IDF Mobilités pour faire reporter l'ouverture à la concurrence de l'actuel monopole de la RATP sur les bus en Ile-de-France prévu début 2025 pour les bus ?

De fait, en déclarant jeudi à La Croix qu'il n'excluait pas de décaler cette ouverture à la concurrence s'il y avait le moindre risque de désorganisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, le ministre délégué aux Transports Clément Beaune semble bien donner crédit à l'avertissement lancé par lesdits élus de gauche.

L'ouverture influerait sur les difficultés actuelles de la RATP

Dans leur lettre ouverte à la Première ministre, ceux-ci, maires (Anne Hidalgo), élus locaux ou parlementaires (Olivier Faure, Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Pierre Laurent...), qui militent depuis plusieurs mois contre l'arrivée de la concurrence ou pour son report, arguaient que ce processus de privatisation des transports d'Île-de-France avait déjà un impact sur les difficultés actuelles de la RATP.

Selon ces élus, « la mise en concurrence et les conditions de travail actuelles et futures affectent gravement la qualité de service et la sécurité des usagers », notamment parce que « les offres les "moins-disantes"» sur le plan social « ont été privilégiées par IDFM dans les premiers lots publiés ».

Confrontée à des difficultés de recrutement, un absentéisme préoccupant, des grèves et des problèmes de maintenance du matériel, la RATP peine depuis plusieurs mois à faire circuler correctement ses autobus et métros, avec pour conséquence des temps d'attente parfois très longs et des véhicules bondés.

Et, pour ces 250 élus de gauche, le calendrier défini pour les bus par une loi de 2009 « coïncide » avec l'organisation des JO, ce qui selon eux va encore accentuer les conséquences de ce « grand saut dans le moins-disant social et dans l'inconnu organisationnel » que constitue cette ouverture à la concurrence.

Cela va sans dire, tous les syndicats de la Régie sont également opposés à la perte de son monopole, d'où la crainte qu'une potentielle et probable désorganisation du service, voire de cafouillages lors de la mise en place d'une nouvelle répartition des lignes avec plusieurs nouveaux acteurs, ne soit encore aggravée par des vagues de grèves.

« Je ne vous ferai pas croire que nous n'y pensons pas », a répondu Clément Beaune, interrogé par La Croix sur des risques de perturbations pendant les JO, organisés six mois avant l'échéance.

En outre, Clément Beaune, a clairement désigné l'entité en charge de ce problème, la région, envoyant la balle directement dans le camp de Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France et de son autorité régulatrice des transports, Ile-de-France Mobilités (IDFM) :

« La collectivité qui a cette responsabilité, c'est la région », a-t-il remarqué. « À elle d'abord de nous dire la situation et les risques, nous en discuterons, et je suis ouvert à toutes les options. »

Beaune pragmatique, Pécresse droite dans ses bottes

« L'ouverture à la concurrence est un outil. S'il est pertinent dans le cadre du calendrier actuel, alors il faut l'utiliser à la date prévue. S'il est pertinent à une date ultérieure, il faut l'activer plus tard », a estimé le ministre, dans un signe clairement adressé à Mme Pécresse.

Laquelle présidente d'IDFM n'a pas tardé à réagir par l'intermédiaire de son entourage :

« S'il est décidé de repousser l'ouverture à la concurrence, ça sera un choix politique », prévient-on dans l'entourage de sa présidente.

En effet, après avoir mis en concurrence les autobus de grande couronne, IDFM a découpé en douze lots l'actuel monopole de la RATP au coeur de la région parisienne, et a déjà lancé les appels d'offres pour quatre d'entre eux.

« On applique une législation européenne retranscrite dans le droit français. (...) IDFM est en ordre de bataille pour être prêt pour le 1er janvier 2025 », a ajouté un porte-parole à l'AFP.