Le Groenland en pleine mutation

Par Geoffroy de Becdelièvre  |   |  625  mots
Dans les 5 prochaines années, le Groeland aimerait voir ses visites augmenter de 15% (Crédits : Pavel Svoboda)
Quelle drôle d’idée d’avoir baptisé ce pays constitutif du Royaume du Danemark (l’équivalent de nos territoires d’Outre-Mer), constitué à 80% de calotte glaciaire, « Greenland », le pays vert. Car la plus grande île au monde, découverte au Xème siècle par Erik le Rouge, n’est nappée que d’un voile blanc à l’allure infinie. Mais alors que la canicule bat de plein fouet une partie de l’Europe, de plus en plus de curieux se lancent à l’assaut du grand froid.

En quelques années le Groenland est devenu une destination tendance, notamment auprès des Danois et Nord-Américains et pourrait, à terme, aider cette terre d'Inuits à obtenir son indépendance.

Une destination prisée mais onéreuse

En moyenne, chaque année, le Groenland accueille un touriste pour... un habitant ! Cet étonnant ratio est lié à la faible densité d'un territoire de plus de 2 millions de kilomètres carrés pour à peine 56 200 habitants. Avec l'ouverture d'une nouvelle ligne aérienne, reliant l'aéroport international de Kangerlussuaq à l'Islande, le Groenland dispose désormais d'une alternative à Copenhague, sa porte d'entrée jusque-là exclusive. Par la même occasion, ses autorités espèrent voir les visites augmenter de 15% sur 5 ans.

L'enjeu économique est important pour une région qui souhaite se détacher du Danemark et dont 4% de son PIB vient du tourisme. C'est le rôle de l'agence nationale Visit Groenland qui a défini un plan de communication autour de 5 arguments : se déplacer en chiens de traineaux, découvrir la culture Inuit, s'avancer vers les spectaculaires effondrements d'icebergs, observer les aurores boréales et partir sur les traces de la faune du Grand Nord.

En parallèle, le tourisme d'aventure se développe également avec les nombreuses possibilités de randonnées à ski.

Des moyens limités

D'une certaine façon, le Groenland est victime de son charme. Son climat et sa géographie, bien qu'en plein bouleversement, ne permettent guère la construction de routes ou chemins de fer reliant les principales villes du Sud de l'île autrement que par la mer ou les airs. Les trajets sont longs, et extrêmement chers. Si l'offre hôtelière s'approche des standards européens, elle reste encore limitée.

Des investissements conséquents sont nécessaires pour imaginer un jour accueillir un tourisme plus important. Alors, sous l'égide d'un gouvernement qui souhaite que le développement du nombre de voyageurs profite à tous, les Groenlandais mettent la main à la pâte. Les bateaux de pêche font office de navettes, les drôles de maisons multicolores s'ouvrent aux passants, les chiens de traineau déplacent plus de touristes que de chasseurs... les traditions évoluent sans pour autant disparaître.

L'environnement en danger

Outre l'aspect socio-économique du tournant vers la modernité du Groenland, le pays fait aussi face au réchauffement climatique. Chaque année, des centaines de milliards de tonnes de glaces disparaissent. Si la banquise Groenlandaise finissait entièrement par disparaître, les océans monteraient de 7 mètres...

Pourtant, les mutations de la planète créent de nouvelles opportunités. La fonte d'une partie de la banquise a permis de découvrir des gisements de pétrole et de minéraux. La révolution est en marche pour les Inuits, conscients que leur avenir dépend aussi de ces précieuses ressources. Et si la fonte des glaces est un argument touristique, elle attire également de nouvelles espèces de poissons, denrée précieuse pour un peuple de pêcheurs.

Reste que la faune est en danger, et notamment l'ours blanc. Le plus grand parc national du monde, au centre du pays, ne pourra protéger éternellement l'essentiel de la faune Arctique. D'autant que l'herbe commence à pousser à certains endroits du Sud où le record de chaleur a été battu en 2013 avec un pic à 25,9° !

Le Groenland se transforme et l'agriculture apparaît. Les premiers champs de patates commencent à pousser. Doucement mais sûrement le pays n'est plus dans l'obligation d'importer l'essentiel de sa consommation, hors poisson. Le Groenland finira peut-être bien par devenir le « pays vert » !

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