Emmanuel a grandi

Par Pierre-Yves Cossé  |   |  547  mots
(Crédits : DR)
On savait qu'Emmanuel Macron était un hyperdoué. Il a prouvé aussi son courage. Par Pierre Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

On savait qu'Emmanuel Macron était un hyperdoué capable d'assimiler les dossiers les plus complexes en un minimum de temps. On savait que le créateur d'En Marche était habité par une croyance en un destin exceptionnel, une ambition élevée etla faculté de séduire. On constatait qu'il savait exploiter la chance et que celle -ci avait été sa compagne durant les derniers mois.

Intelligence, ambition, charme et chance étaient des atouts nécessaires pour la réussite de sa folle entreprise. Ils n'étaient pas suffisants. Il existe des personnalités exceptionnelles qui déçoivent, lorsque parvenues au sommet elles doivent décider et agir. Le courage, la capacité à résister aux attaques de toute nature, l'endurance ne sont pas au rendez-vous.

Durant cette courte campagne du second tour, le candidat arrivé en tête au premier tour a d'abord donné l'impression de sous-estimer la volonté d'en découdre de Marine Le Pen. Puis il a mené une campagne courageuse sans concession et l'affrontement brutal avec la candidate du Front National l'a durci. En quelques jours, il a pris du poids, et a grandi.

Cela est apparu à deux reprises, au moins.

De Whirlpool au débat télévisé

La première, ce fut dans l'usine Whirlpool d'Amiens. Faire face à des ouvriers en grève, dont l'usine va fermer, chauffés à blanc par les propos démagogiques de l'adversaire présentait de forts risques. Risque de prendre des coups et de repartir sous les quolibets. Peu d'hommes politiques auraient pris de tels risques. Emmanuel Macron les a pris. Dès le début, il a répondu aux critiques, puis il est parvenu à pénétrer dans l'enceinte de l'usine et il a échangé pendant plus d'une heure avec ouvrières et ouvriers, sans tenir des propos démagogiques « à la Hayange « In fine, plusieurs de ses interlocuteurs lui ont serré la main. Les media n'ont pas assez salué son comportement.

 La seconde fut lors du débat télévisé qui l'opposa à Marine Le Pen. Pendant deux heures, il subit, insultes et calomnies, insinuations et mensonges, sans perdre son sang-froid et ne déviant pas de son intention première, convaincre de la pertinence de son projet. Il répondit coup sur coup, coupant la parole souvent (un peu trop) et rétablissant les faits L'objectif de la fille de son père était que ce « jeune homme » se mette en colère, tombe dans la basse polémique et montre une incapacité à se maîtriser, donc à gouverner. Il n'en a rien été. Non seulement, le leader du « camp progressiste » a tenu mais il est parvenu à lui faire expliciter son projet sur l'euro, soit un galimatias.

 Courage physique

Emmanuel Macron était connu et reconnu pour ses qualités intellectuelles et ses convictions. Il l'est maintenant pour son courage physique et sa capacité à résister aux attaques, même les plus basses.

Il vient de franchir une étape. D'autres sont devant. Il lui faudra, notamment, susciter des alliances, mettre en place une nouvelle forme d'organisation qui sache débattre démocratiquement. Il est le catalyseur d'une décomposition politique. Il lui appartient maintenant d'être le catalyseur de la recomposition politique, avec d'autres, cette mission ne pouvant être exercée par un seul homme

Pierre-Yves Cossé

4 mai 2017