Macron est tenu de passer en force, hors primaire

Par Pierre-Yves Cossé  |   |  757  mots
(Crédits : DR)
La voie ouverte à Emmanuel Macron est celle d'un changement complet du jeu politique. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Si l'on s'en tenait au simple calcul, Emmanuel Macron a intérêt à se présenter à la Primaire de la gauche. Par sa seule présence, beaucoup d'électeurs qui ne se réclament pas du PS iraient voter : centristes toutes tendances confondues, électeurs de feu Alain Juppé, jeunes et autres électeurs qui ne se positionnent pas par rapport à un parti. Le nombre des participants pourrait atteindre ou dépasser le record de la droite, autour de quatre millions.

Porté par une popularité et une dynamique, dont le meeting de la Porte de Versailles est le dernier exemple, le jeune candidat aurait de bonnes chances de sortir vainqueur de cette compétition. Produire plus et mieux en favorisant les créateurs et les entreprises de toute taille et d'autre part inventer de nouvelles formes de solidarité, à la fois plus larges et mieux ciblées, sont les deux priorités du « candidat du travail » Elles sont incontestables pour un grand nombre d'électeurs et débordent les clivages politiques traditionnels. Une victoire à une Primaire de la gauche et du centre, où le gagnant aurait rassemblé sur son nom plusieurs millions d'électeurs, donnerait une légitimité et de fortes chances pour la suite du parcours.

 Deux raisons pour refuser la primaire

Ce calcul, Emmanuel Macron ne le fait pas, au moins pour deux raisons. La première est le risque de l'échec. La Primaire de la droite a montré l'extraordinaire versatilité de l'électorat dans une période très courte. Les débats peuvent engendrer une cristallisation au détriment du candidat le plus populaire. Des électeurs fillonistes, mélenchoniens, lepénistes, considérant avec raison que Macron est le candidat le plus dangereux, peuvent participer au scrutin dans le seul but de l'éliminer. Ce sont des électeurs de gauche, plus de 10%, qui ont assuré l'élimination de Sarkozy au premier tour de la primaire de droite. Un Macron battu serait dans l'impossibilité morale et politique de poursuivre sa campagne.

La seconde raison est encore plus forte. Emmanuel Macron candidat à la primaire de gauche, une grande partie des cent mille adhérents d'En Marche s'envolerait comme des moineaux, aussi vite qu'ils sont venus. Une minorité vient des déçus du PS et la plus grande partie a adhéré parce qu'En Marche ne se confondait pas avec un parti existant. Ils veulent bien faire de la politique, mais sûrement pas comme au parti socialiste. En rentrant dans la machine et en se banalisant, le créateur d'En Marche perdrait son originalité, son âme et ses adhérents. Foin du souffle qui le porte.

 Passer en force

Passer en force est la seule voie ouverte. Elle est audacieuse. Elle implique une marginalisation du PS et de son candidat. Le candidat Macron amplifie sa campagne durant le mois de janvier et mise sur l'échec de la primaire de la gauche : militants démotivés et mauvaise organisation, débats confus faisant apparaitre des positions irréconciliables, participation limitée à moins d'un million d'électeurs et faible légitimité du vainqueur.

Une partie des battus reprendrait leur liberté et rallierait la candidature Macron. Cette hypothèse est plausible, en cas de succès d'un candidat de gauche anti-européen et agressif à l'égard des entreprises, type Arnaud Montebourg. Comment croire que la majorité des anciens électeurs de François Hollande puisse se retrouver dans le style et les positions d'un tel candidat ? Ces ralliements supposent que le PS soit affaibli au point que des députés sortants peu téméraires puissent se passer de son investiture pour les élections législatives. En revanche, l'hypothèse est beaucoup plus fragile en cas de succès de candidats plus centristes qui n'effaroucheront pas les électeurs ex- hollandais, comme Manuel Vals ou de Vincent Peillon, dont il faut prendre la candidature au sérieux.

Il y a quelques mois, de tels scénarios auraient été considérés comme de la science fiction. Compte tenu de la mise en cause des partis et des systèmes politiques et de la volonté de changement constatés dans plusieurs démocraties, ce qui était hier des élucubrations entre dans le champ du possible.

La voie ouverte à Emmanuel Macron est celle d'un changement complet du jeu politique. La voie que n'a pas voulu prendre Jacques Delors en 1994. Il est vrai qu'Emmanuel Macron est plus jeune et plus insolent. Mais en vingt ans, la France a viré à droite, ce qui complique la tâche d'un candidat progressiste.

Pierre-Yves Cossé

Décembre 2016