Macron : encore un effort, Emmanuel !

Par Pierre Yves Cossé  |   |  901  mots
(Crédits : DR)
Le choix fait par Emmanuel Macron de ne pas présenter de programme précis n'est pas sans risque. Pourtant, le candidat "ni de droite ni de gauche" prétend voir loin et large... Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Le candidat avait prévenu «  Pas de programme, de propositions qui font ressembler notre vie politique à un catalogue d'espoirs déçus...la solution ne dépend pas d'une liste de propositions qui ne se feront pas ».

Ce choix repose pour une part sur l'observation du passé. Les gouvernements en place sont systématiquement critiqués pour leur incapacité à appliquer leurs programmes. Une des raisons a été donnée en son temps par Mac Millan : « Events, events, events ! ».

C'est aussi affaire de tactique. Une fois le programme publié et vendu à l'opinion, le candidat ne peut que se répéter. S'il veut se renouveler, il lui faut improviser des mesures choc. C'est ce qui nous a valu en 2012, la proposition du candidat Hollande d'une taxation confiscatoire des hauts revenus, que le conseiller Macron n'a pas oubliée. Les inévitables propositions sont distillées dans le temps, à l'occasion d'une interview (l'Observateur) ou d'un discours (Porte de Versailles) et le seront jusqu'en mai 2017. Le suspens va durer.

Réconcilier les Français avec le monde

La méthode présente des risques, celui de décevoir l'électeur privé d'une vue d'ensemble, celui d'être mal compris en cas de généralisation à partir d'un propos partiel, celui d'être traité d'opportuniste, les propositions étant fonction de l'humeur du jour. La réponse d'Emmanuel est que son objectif est plus une « refondation » en vue de « faire entrer la France dans le XXIème siècle » qu' «un égrenage de propositions ».  Il a une « vision » à offrir aux Français.

Et il est attendu, étant le seul candidat qui ait la capacité de voir loin et large, à l'échelle du monde et de la décennie. Il doit tenter de réconcilier les Français avec le monde et les changements de toute nature qui transforment la vie quotidienne. Les Français n'aiment pas ce monde, ils en ont peur. Cette peur engendre la tentation du repli et le refus du changement. Qui, mieux qu'Emmanuel Macron peut expliquer que tout n'est pas noir dans ce nouveau monde et que la France y a sa place, pas la même place qu'hier mais une place honorable ?

 Une vision encore lacunaire

Cette vision est-elle révélée dans un livre annoncé depuis de nombreux mois et publié en novembre ? Oui et non, la vision restant lacunaire.

 Quelques exemples.

« Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme qui par ses excès manifeste son incapacité à durer véritablement...Le capitalisme international ne se régule plus lui -même » Le propos est fort, Camarade Macron, dont l'ouvrage, il est vrai, s'intitule « Révolution ». Si nous en sommes au stade final du capitalisme, quoi faire ? Le camarade ne nous le dit pas, sinon un vague appel à la régulation du capitalisme international (sans que le mot monnaie soit prononcé)

« La mondialisation des flux ne cesse de s'accélérer. Elle crée une interdépendance entre les nations, les entreprises et les centres de recherche, qui n'est pas toujours négative » Propos pertinent qui appelle une suite, un diagnostic sur l'avenir de cette mondialisation et une appréciation précise de ses effets négatifs, dont les inégalités croissantes. Il ne suffit pas d'indiquer qu' « il faut civiliser la mondialisation par tous les moyens ».  Quels moyens ? Après le constat que « nous naviguons à vue dans la mondialisation » on voudrait savoir comment naviguer avec un cap. A propos de la finance internationale, le propos est aussi elliptique : « faire preuve de discernement » au profit de la finance qui permet d'investir. Concernant la Chine, elle peut « constituer une chance » Le poids de la Chine, dans les affaires du monde et donc dans les nôtres, est tel que cette « chance » doit être argumentée.

 « Impératif économique et impératif  écologique sont de plus en plus complémentaires »,  l'écologie représentant une opportunité économique. L'affirmation mériterait une démonstration. Il est promis un « plaisir retrouvé à vivre dans une ville apaisée «  écologisée. C'est pour quand ? Dans le chapitre fouillé et précis sur l'Europe, le défi climatique aurait pu trouver sa place.

 « Nous sommes plongés dans le monde ». Nul ne le contestera. Sujet complexe où il est difficile de dépasser les propos convenus. L'analyse des défis de toute nature et des moyens diplomatiques et militaires pour « maîtriser notre destin » fait penser à la copie d'un excellent élève de l'ENA.

 La vision "macronienne" est à élargir dans l'espace et à allonger dans le temps

En revanche, les chapitres plus programmatiques, repris pour une part porte de Versailles, sont denses et souvent convaincants. Les développements sur l'investissement, le travail, la protection sociale, l'Europe - Emmanuel Macron est un européen convaincu- et la redistribution du pouvoir d'achat sont excellents. Sur ce dernier point, l'ancien ministre pourrait aller plus loin dans l'invention de nouvelles formes démocratiques (modes de consultation, initiatives citoyennes).

Terminons par le début de « Révolution ». Son « Ce que je suis «  est écrit avec une infinie pudeur. Pas un mot de trop. Plusieurs passages sont émouvants, notamment celui sur Brigitte et sa famille recomposée. Souhaitons qu'il sache résister à l'invasion des Paris- Match et autres médias et à ne pas les introduire dans sa salle de bains. Nous le souhaitons pour lui, sa famille et pour la qualité du débat démocratique.

 Pierre-Yves Cossé

Décembre 2016