Femmes : 59 jours travaillés en moyenne par an... non payés !

Par Yann Miran et Marianne Urmès, The Boson Project  |   |  671  mots
(Crédits : Décideurs en région)
BLOG. Depuis lundi 2 novembre et jusqu'au 31 décembre 2015, mesdames nous ne travaillons que pour la gloire... [Aujourd'hui, Journée de la femme du 8 mars 2016, La Tribune vous propose une sélection d'articles et de tribunes publiés sur son site qui éclairent l'évolution depuis un an de la situation sur le front des discriminations dont sont victimes les femmes en France et dans le monde]

[ article publié le 11.12.2015, à 17:11 sur Latribune.fr ]

59 jours travaillés en moyenne par an... non payés ! C'est le chiffre présenté par 3 commissaires européennes à la lumière des inégalités salariales entre hommes et femmes au niveau européen. Traduction : depuis lundi 2 novembre et jusqu'au 31 décembre 2015, mesdames nous ne travaillons que pour la gloire.

16,3 % c'est l'écart de salaire horaire moyen entre hommes et femmes au niveau de l'Union Européenne, un écart qui équivaut à 59 jours payés en moins du côté des femmes. 3 commissaires européennes ont présenté fin octobre ces inégalités à l'aune de chiffres et rappellent les conséquences et injustices à court et à long terme. « Ce décalage de salaires entre hommes et femmes est non seulement injuste, injustifié et inacceptable à court terme,mais il s'accumule tout au long de la carrière des femmes et engendre un décalage encore plus fort au niveau de la retraite, les retraites des femmes étant 39 % plus faibles que celles des hommes. »

La France fait un peu mieux mais est loin d'être le meilleur élève : l'écart de rémunération bien qu'en légère baisse ces dernières années est d'environ 15 %.
Les commissaires indiquent que cet écart se réduit mais qu'au rythme actuel il faudrait 70 ans pour rattraper cet écart et atteindre l'égalité salariale... soit d'ici deux générations. Mesdames donc soyez patientes !

Aux grands maux, les bons remèdes...

...Ou pas ! Pour autant, ne sautez pas tout de suite au cou de votre DRH en criant à la discrimination, au complot... Un chiffre inacceptable certes, mais à prendre « avec des pincettes ».
Cet écart de rémunération « brut » additionne en effet des éléments non comparables : des causes culturelles et structurelles... qui ne se soignent pas avec les mêmes remèdes. En d'autres termes, les entreprises ne parviendront pas à réduire ce chiffre à seul coups de dénonciation de la discrimination et d'opérations de sensibilisation aux stéréotypes de genre. Il faut en effet dissocier la part de discrimination liée au seul facteur du genre, de la part expliquée par d'autres facteurs. Plusieurs éléments historiques et/ou actuels peuvent expliquer en partie ces écarts : l'orientation scolaire etprofessionnelle des femmes, l'arrivée des femmes à des postes à responsabilité plus tardive, les congés maternité, l'importance des temps partiels au sein de la population féminine, etc.

Deloitte a développé une approche globale, reposant sur une méthodologie mathématique, et permettant d'évaluer les éléments explicatifs d'une éventuelle inégalité salariale entre hommes et femmes (âge, fonction, niveau de responsabilité, temps partiel, etc.), d'une part résiduelle, non explicable, impliquant un écart à investiguer d'un point de vue du genre. Marc Duchevet, Associé responsable Risk Advisory chez Deloitte commente : « on analyse que les inégalités salariales à poste égal dites inexpliquées, qui résultent donc de discrimination, avoisinent plutôt les 5 à 8 % en entreprise au niveau national, mais avec de réelles différences en fonction des secteurs, géographies et entreprises.»

Les entreprises doivent bien sûr prendre conscience de cette discrimination parfois réelle dans leur pyramide, mais elles doivent en comprendre les facteurs pour identifier les leviers et réaliser un pilotage efficace.

L'entreprise n'est pas la seule responsable...

Car les racines sont souvent bien antérieures aux entreprises. Choix de l'orientation, durée des études... Autant de problèmes structurels et de stéréotypes portés par la société civile qui freinent les femmes dans la vie active. En effet, selon les études de la DARES, près de la moitié des femmes se concentrent sur une dizaine de métiers... appelant de fait à un travail de pédagogie, de revalorisation de métiers vus comme masculins.

Attention à ces chiffres qui mettent les femmes en position de victimes et les hommes de coupables. La seule dénonciation des inégalités salariales ne suffira pas... Il faut agir avec précision et en connaissance des vraies causes !