Croissance et égalité des sexes, le G20 plaide (enfin) en faveur des femmes

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En 2012, dans le cadre de la déclaration de Los Cabos au Mexique, les dirigeants du G20 s'étaient engagés à lever les obstacles à la pleine participation des femmes dans la société et dans l'économie, et à élargir les opportunités pour les femmes dans leurs pays. En photo, les représentantes du Women20 le 17 octobre à Istanbul avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan
En 2012, dans le cadre de la déclaration de Los Cabos au Mexique, les dirigeants du G20 s'étaient engagés à lever les obstacles à la pleine participation des femmes dans la société et dans l'économie, et à élargir les opportunités pour les femmes dans leurs pays. En photo, les représentantes du Women20 le 17 octobre à Istanbul avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan (Crédits : G20 Turkish Presidency)
Pour la première fois dans l'histoire du G20, un sommet consacré à l'égalité des sexes et à l'émancipation des femmes dans l'économie, le Women 20, s'est tenu à Istanbul les 16 et 17 octobre. Une liste de recommandations va être remise aux chefs d'Etat des grandes puissances afin de réduire l'écart du taux de participation au travail entre les hommes et les femmes.Revue de détail en exclusivité.

Une nouvelle vague de féminisme a-t-elle soufflé le long du Bosphore ? Pendant 48 heures, universitaires, chefs d'entreprise, économistes de 20 pays (15 membres du G20 et cinq pays "en développement") se sont réunies pour aborder la question du genre sous le prisme économique. "Nous avons connu une phase avec un féminisme militant mais désormais nous ne sommes plus dans cet esprit d'opposition et conflictuel mais dans une logique de défense des intérêts communs", prévient toutefois Natacha Valla, économiste et ambassadrice de la France pour le W20 (pour Women 20).

Si les femmes représentent près de la moitié de la population mondiale, leurs contributions à l'économie ou au processus décisionnel sont encore bien éloignées de leur potentiel. Dans quelques semaines, à Antalya, la photo de famille du G20 sera à l'image de ce constat. Angela Merkel, Dilma Rousseff, Cristina Kirchner. On ne comptera que quelques femmes dirigeantes. Pourtant, la discrimination des femmes a un impact direct sur l'efficacité des politiques économiques, rappelle le W20. Détail de leurs recommandations aux dirigeants du G20 pour intégrer la question du genre dans l'économie :

  •  L'éducation, clé de l'émancipation économique des femmes

Dans leur communiqué final, le W20 appelle les dirigeants des plus grandes puissances mondiales à renforcer les liens entre éducation, emploi et entrepreneuriat :

"Une collaboration entre le gouvernement, le secteur privé et le monde universitaire permettra d'identifier les besoins du marché, de réduire le décalage -que les femmes subissent- entre les compétences disponibles et les exigences de l'offre et de la demande". Le W20 recommande un accès à la formation tout au long de la vie et la mise en place de "fonds publics pour les femmes qui créent des start-up et de la mise en place de politiques fiscales incitatives (ad hoc)". Les entreprises doivent également mettre en œuvre le programme d'action des Nations Unies en faveur de l'émancipation des femmes, et fournir des rapports pour quantifier les évolutions.

  •  La "deuxième journée",  premier vecteur d'inégalités

Le W20 plaide en faveur d'une économie et d'une société plus résilientes. Il demande ainsi à soutenir l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée en développant un meilleur accès aux soins (pour les enfants, personnes âgées, malades ou handicapées).

"Les gouvernements devraient accorder des allocations et mettre en place des mesures fiscales incitatives, pour créer de nouveaux emplois afin de construire une infrastructure efficace pour la protection sociale", détaille le communiqué final. Des personnels soignants plus nombreux et mieux formés pour répondre aux besoins permettraient aux femmes d'être déchargées de certaines obligations.

Dans une étude publiée en 2014, l'Oxfam rappelle que le travail non rémunéré au foyer est l'un des principaux vecteurs d'inégalités entre les hommes et les femmes, et que sa valeur monétaire représenterait entre 10 et 50% du PIB.

  • Vers une redistribution du travail non rémunéré au sein des foyers

Par ailleurs, le W20 considère que la parentalité doit être partagée par la famille, l'état, l'employeur et la société. Le développement de programmes afin de "tenir compte des besoins des familles" et la création d'un cadre légal de reconnaissance du travail domestique sont vivement encouragés, peut-on lire dans le communiqué. Cette reconnaissance passe par "un changement culturel" qui se manifestera par une meilleure répartition des tâches entre les hommes et les femmes.

Si tout le monde s'accorde sur la question de l'équilibre entre temps de travail et vie privée, le W20 doit toutefois jongler avec des situations disparates en fonction des pays. Ainsi, on ne peut que constater que les conditions de travail en Inde et en France sont sensiblement différentes (protection sociale, salaire moyen...), au même titre que les priorités :

"On aborde parfois des problématiques fondamentales sur le temps de travail et le temps de repos dans les économies les plus avancées. Mais quand on discute de l'amélioration des conditions de travail concrètes des femmes dans certains autres pays, ces thématiques « de luxe » semblent  quasiment indécentes", note l'économiste Natacha Valla.

  • La mise en place de quotas

Mais, quelque soit le pays considéré et ses particularités, certains constats persistent... Par exemple, en 2015, les femmes restent largement sous-représentées dans les postes à haut niveau, que ce soit dans le monde des affaires ou dans d'autres domaines.

Pour pallier cette lacune, le W20 réitère un vœu pieux : augmenter le nombre de femmes dans les postes à responsabilité, dans le public comme dans le privé :

"Le taux de participation des femmes dans le processus décisionnel des gouvernements (y compris les élus) et dans le secteur privé a besoin d'être renforcé à travers la mise en place de quotas ou de politiques volontaristes soutenues publiquement", détaille le communiqué.

Le W20 demande l'instauration d'objectifs nationaux de référence pour la composition des conseils d'administration de sociétés anonymes, et que le pourcentage de femmes ne puisse être inférieur à 25%, et au moins égal à 25%.

  • Pour un accès égal au financement

Les barrières qui entravent la participation des femmes à la vie économique sont encore bien présentes. A commencer par la possibilité d'obtenir un financement. "Les femmes doivent avoir les mêmes opportunités économiques et le même accès au financement que les hommes, ainsi qu'aux formations en commerce et en finance", rappelle le W20. Le communiqué note que plusieurs établissements bancaires, en partenariat avec des ONG et des réseaux de femmes entrepreneurs, ont développé -avec succès- des services de financement dédiés à une population féminine.

Gülden Türktan, l'ambassadrice du W20 pour la Turquie plaide pour la promotion de l'entrepreneuriat au féminin, persuadée de leur "différence" dans le monde de l'entreprise : "si les hommes sont meilleurs dans la prise de risque, les femmes sont plus prudentes et permettent de garantir une croissance durable. Nous avons besoin de femmes pour garantir la résilience de l'économie".

  • Mettre un terme à la discrimination au travail, renforcer les droits juridiques et promouvoir l'égalité des chances

Le W20 recommande l'adoption d'un code de conduite pour l'ensemble des pays du G20 afin de mettre un terme aux discriminations. Dans le même temps, le G20 des femmes souhaite que le développement de réseaux au féminin soit encouragé. Les gouvernements doivent faire en sorte d'améliorer les accès au financement, les programmes de formation, le mentoring, le coaching, les réseaux. Sur ce sujet, le W20 souhaite proposer une collaboration avec le groupe de travail sur l'emploi du G20.

"L'écart du taux de participation au marché du travail entre les hommes et les femmes est une question majeure. L'objectif (ndlr : engagement du G20 de Brisbane en 2014) est de le réduire de 25% en 2025", rappelle l'économiste Natacha Valla, et précise que "le taux de participation des femmes au marché du travail est de l'ordre de 56%, contre 86% pour les hommes. Ce qui est frappant c'est qu'il n'y a pas eu de progression depuis 2006".

Ces discriminations ont des conséquences directes sur la croissance : "il y a un impact majeur sur le PIB, en réduisant cet écart, il gagnerait 10% d'ici à 2030", note l'ambassadrice française. Dans la zone euro, il augmenterait de 13%, rappelle l'Oxfam.

Si cet objectif est atteint, 100 millions de femmes rejoindront le marché du travail d'ici les 10 prochaines années, a rappelé le W20 vendredi. "Sur ce point, la faiblesse est partagée entre pays émergents et pays développés. Et l'on constate que dans certains pays émergents, le taux de participation des femmes au marché du travail est très fort", souligne l'ambassadrice française.

  • Améliorer les conditions de travail des femmes

Le W20 appelle les dirigeants des grandes puissances à se mobiliser pour combler l'absence de protection sociale dans de nombreux emplois."Les femmes sont surreprésentées dans le secteur informel et dans les emplois à temps partiel ou mal rémunérés. Elles doivent également avoir la possibilité de bénéficier de conditions de travail décentes".

Dans le détail, le W20 plaide pour la mise en place de "programmes de protection sociale spécifiques pour les femmes" qui doivent leur garantir de pouvoir bénéficier des mêmes droits sociaux que leurs homologues masculins.

Enfin, le G20 devra s'attaquer à la question de l'égalité salariale, même si cette demande n'est pas formulée précisément dans le communiqué final. "S'il n'y a pas eu beaucoup de progrès sur l'écart des salaires entre les hommes et les femmes, c'est parce que cette question se noie dans une autre problématique : celle de la polarisation des emplois (ndlr : qui concerne les deux sexes), constate de son côté l'économiste Natacha Valla.

En 2014, l'Oxfam estimait que à ce rythme actuel, la réduction des inégalités salariales entre les hommes et les femmes dans le monde, autrement dit le principe de "à travail égal, salaire égal" ne devrait pas se réaliser avant ...2090.

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Commentaires
a écrit le 19/10/2015 à 14:40 :
Cela ne mange pas de pain et cela évite de parler des problèmes liés à la croissance des inégalités. Bien sûr qu'il faut se préoccuper du sort des femmes dans certains pays (à l'image de l'ONU pour les droits de l'homme on pourrait proposer une présidence de commission à un prince saoudien sur ce sujet!) mais qu'est-ce que cela changera dans le monde quand il y aura 50 femmes sur 100 dans les plus riches de la planète?
Réponse de le 19/10/2015 à 15:33 :
Parce que vous pensez que dans les démocraties occidentales il n’a pas d’inégalités F/H Aucun pays ne traite les hommes et les femmes avec équité.... il facile de pointer du doigt les autres surtout quand le parallèle ne relève pas des même valeurs civilisationnelles. En quoi sommes-nous meilleurs avec la violence contre la sexualité féminine et le desir au travers la pornographie; ou quand le proxénétisme et la traite des êtres humains établi en business légal sont adouber par Amnesty International ou récemment par nos Sénateurs Dans le monde, les femmes sont davantage exposées à la pauvreté et aux discriminations. Leurs droits sont souvent bafoués, leurs perspectives d'avenir limitées et leurs voix réduites au silence. Par exemple, dans la plupart des pays qui ont ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, des lois sexistes régissent toujours le mariage, la propriété et l'héritage. Les sociétés ne peuvent prospérer durablement quand la moitié de leur population sont victimes de discriminations. Lorsqu'elles ont le pouvoir de décider et d'agir, les femmes jouent un rôle capital dans l'amélioration des conditions de vie de leur famille et de leur communauté. Si cela ne changera pas votre petit monde , il changera grandement le notre , et nous y avons droits sans nous greffer pour ce phallus , je suis tout de même d'accord sur le point que le féminisme ne doit pas être élitiste, mais porteur de solution a taille humaine
Réponse de le 19/10/2015 à 16:50 :
@taranis vous n'avez peut être pas compris mon propos je ne nie pas qu'il y ait des inégalités homme femme, les aplanir c'est un début mais ce n'est pas LA solution à tous les problèmes. Il y a d'autres inégalités beaucoup plus choquantes dont le G 20 devraient s'occuper. Si les inégalités homme femme diminuent tant mieux mais si entre temps les inégalités de revenu continuent à exploser le monde continuera à mal tourner et pour mois le G20 doit plus s'occuper des pb économique que des pb homme/femme
Réponse de le 19/10/2015 à 20:18 :
Désolée pour mon impétuosité et pour le manque de subtilité que vous me trouvez, mais je ne connais pas non plus ce hit-parade de vos préoccupations. Merci de reconnaitre que les miennes existent et que le G20 représentation du monde et surtout les plus influents bouge enfin pour faire avancer les droits des femmes sur la planète. Pour ma part je ne vois d’inégalité plus grande que celles qui touche la moitié de l’humanité…surtout que transversalement les femmes sont au cœur de toutes les autres formes d’inégalités Non seulement l’égalité des sexes est un droit humain fondamental, mais sa réalisation a d’importantes retombées socioéconomiques. L’autonomisation des femmes nourrit des économies florissantes et soutient la productivité et la croissance. Pourtant, les inégalités de genre restent profondément ancrées dans toutes les sociétés. Les femmes n’ont pas toujours accès à un travail décent et doivent surmonter la ségrégation des emplois et les écarts de rémunération entre les sexes. On leur refuse trop souvent l’accès à l’éducation et aux soins de base. Partout dans le monde, elles sont également de violences et de discriminations. Elles sont sous-représentées dans les processus décisionnels politiques et économiques.
Les femmes représentent 70% des pauvres dans le monde 1 femme sur 3 est victime de violences au cours de sa vie. Seulement 22% des parlementaires dans le monde sont des femmes. Les femmes effectuent 2/3 des heures travaillées mais ne que gagnent 10% des revenus mondiaux. Plus d'1 pays sur 2 ne condamne pas le viol conjugal Deux tiers des 774 millions d'adultes analphabètes dans le monde sont des femmes. Pourtant, si toutes les femmes suivaient des études secondaires, la mortalité infantile serait réduite de moitié. Les femmes ne possèdent que 20% des terres cultivées dans le monde, or l'égalité des genres dans l'agriculture sauverait 150 millions de personnes de la malnutrition. Je m’arrête la mais la liste continue…. Je crois simplement que vous n’êtes pas concerné !!!!
a écrit le 19/10/2015 à 12:34 :
Ne serait ce pas de la ségrégation positive pour remédier a un esprit coupable?
Réponse de le 19/10/2015 à 15:04 :
" Ségrégation positive " Est-ce un nouveau concept ? Il est de fait tout à fait antinomique…Je pense que vous parlez de »discrimination positive » qui est un joli mot pour dire mesures anti-discriminatoires et ici le " sexisme et la misogynie » Leviers que l’on peut appliquer uniquement pour forcer la représentation démocratique au travers la parité ( liste d’égibilité) ou des quotas de nominations dans les assemblées représentatives….Mais vous avez aussi raison car la prise en compte du Genre dans les politiques publiques relève bien de la différenciation sexuée et des rôles prédestinés à la naissance qui est à traiter en amont bien avant la représentation démocratique qui présuppose déjà l’égalité des droits et qui n’est plus que le combat contre les conservatismes
Quant à la notion de culpabilité, elle n’a aucun sens sinon l’idée d’une invention masculiniste de guerre des sexes ce qui laisserait prétendre que parce que Femmes, nous aurions toutes des caractéristiques communes, En fait non, nous sommes des humains comme vous, nous avons fait les civilisations et nous avons évoluées ensemble au travers de l’histoire du monde. Aujourd’hui la lumière chasse l’obscurité et l’émancipation et les droits civils avancent un peu partout avec toutes leurs formes surtout grâce à l’accès plus facile à l’éducation, même si encore de nombreux pays ont encore des lois anti-femmes .Les femmes veulent une place de partenaire dans l’avenir du monde dont tous le fonctionnement du système social ont toujours voulu les en exclure, dans un monde interconnecté qui migre vers une nouvelle économie ce que ne fera le politique c’est le fanatisme idéologique et religieux qui s’installera

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