Enfin une stratégie pour l'emploi du Grand Paris

Par Jean-Pierre Gonguet  |   |  708  mots
La Région veut planifier l'évolution des métiers liés au Grand Paris et au Contrat de Plan (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
La Région Ile de France semble enfin décidée à se doter d’une stratégie claire sur l’emploi. François Kalfon en a désormais la charge. A lui de mettre en place un système pour trouver les salariés compétents sur les 15 prochaines années.

Le nouveau Grand Paris devrait créer des emplois. Devrait... Mais, si l'on excepte quelques travaux précis comme ceux de la DIRRECTE Ile de France sur le type et le nombre d'emplois générés par le seul métro, le reste n'est que prévisions, estimations souhaits ou compilations. La Région Ile de France s'est enfin décidé à aller y voir de plus de plus près et a nommé François Kalfon Conseiller Régional à l'Emploi en Exécution du Contrat de Plan.

Un joli titre pour dire qu'il a pour mission d'aller y voir de plus près : évaluer les rendements en emplois du Contrat de Plan et du Nouveau Grand Paris, et s'assurer surtout que les objectifs soient «souhaitables et atteignables». La traduction de «souhaitables» ? Des emplois par exemple pour les jeunes des Zones Urbaines Sensibles dans la construction du Nouveau Grand Paris et pas forcément pour les travailleurs détachés.  Ce « souhaitable », il faut par exemple qu'il concerne la Société du Grand Paris, ce qui pour la ligne 15, la première en construction, ne semblerait pas encore être le cas dans les appels d'offre qui vont être passés à l'été.

Cela se discute mais le souhait de François Kalfon est d'arriver à faire inscrire des clauses sociales de ce type dans tous les contrats publics du Grand Paris, ce qui n'est pour l'instant pas spontanément effectué par les donneurs d'ordre. Il est certes impossible de cibler directement les jeunes des ZUS, la loi ne le permet pas, mais en se donnant des objectifs forts (10% de salariés loin de l'emploi par exemple) les discussions sont possibles

"Ne pas être une pompe aspirante pour l'emploi détaché"

« Je crois qu'il faut être beaucoup plus prescriptif dans les contrats publics, explique François Kalfon. Nous avons les leviers de la commande et les emplois du Grand Paris ne peuvent pas être des pompes aspirantes de l'emploi détaché, ce n'est absolument pas possible ». C'est net, mais c'est un peu pareil qu'avec les jeunes des ZUS, c'est très difficile à mettre en place dans les appels d'offre, le travail détaché étant légal. La seule manière d'y arriver est de travailler avec les centres de formation de l'Ile de France pour qu'ils forment rapidement les salariés compétents, le travail détaché concernant essentiellement les métiers sous tension en Ile de France.

Le plus important va donc être « de définir les schémas d'aménagement adéquats et d'avoir une vision qui colle à la réalité et aux possibilités de chaque territoire ». François Kalfon ne le dira pas, mais la Région n'a jamais eu une stratégie très précise et claire en matière d'emploi. Cette fois il est question de faire (enfin ?)  « monter  en puissance la Région sur les questions de l'emploi » et de définir une véritable stratégie en la matière. Son cahier des charges est de définir les emplois de demain liés à la construction du Grand Paris et au développement économique des territoires et de faire du Contrat de Plan, « un levier pour l'emploi ».

«Nous devons identifier clairement les gisements d'emplois, organiser la montée en charge sur les métiers, identifier les territoires pilotes, cartographier précisément les emplois territoires par territoires ». Et pas seulement, bien sûr, les emplois liés au BTP dans le cadre de la construction du métro.

La Région a des compétences, à elle de les exercer

Après, une fois les possibilités identifiées, restera ce qui est peut-être le plus difficile, « trouver le maillage stratégique adéquat » et « connecter les tuyaux entre eux ». L'exemple du Grand Roissy est significatif : la zone est clairement identifiée comme celle du plus fort potentiel de développement économique de l'Ile de France, mais la coopération entre l'éducation nationale, les centres d'apprentissage et de formation et les employeurs est pour l'instant assez molle et lente. Or tout cela est dans les compétences de la Région. Jusqu'à présent, elle les exerçait essentiellement sur la formation. A elle de les exercer aussi sur l'emploi...