Nice réclame davantage de lignes aériennes directes

Par Laurence Bottero, à Nice  |   |  837  mots
Nice, ses palmiers, son aéroport - le deuxième de France - bordé par la mer Méditerranée assurant 110 destinations et fréquenté par 11,5 millions de passagers chaque année...
La région de Nice souffre du manque de vols internationaux, notamment en direction de l'Asie ou des pays du Golfe. Un comble pour le deuxième aéroport de France en terme de trafic.

Pas assez ! C'est le cri du cœur des entrepreneurs azuréens qui, relayés par la Chambre de Commerce et d'Industrie Nice Côte d'Azur, réclament davantage de vols intercontinentaux directs au départ de Nice.

Nice, ses palmiers, son aéroport - le deuxième de France - bordé par la mer Méditerranée assurant 110 destinations et fréquenté par 11,5 millions de passagers chaque année... Voilà pour le portrait idyllique. Mais, dans la réalité, tout ne va pas si bien que ça sous le soleil aéroportuaire niçois. La raison de la colère est simple : peu ou pas assez de vols directs vers des destinations telles l'Asie ou les pays du Golfe, ce qui commence à fortement empêcher les chefs d'entreprises azuréens d'entreprendre comme ils voudraient. Et ce, principalement à l'international. Ils ont donc décidé de le faire savoir haut et fort, appuyés par la Chambre de Commerce et d'Industrie Nice Côte d'Azur qui a décidé de mener campagne.

Question d'équilibre

Ce que dénoncent d'une même voix la CCI Nice Côte d'Azur et les entrepreneurs niçois c'est la réglementation qui régit l'octroi des droits de trafic aérien. "Archaïque", accusent-ils. Car elle crée, selon eux, un déséquilibre entre Paris et Nice. Comprendre que la capitale est préférée à la province. Et pour souligner leurs propos de prouver l'accusation chiffres à l'appui. "Comparons nous aux autre pays européens", propose Bernard Kleynhoff, le président de la chambre consulaire.

"Paris avec Orly et Roissy Charles-de-Gaulle affiche 90 millions de passagers par an, Nice Côte d'Azur, 11,5 millions, et Lyon Saint-Exupéry 8,5 millions. En Allemagne, Francfort reçoit 58 millions de passagers, Munich, 38,5 millions, Berlin 26 millions et Düsseldorf, 21 millions. En Italie, Rome enregistre 41 millions de passagers chaque année et Milan 36 millions. Ailleurs en Europe, les régions vivent ! Elle ne sont pas dans le jacobinisme français".

Freins

Et si Bernard Kleynhoff s'emporte c'est qu'il en va du développement des entreprises, "de la prospection de nouveaux marchés à l'export au simple déplacement sur un salon professionnel", assure-t-il. On n'oubliera pas non plus que la Côte d'Azur est un territoire qui vit fortement du tourisme. Il a accueilli en 2013, 11 millions de visiteurs. Et quand on sait que la dépense liée aux séjours se monte à 5 milliards d'euros, que 60 % de cette dépense est effectuée par la clientèle étrangère, on comprend mieux l'inquiétude des professionnels face à des liaisons directes insuffisantes, voire inexistantes.

"En Chine, les tours opérateurs n'ont eu de cesse de nous demander un accès direct à Nice. Mais nous n'avons aucune liaison avec la Chine, ce n'est pas vraisemblable", martèle Anne Lechaczynski, qui dirige la Verrerie de Biot, l'une des plus anciennes verreries azuréennes, ouverte au public, et qui voit son activité intimement liée à celle du tourisme. Ainsi, lors de la grève d'Air France en septembre dernier, le chiffre d'affaires de la PME a chuté de 10 % en 15 jours.

"La clientèle de septembre est une clientèle au pouvoir d'achat élevé mais qui veut être en capacité de sortir d'un territoire rapidement. Pour relier Nice et Paris, nous avons le choix entre Air France ou EasyJet. Ce n'est pas suffisant, en cas de grève, nous nous trouvons pris en otage".

Développement de marché

"L'arrivée d'Emirates à Nice a permis de développer le marché australien, tout comme le lancement du long courrier Nice-Montréal par Air Canada Rouge en mai dernier a permis de doper le marché canadien", explique pour sa part Michel Tschann, président du syndicat des hôteliers de la Côte d'Azur, qui dénonce par ailleurs "la religion du hub qui doit passer par Paris". Et qui révèle un détail ubuesque : les charters russes n'ont pas le droit de se poser dans un rayon de 180 kilomètres autour de Nice, conséquences d'accords passés entre l'aviation française et la compagnie nationale russe. Résultat, ils ont opté pour Gênes... qui récupère les retombées économiques qui vont avec.

Faire le buzz

Pour se faire entendre, la CCI Nice Côte d'Azur déroule un plan de communication : une pétition - baptisée "Je signe direct" qui a déjà réuni 1.510 signatures -, une campagne d'affichage via les panneaux municipaux des villes de Nice et Antibes, une campagne digitale à partir des pages Facebook et LinkedIn sans oublier le compte Twitter et l'appel au réseautage plus "classique" entre entrepreneurs. De quoi faire céder l'aviation française ?

Anne Lechaczynski s"étonne :

"Je ne comprends pas où est le frein, d'autant que le développement des liaisons directes est économiquement viable. Nous voudrions que les décisions prises s'appuient sur les besoins du marché", résume Bernard Kleynhoff. "Au moment où l'État réforme l'organisation territoriale, il serait bon de laisser les métropoles vivre".