Paris et les JO de 2024 : un pari réussi et quatre enseignements

Par Carlos Moreno  |   |  982  mots
La ville veut réaliser les premiers Jeux olympiques durables de l'Histoire, parfaitement alignés avec l'accord de Paris. (Crédits : REUTERS/Guadalupe Pardo)
Rares sont les moments où, dans une ville, la gouvernance locale, avec le maire et son équipe, ainsi que les habitants et partenaires peuvent savourer, ensemble et dans la liesse, un projet qui les amène vers le futur.Voici qu'à Paris, c'est le cas depuis le mercredi 13 septembre à 20 heures quand, à Lima, le Comité international olympique a tranché officiellement. Paris sera le siège des JO de 2024 et Los Angeles les accueillera en 2028.

Les JO à Paris, comme l'a dit la maire de la capitale, il s'agit d'une décision « historique ». 100 ans après ceux de 1924, voilà que la Ville Lumière viendra à nouveau dans sept ans honorer la noble cause mondiale du baron Pierre de Coubertin. « L'important, c'est de participer », dit la maxime, souvent de mise dans les événements sportifs. Dans le cas de la désignation de la ville organisatrice, il s'agissait pour Paris de remporter la décision pour l'échéance de 2024. Los Angeles a décidé de faire un doublet avec Paris, facilitant la décision après le retrait de Rome, puis de Budapest. Le spectre d'une guerre fratricide entre Parisiens et Californiens s'est dissipé au fil des discussions, pour laisser la place à une très solide alliance. Et l'accord conclu entre les deux villes a finalement été entériné par le CIO. Premier enseignement que nous pouvons tirer de ce très long processus : la force de l'alliance des villes.

Quand, dans l'Amérique de Trump, l'État fédéral annonce son retrait de l'Accord de Paris, les villes donnent l'exemple en ratifiant ce même accord et l'engagement pris lors de la réunion mondiale des maires, dans la capitale française. Los Angeles fait partie de cette alliance internationale. Il y a quelques mois, son maire, Eric Garcetti, annonçait que sa ville était prête à travailler avec toutes les villes des États-Unis et du monde pour tenir les engagements afin du tenir les objectifs de l'accord de Paris. Cette décision est indissociable de son attitude constructive et créative qui a conduit le CIO à trancher en même temps, pour la première fois, à propos de deux lieux successifs.

Des villes ensemble pour le climat

Nous devons saluer la qualité de la relation tissée entre ces deux villes-monde, Los Angeles et Paris, et entre les deux maires, Eric Garcetti et Anne Hidalgo. C'est une action exemplaire qui contraste avec les contestables procédés qu'on a connus antérieurement. Enfin, Paris n'est pas seul. Elle a su s'allier aussi à Marseille, par exemple, qui va accueillir les compétitions nautiques. L'Accord de Paris a marqué incontestablement de manière profonde la manière dont les villes doivent appréhender leur avenir. La maire de Paris a pris la tête, au même moment, d'un réseau de villes, le C40, qui mène un combat permanent et sans faille pour le climat, regroupant plus de 80 grandes villes du monde qui rassemblent 600 millions d'urbains.

La traduction de cet engagement pour la capitale française est une ambitieuse et visionnaire feuille de route pour un Paris postcarbone, vivant, intelligent et durable. La ville veut réaliser les premiers Jeux olympiques durables de l'Histoire, parfaitement alignés avec l'accord de Paris. À l'heure de l'attribution, c'est un défi devenu une réalité à construire. Nous ne pouvons pas comprendre l'intérêt de la candidature de Paris sans l'associer étroitement aux accords de la COP21 et leur implémentation.

C'est le deuxième enseignement.

Pas de dérive pharaonique

La proposition de Paris pour les Jeux repose sur cette décision. Les Jeux du passé enfantaient des « monstres » qui ont décliné peu de temps après les festivités ; pour les JO de Paris, le taux des nouvelles constructions est de l'ordre de 5 %. Nous avons donc déjà en région parisienne 95 % de sites existants ou temporaires, limitant d'entrée toute dérive « pharaonique ». Le village olympique sera doté de 100 % d'énergie renouvelables et d'une politique de « zéro déchet ».

La stratégie de Paris est également de réduire de manière drastique les émissions de CO2. Le but est de les diminuer de plus de la moitié par rapport à celles de Londres en 2012, la référence en matière de jeux durables. Des organisations internationales qui veillent sur la qualité de l'environnement, tel que le WWF, ont soutenu la candidature de Paris, après avoir obtenu l'intégration de l'essentiel de leurs recommandations. « Le sport a le pouvoir de changer le monde », affirmait Nelson Mandela en 1995 lors de la coupe du monde de rugby organisée en Afrique du Sud.

« Paris 2024 pourra le prouver, nous l'espérons, sur le terrain du climat », a souligné Isabelle Autissier, la présidente du WWF France et du Comité d'excellence environnementale de Paris 2024. Celui-ci a obtenu en mars 2017 la certification ISO 20121.

C'est la première fois qu'un comité de candidature décroche ce certificat international en vue de maîtriser l'impact environnemental de son projet. La norme ISO 20121, de renommée internationale, a été créée pour permettre aux organisateurs d'événements de garantir un management durable et responsable de leurs manifestations. C'est le troisième enseignement : Paris ne s'est pas autodésigné durable et responsable, ce fut un long processus de construction avec ses partenaires et son écosystème.

30 minutes de trajet maxi pour les sportifs

La politique de mobilité reflète une innovation remarquable, avec une utilisation massive des transports publics, le coup d'accélération pour le projet de la Société du Grand Paris et les nouvelles lignes en cours de construction, le renouvellement des flottes de bus à énergie propre et la capacité, pour la première fois, de développer les « Jeux de 30 minutes » : les athlètes mettront au maximum une demie-heure pour se rendre de leur logement à leurs sites de compétition. Cette démarche est associée à une profonde mutation à venir dans l'un des départements qui en a le plus besoin, la Seine-Saint-Denis. Seront localisés dans le fameux « 9.3 » six sites de compétitions, les cérémonies d'ouverture et de clôture, le village olympique, le village des médias, la piscine olympique. Et les Jeux laisseront en héritage plusieurs écoquartiers, avec environ 5 000 logements. C'est le quatrième enseignement, un pari sur l'urbanisme écoresponsable.