Le 28 juin, au temps des villes, l’Amour de la République

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(Crédits : DR)
OPINION. À quelques jours des élections municipales, c’est un défi démocratique qui se pose pour chacun de nous. Le Covid-19 est venu créer une situation unique dans notre histoire. (*) Par Carlos Moreno, spécialiste de la ville intelligente et humaine.

Après deux mois de confinement et avec un deuxième tour laissé en suspens, la reprise du processus électoral nous interpelle. L'onde de choc du traumatisme vécu est encore présente. Nous recommençons à vivre peu à peu, mais sans toutefois retrouver encore ce qui était l'insouciance du contact physique de la vie avant le Covid-19. Du traumatisme à la crainte, voilà encore un flottement qui persiste dans l'incertitude de ce que sera la « vie d'après ».

Dans « L'Esprit des Lois », Montesquieu nous dit « l'Amour de la République, dans une démocratie, est celui de la démocratie ; l'Amour de la démocratie est celui de l'égalité ». A l'heure de se rendre de nouveau aux urnes, cette pensée est d'une actualité majeure. La vie de la République est cadencée par la démocratie, avec notre capacité à délibérer et à choisir en nous exprimant par le vote. L'amour de la démocratie, allant de pair avec l'amour pour l'égalité, c'est à chacun, chacune, citoyen, citoyenne, par sa voix, de faire valoir sa capacité souveraine pour choisir. Dans un monde devenu urbain, élire celui, celle qui va présider la ville où nous vivons pour une nouvelle période de six ans, est déterminant. Avant le Covid-19, nous disions déjà que le temps nous était compté. Le défi climatique et ses manifestations de tous les jours nous rappelle l'urgence de changer nos modes de vie, de produire, de consommer, de nous déplacer. La faillite des États pour assumer les Accords de Paris, a montré combien il était indispensable que les villes se mobilisent, sans faille, pour garder le cap vers un monde décarboné. Le compte à rebours de la décennie en cours est enclenché pour changer radicalement de mode de vie, car nous n'avons pas beaucoup de choix, si nous voulons laisser à nos enfants et petits-enfants un monde vivable. Dans le même texte Montesquieu nous dit encore « l'amour de la démocratie est encore l'amour de la frugalité. Chacun devant y avoir le même bonheur et les mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs et former les mêmes espérances ». Voilà l'impératif qui devrait nous être rappelé à tout moment. Cette « frugalité générale » est encore aujourd'hui, et plus que jamais, à l'ordre du jour. Comment alors bâtir les espérances ? C'est une question qui se pose avec acuité.

>> VOIR : Notre dossier spécial "Municipales : le 2e tour"

« Frugalité heureuse »

 Au siècle des villes, des métropoles, de l'hyper connectivité, des réseaux sociaux tous azimuts, de l'instantanéité contraignante, le Covid-19 est venu nous rappeler notre immense fragilité. Sa présence invisible, obligeant à mettre sous cloche nos vies est venue transformer la donne. Le silence des villes, a mis le doigt sur les contradictions de nos modes de vie. Une nature et un environnement qui se portent mieux face à une profonde crise économique et sociale provoquée par notre attachement à un mode de vie de production-consommation massive, socle du rythme de nos vies urbaines, partout sur la planète. Bâtir cette « frugalité générale » est avant tout un choix de vie. C'est finalement, l'un des enseignements majeurs de cette crise. Ici ou ailleurs, nous devons choisir définitivement un cap : nous enfoncer dans l'anthropocène, destructeur par notre propre activité de notre environnement et des ressources qui nous sont indispensables, ou alors rompre avec ce mode de vie pour aller vers cette « frugalité générale », vers une « frugalité heureuse », où notre mode de vie, celui du « monde où l'on vit » est compatible avec « le monde dont on vit », cher à Bruno Latour. Hélas, j'ai insisté aussi sur le décalage de nos modes de vie urbains indispensables à changer, avec le « monde où l'on croit qu'on vit ». Celui qui croit aux ressources illimitées, qui refuse le changement climatique comme réalité, qui préfère le confort individuel de sa voiture au bien commun de l'air que nous respirons, qui se complaît dans les « fake news » et qui par ses croyances qui l'attachent à un monde ancien, qui ne veut pas mourir, résiste, se débat et veut encore nous entraîner dans l'abîme.

Cette incapacité à trancher est une attitude néfaste car elle obère les chances de réussite de cette mutation radicale indispensable. Le débat démocratique, doit permettre à chacun de s'exprimer, mais il est temps, que la parole portée soit respectueuse de la qualité du débat, seule garantie pour que chacun s'exprime par son vote en connaissance de cause.  Encore davantage en sortant d'une épidémie, où nous devons reprendre nos esprits pour nous caler sur le tempo du débat démocratique.

Oui, l'amour de la République est abimé quand cette parole est manipulée. Elle l'est quand les candidates, candidats, tergiversent sur leurs choix, leurs alliés, quand ils occultent leurs vraies motivations, quand ils disent une chose et leur contraire, quand leurs engagements du soir ont été reniés le matin, et leurs nouveaux propos sont vite effacés le lendemain, selon la convenance, l'interlocuteur ou le public. Elle l'est, et gravement, quand les contrevérités deviennent un discours méthodique, juste pour gagner des voix.

Oui, rarement, la parole publique démocratique a été si malmenée. Rarement, la sincérité du débat démocratique a été aussi terriblement faussée. Mais la force de la démocratie, est aussi sa résilience, -qui n'est pas qu'un mot à la mode-. L'amour de la République, l'amour pour l'égalité, vient briser ce mouvement contraire pour mettre chacun, chacune face à ses contradictions. Même en conditions de distance physique restreinte, celles, ceux, qui avec honneur, intégrité, transparence et honnêteté, ont gardé le cap des propositions construites resteront dans les livres d'histoire à part entière et ce sont elles, eux, qui l'écriront. Ce sont celles, ceux, qui croient dans le besoin de dépasser ce monde qui meurt pour aller vers un changement de paradigme. Ce sont celles, ceux, qui se battent pour transformer nos vies urbaines, pour sortir du productivisme, de la rentabilité et du profit comme mode de vie. Ce sont celles, ceux, qui nous proposent en paroles et s'engagent dans les actes pour qu'un autre monde soit possible, que nous savons tous l'urgence de bâtir.

Alors, oui, gardons l'espoir de bâtir ce monde, même en coexistant avec le Covid-19 pour un temps indéfini. Soyons au rendez-vous du 28 juin, et surtout allons voter, faisons vivre cet amour de la République, de la Démocratie, de l'amour pour l'Egalité. Exprimons avec notre vote, que la démocratie nous appartient, car c'est à nous de décider dans quelle ville et dans quel monde nous voulons vivre !

Lire aussi : La République en marche a-t-elle un avenir après les municipales ?

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Commentaires
a écrit le 24/06/2020 à 17:55 :
La frugalité heureuse je suis un farouche partisan/participant. Par contre j'ai beaucoup de mal a voir le rapport avec la république, la démocratie et les élections du 28. La république ne me semble pas vraiment orientée dans ce sens, la démocratie en france (qui est une des rares démocraties exécutives comme la russie cuba ou la corée du nord, où c'est exécutif qui contrôle le parlement) non plus. Quand aux élections du 28, ils ont du oublier de mettre le bulletin frugalité heureuse dans l'enveloppe que j'ai reçu. Ma frugalité heureuse sera de m'épargner un déplacement ce dimanche là.
a écrit le 24/06/2020 à 12:06 :
En France on aime les maux, pardon, les mots. Democratie ou ca ?
a écrit le 24/06/2020 à 10:59 :
"l'Amour de la République, dans une démocratie, est celui de la démocratie ; l'Amour de la démocratie est celui de l'égalité "

Une bien belle citation maintenant pour connaître enfin cet amour encore faudrait il que nous soyons en démocratie or le référendum de 2005 nous a clairement exposé que nous n'y étions pas. Tandis que les mots s'usent les faits eux sont têtus.

Alors maintenant il est évident que si être en démocratie c'est ne pas se faire abattre par la police dans les rues et d'en être déjà bien contents, ok nous sommes en démocratie alors...

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