Le dividende de France Télécom divise ses actionnaires salariés

Par Delphine Cuny  |   |  705  mots
Stéphane Richard, le PDG de France Télécom, présidera l'assemblée générale des actionnaires le 5 juin. Copyright Reuters.
Une association d'actionnaires salariés, l'ADEAS, a obtenu qu'une résolution, soumise à l'assemblée du 5 juin, propose de réduire le dividende à 1 euro contre 1,40 euro. Une autre conteste cette logique « syndicale » à l'encontre des intérêts des actionnaires.

Bisbilles entre actionnaires salariés chez France Télécom. L'une des associations les représentant, l'ADEAS, milite depuis plusieurs années pour une baisse du dividende versé par l'opérateur historique : elle vient d'obtenir l'ajout d'une résolution à l'ordre du jour de l'assemblée générale des actionnaires du 5 juin, qui propose de distribuer 1 euro par action, soit 40 centimes de moins que prévu par la direction. Cette résolution, qui vient de paraître au BALO le 16 mai, est issue d'un vote du conseil de surveillance du Fonds commun de placement d'entreprise (FCPE) « France Télécom Actions », qui détient plus de 4,5% du capital. Mais une autre association d'actionnaires salariés de l'opérateur historique, plus ancienne, l'AFTAS, n'est pas d'accord et demande un changement de gouvernance au sein du conseil de surveillance du FCPE.

Une « logique purement syndicale » contre celle des actionnaires ?
L'AFTAS dénonce « une logique purement syndicale » qui conduit le conseil de surveillance du fonds d'épargne salariale à voter « régulièrement contre des résolutions proposées par l'entreprise à son assemblée générale, par exemple celles concernant le versement du dividende, sans prendre en compte l'intérêt de ces résolutions pour les actionnaires salariés de France Télécom. » Comme dans la plupart des entreprises du CAC 40, le conseil de surveillance du FCPE est paritaire, la moitié des voix revenant à la direction, l'autre aux représentants des personnels actionnaires, donc syndicaux. L'ADEAS est d'ailleurs très proche de la CFE-CGC Unsa, dont sont issus ses dirigeants, avec laquelle elle mène des initiatives communes (lettres ouvertes au PDG Stéphane Richard par exemple). Aux yeux du président de l'AFTAS, Thierry Feurgard, ce mode de fonctionnement est « anti-démocratique », « un peu pré-historique » et  « pose des problèmes de conflit d'intérêt. » L'association, créée en 1996, demande « l'élection des membres du conseil de surveillance par le porteurs de parts », ce qui permettrait aussi aux retraités et anciens salariés, qui ne participent pas aux élections professionnelles, de s'exprimer. Dans un courrier aux représentants syndicaux que La Tribune a pu consulter, le DRH, Bruno Mettling,  fait valoir que l'Autorité des marchés financiers, l'AMF,  "semble priviléger à ce stade l'élection directe par les salariés". Le groupe Total a mis en place un système de vote, assez complexe. Mais des élections directes pourraient renforcer le poids de la CFE-CGC Unsa et de la CFDT au détriment de Sud et de FO qui seraient sous-représentés chez les salariés actionnaires.

Rencontre à Bercy pour convaincre l'Etat d'accepter une baisse
Pendant ce temps, la CFE-CGC-Unsa poursuit sa campagne pour convaincre les grands actionnaires de France Télécom d'accepter une baisse du dividende « pour un meilleur partage des résultats de l'entreprise entre salariés et actionnaires et pour investir dans de nouveaux relais de croissance. » Ainsi, après avoir écrit au PDG de la Société Générale, qui possède plus de 5% du capital de France Télécom, et approché le FSI, une délégation de représentant du syndicat de l'opérateur a été, selon nos informations, reçue tout récemment à Bercy, par la nouvelle équipe ministérielle, qui aurait été « à l'écoute. » Le syndicat presse l'Etat, premier actionnaire avec 26,9% du capital, de se contenter de 713 millions d'euros de dividende et de renoncer à l'équivalent de 285 millions (les fameux 40 centimes d'écart) pour que France Télécom puisse garder 1 milliard d'euros de trésorerie à redéployerailleurs, par exemple dans la fibre optique et les réseaux mobiles 4G.
Si Thierry Feurgard, ex-directeur des relations avec les actionnaires du groupe et délégué régional pour le sud-est de l'Ile-de-France, n'est pas contre « une baisse raisonnable », il relève que, pour les 180.000 actionnaires salariés de France Télécom (y compris les retraités et ex-salariés), ce dividende de 1,40 euro représente environ 1.000 euros par an pour chacun, « cela compte pour certains qui ont une part importante de leur épargne en actions France Télécom. » Or entre 2009 et 2012, le titre a baissé de 40% : « si l'on intègre le dividende, le repli n'est plus que de 15% » observe-t-il.