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Pourquoi France Télécom ne passera pas tout de suite à l'Orange

Delphine Cuny

Publié le 06 avril 2012 à 17:21 - Mis à jour le 06 avril 2012 à 17:52

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Le contexte de l'élection présidentielle ne se prête pas à ce changement de nom hautement symbolique selon Stéphane Richard, le très politique PDG d'une entreprise encore contrôlée à hauteur de 27% par l'Etat. Le sujet reviendra d'actualité... l'an prochain.

Le grand lifting final attendra encore un peu. L'abandon définitif du nom France Télécom, ô combien emblématique, pour celui d'Orange devait être pour juin 2012 : le changement de raison sociale devait être voté par les actionnaires de l'opérateur téléphonique lors de l'assemblée générale, qui a lieu le 5 juin prochain. Mais comme en attestent les résolutions parues au BALO le 2 avril qui seront soumises au vote, le sujet ne sera finalement pas abordé. Le PDG, Stéphane Richard, « président très politique » souligne un proche, a préféré repousser ce grand chambardement.

« J'ai décidé de ne pas le mettre à l'ordre du jour de l'AG de cette année. Il y a une élection, cela ne tomberait pas bien de demander à l'Etat, notre premier actionnaire, de se positionner sur ce changement symbolique » confie Stéphane Richard à La Tribune. L'assemblée se tiendra en effet un mois après le second tour de l'élection présidentielle et quelques jours avant le premier tour des législatives. L'Etat français, qui détient 26,9% du capital (27,1% des droits de vote), en direct ou de concert avec le Fonds stratégique d'investissement (FSI), aura peut-être un nouveau chef et vraisemblablement un nouveau gouvernement lors de la réunion du 5 juin.

« Ne pas brutaliser le corps social de l'entreprise »
Autre raison avancée par Stéphane Richard : « je ne veux pas brutaliser le corps social de l'entreprise », traumatisé par la grave crise dite « des suicides », qui avait culminé à l'été 2009. « Ce n'est pas une priorité, j'ai toujours dit que je n'en ferai pas un combat » explique le PDG qui veut s'assurer d'une « adhésion forte » des salariés. L'attachement au nom de l'entreprise et un éventuel changement font d'ailleurs l'objet « d'études internes régulières » - dans le cadre du questionnaire du baromètre social mis en place par le directeur des ressources humaines Bruno Mettling - mais non publiées, qui montrent qu'il n'y a « pas de débat lourd, pas de résistance auprès de la grande majorité des gens, à part chez un noyau dur d'irréductibles » affirme un membre de la direction.

« Sur le plan opérationnel, le groupe a continué à se repeindre en Orange » poursuit cette source : changement des adresses email en @orange.com le 19 septembre dernier, ainsi que des cartes de visite et des papiers à en-tête, disparition de l'esperluette (&), encore présente sur la tribune de l'AG de l'an dernier, au profit du carré orange, signalisation du nom et du logo sur les bâtiments, la ligne fixe France Télécom a été rebaptisée Orange en février, etc. Restent le nom de l'action cotée en Bourse et surtout la raison sociale de l'opérateur historique, qui doit déjà faire approuver le transfert de son siège social de la place d'Alleray à la Tour Olivier de Serres, toujours dans le XVe, lors de l'AG du 5 juin.


Un patron très politique qui ne veut « pas faire d'idéologie »
« Aux yeux de certains salariés, en particulier les plus de 50 ans, très attachés à la dimension de service public de France Télécom, Orange a l'image d'une marque achetée, importée, qui a coûté très cher à l'entreprise et incarne ses errements financiers » observe Sébastien Crozier, président du syndicat CFE-CGC Unsa de l'opérateur, qui compte encore 60% de fonctionnaires en France. Il souligne que « France Télécom est une marque identitaire pour le personnel. » Dans un contexte de campagne électorale, la direction était consciente du risque d'instrumentalisation de l'événement par des salariés, des syndicats voire des candidats.

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Il y a quelques semaines, lors d'un déplacement dans le Cantal, Stéphane Richard avait été interrogé par un salarié relevant que le PDG lui-même employait les deux appellations. « Il y a un intérêt commercial, marketing à avoir une marque unifiée, cela s'impose. Ensuite il y a l'identité de l'entreprise... Il n'y a pas d'urgence. Mais nous sommes un groupe mondial, avec une belle marque mondiale. Ne faisons pas d'idéologie » avait-il répondu, évoquant également ses doutes sur le risque d'une « séparation fonctionnelle » (une scission des réseaux) imposée à l'opérateur en cas de victoire de la gauche. Aussi, France Télécom ne se rebaptisera pas en Orange cette année. « C'est plutôt un sujet pour 2013 : soit pour l'AG de juin ou soit lors d'une assemblée extraordinaire » précise le PDG. Mais en cas de réélection du président sortant, ce patron très politique sera-t-il encore là pour s'en charger ou parti occuper d'autres fonctions ?

Delphine Cuny

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