Île-de-France : le casse-tête de la rénovation des logements

Par Mathias Thépot  |   |  662  mots
La rénovation du parc locatif privé est en enjeu majeur pour l'Île-de-France.
Le parc de logements privés est très diffus en Île-de-France, et donc compliqué à remettre à niveau d'un point de vue énergétique.

L'un des grands défis de la transition énergétique en France est la rénovation du parc immobilier existant, très énergivore. Nombreux sont les ménages qui habitent dans des passoires énergétiques. Ce problème est particulièrement dominant en Île-de-France où environ 450.000 ménages (9 % des ménages de la région) sont en situation de précarité énergétique, dont 72 % habitent dans des logements collectifs et la plupart ont de bas revenus, selon l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur). Pire, environ 14 % des ménages franciliens (730.000) déclarent avoir eu froid durant l'hiver.

La facture énergétique des ménages franciliens est, il faut dire, en forte hausse, ce qui peut les amener à se chauffer insuffisamment : son montant a augmenté de 30 % entre 2006 et 2013 en raison d'un long hiver 2012, et de la hausse du prix des énergies fossiles, indique l'Apur, qui se base sur les données de l'enquête logement de 2013. Ainsi, en moyenne, « la facture énergétique un ménage francilien est de 1.522 euros par an soit 127 euros par mois et représente 3 % des revenus des ménages », note la directrice de l'Apur Dominique Alba. Pour les ménages modestes, l'effort peut même grimper à 10 % de leurs revenus, alors qu'il s'établit à 2 % pour les ménages aisés.

Les locataires ont une facture plus élevée

Par ailleurs, ce sont les ménages locataires qui paient le prix fort en matière de facture énergétique. « Les ménages propriétaires ont une facture énergétique moins élevée que les locataires car ils sont incités à investir pour améliorer l'efficacité thermique de leur logement », constate Dominique Alba. Le programme « habiter mieux » par exemple, piloté par l'agence nationale de l'habitat (Anah), multiplie les aides financières aux propriétaires souhaitant améliorer la performance énergétique de leur logement. Malheureusement, les propriétaires engagent moins ce type de dépenses quand cela ne concerne pas leur résidence principale. Résultat les locataires du secteur privé notamment (environ 24 % des ménages franciliens) sont délaissés.

Pour ces derniers, la situation est d'autant plus compliquée qu'ils habitent le plus souvent dans des logements collectifs, principalement en copropriété, et que leur bailleur sont à 88 % des personnes physiques. Pour entreprendre des travaux de rénovation important, il faut donc convaincre le voisinage, ce qui peut prendre beaucoup du temps. Rénover l'intégralité des passoires énergétiques est donc un objectif quasi-inatteignable en quelques années. « Il y a un fort éparpillement des propriétaires particuliers, ce qui rend très difficile les rénovations. Pourtant, c'est un vrai enjeu pour le parc francilien ! », confirme Isabelle Derville, directrice régionale et interdépartementale adjointe de l'équipement et de l'aménagement.

Un cadre donné par la loi

Un cadre a toutefois été posé par la loi de transition énergétique de 2015. Une nécessité car en France, le bâtiment représente 40 % des consommations d'énergie. La loi a ainsi pour objectifs la baisse de 15 % de la précarité énergétique d'ici 2020, et de rendre obligatoire avant 2025 la rénovation des bâtiments privés résidentiels dont le diagnostic de performance énergétique (DPE) est classé G ou F - soit les pires notes, la meilleure étant A. Les logements loués devront aussi répondre à « un critère de performance énergétique minimale », dit la loi.

Si dans le secteur privé, la rénovation massive sera donc un projet de longue haleine ardu à mettre en œuvre ; en revanche, du côté des bailleurs institutionnels, cela devrait être plus rapide. Le bailleur social 3F a par exemple annoncé un grand plan de transformation de son parc énergivore. En Île-de-France, le bailleur doublera ses objectifs de rénovation, avec 15.000 logements concernés dès 2017-2018. Et d'ici à 2022, 3F promet d'éradiquer les étiquettes E, F et G. Au total, 12.000 logements en Île-de-France sont concernés. Reste à trouver des solutions pour débloquer les rénovations sur la totalité du parc.