Premières frappes de la France en Syrie

Par latribune.fr  |   |  927  mots
Après plus de deux semaines de vols de reconnaissance, la France a mené ses premières frappes en Syrie ce dimanche.

 La France "a frappé en Syrie" dimanche, sur la base des renseignements collectés lors des vols de reconnaissance aérien engagés depuis plus de deux semaines.

Ces frappes ont visé un camp de jihadistes près de Deir Ezzor (est), qui "a été en totalité détruit", a affirmé le président François Hollande. "Nos forces ont atteint leurs objectifs", a déclaré François Hollande, qui s'exprimait au cours d'une conférence de presse à New York.

Six avions ont été utilisés, et il n'y a pas eu de pertes civiles au cours de ce raid

Ces frappes, les premières en Syrie, ont été faites "dans le respect de notre autonomie d'action, en coordination avec nos partenaires de la région". Elles confirment la détermination à "lutter contre le menace terroriste que constitue Daech", souligne l'Elysée.

Sécurité nationale

"Nous frapperons à chaque fois que notre sécurité nationale sera en jeu", ajoute la présidence, alors que l'exécutif avait invoqué la légitime défense pour justifier son intention de mener des frappes aériennes en Syrie.

François Hollande avait ouvert la voie à des frappes françaises en Syrie contre le groupe Etat islamique le 7 septembre, tout en excluant une intervention terrestre.

Pour autant, des raids aériens, comme ceux lancés en Syrie par l'aviation française, n'ont aucune chance d'empêcher des complots terroristes en France mais permettent à Paris de prendre position et de lancer un message, assurent des experts.

Mauvais prétexte

En envoyant, indépendamment des États-Unis, ses chasseurs-bombardiers contre ce qu'elle estime être des positions du groupe Etat islamique (EI), la France vise surtout à rester dans le jeu et à tenter de peser sur une éventuelle solution politique à la crise syrienne, ajoutent-ils.

"Dire qu'on va avec des avions empêcher des complots terroristes en France est un mauvais prétexte, comme quand pour justifier l'invasion en Irak l'administration Bush affirmait que Saddam Hussein collaborait avec Al-Qaïda. C'est du même acabit", assure à l'AFP l'ancien directeur d'un service français de renseignement, qui demande à rester anonyme.

Face à un ennemi mobile, fondu dans la population, prévenu depuis des semaines de l'imminence des raids, les chances de détruire par un tir d'avion Rafale un poste de commandement, un camp d'entraînement ou une maison dans laquelle des jihadistes seraient occupés à fomenter une attaque dans l'hexagone sont quasi nulles, estime-t-il.

"Aujourd'hui la façon dont sont organisés les attentats en France, ce sont des types indépendants qui à un moment entrent en contact avec un gars qui n'est pas forcément en Syrie, qui les décide à faire quelque chose", poursuit la même source. "Il leur dit par exemple: vas à tel endroit, tu trouveras des kalachnikovs et fais ce que tu peux. Ce n'est pas par un bombardement sur je ne sais quel camp en Syrie qu'on empêchera cela".

"D'autant que des camps, il n'y en a plus", poursuit-il. "Même s'ils ont des regroupements logistiques ou opérationnels, c'est toujours très éphémère. Ils se savent sans cesse observés, par des satellites et des drones, et donc ils se sont adaptés. Ils bougent tout le temps. Les camps terroristes, cela remonte à l'Afghanistan d'avant le 11 septembre 2001. Depuis, tout le monde a compris la leçon".

"Foutaise intégrale"

Pour Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), l'emploi de la force aérienne dans une stratégie antiterroriste proclamée n'a aucun sens.

"Dire qu'on va empêcher des attaques terroristes en France grâce à des raids aériens en Syrie c'est, et je pèse mes mots, de la foutaise intégrale", dit-il. "Quand les Américains le font et qu'ils mènent des milliers de frappes, comme ils le font en Irak, ça peut avoir un impact limité. Mais pour la France en Syrie, il ne va s'agir que de quelques frappes symboliques. C'est de la gesticulation, de la poudre aux yeux pour tromper l'opinion".

"La seule solution, ce sont des troupes au sol. Là on pourra dire qu'on lutte sérieusement contre Daech" (acronyme arabe de l'EI), poursuit-il. "Tant qu'il n'y aura pas une occupation du terrain, l'emploi de la force aérienne va vite montrer ses limites. On le voit déjà en Irak, où la plupart des appareils américains rentrent à leurs bases sans avoir lâché leurs bombes, faute de cibles. Et on vient d'apprendre que les résultats de ces campagnes étaient ensuite manipulés, pour faire croire que cela marchait".

Sans se faire trop d'illusions sur l'efficacité à court terme des raids aériens, un membre des services antiterroristes français, qui demande à ne pas être identifié, estime tout de même: "Nous avons un problème majeur, c'est que beaucoup de choses se décident en Syrie".

"Donc plus on prendra des mesures pour affaiblir Daech, mieux ce sera. Tous les coups que nous leur porterons diminueront d'autant la menace, à plus ou moins long terme", juge cette source.

Pour l'ancien directeur du service de renseignement, l'infléchissement de la position de la France, qui jusqu'à dimanche participait à quelques raids aériens contre le groupe EI en Irak mais pas en Syrie, est plus politique que militaire.

"Ce qu'on veut, c'est montrer qu'on est présents en Syrie, qu'il faudra compter avec nous pour la solution politique qui est en train de se dessiner", dit-il. "De la même façon que les Russes le montrent en renforçant leur dispositif sur la