Macron et Le Pen peuvent-ils convaincre les chefs d'entreprise ?

Par Fabien Piliu  |   |  1007  mots
Il reste deux semaines à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen pour convaincre les chefs d'entreprises. (Crédits : Reuters)
Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront au second tour de l'élection présidentielle. Quels sont leur programme respectif en faveur des entreprises et en particulier des PME ?

Les deux finalistes de l'élection présidentielle sont désormais connus. Deux visions de la France et des Français s'opposent. Toutefois, dans le domaine économique, et en particulier en matière de soutien aux entreprises, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont-ils des points de vue radicalement divergents ?

Si l'on écarte le sujet de la question européenne, de l'attachement de la France à l'Union européenne et à la zone euro, on se rend compte que le point de vue, et donc, les programmes des deux protagonistes ne sont pas si diamétralement opposés.

Il est d'ailleurs bon de noter que les programmes des principaux candidats du premier tour comportaient sur ces questions précises davantage de points communs que de différences. En effet, lors de cette campagne présidentielle, l'originalité fut rare en matière de soutien aux entreprises et en particulier aux PME. Très souvent - trop souvent ? -, les principaux candidats se sont contentés de reprendre des thèmes déjà abordés lors des campagnes précédentes sans réussir à tenir réellement leurs promesses. C'est probablement pour cette raison que les principaux candidats n'ont pas totalement surpris et conquis leur auditoire lorsqu'ils présentèrent leur programme économique aux adhérents du Medef et de la CPME.

Des promesses déjà anciennes

Quelques exemples? Quel candidat n'a pas plaidé pour un abaissement de la fiscalité ? Quel candidat n'a pas promis de mettre en place un choc de simplification, choc déjà promis par Georges Pompidou en 1964 ? Quel candidat n'a pas proposé un "small business act" (SBA) à la française qui ferait de la commande publique un véritable accélérateur du développement des entreprises ? Tous les principaux candidats ont fait des propositions sur ces sujets qui concentrent les principales préoccupations des chefs d'entreprises si l'on en croit la plupart des enquêtes.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen proposent également ces mesures, ces dispositifs, en espérant réussir là où leurs prédécesseurs ont échoué. Ils n'ont pas dérogé à cette règle consistant à ouvrir des chantiers,sans savoir réellement comment s'y prendre.

Peuvent-ils réussir ? Les chefs d'entreprises l'espèrent vivement. Mais pour atteindre ces objectifs, il faudra abattre bien des murs, passer bien des obstacles. Prenons le sujet de la fiscalité. Pour réduire le coût du travail et donc renforcer la compétitivité-prix du made in France en France et à l'étranger, les deux candidats ont l'intention d'alléger la fiscalité pesant sur les entreprises. Mais, à moins que le prochain gouvernement ne décide de laisser filer la dette, tout allègement fiscal devra être compensé en attendant une éventuelle reprise de l'activité et des recettes fiscales (TVA, impôt sur les sociétés...) qui vont avec.

Simplifier, mais comment ?

Un choc de simplification est-il possible ? Marine Le Pen et Emmanuel Macron en ont fait la promesse. Mais pour la tenir, il faudra que leur gouvernement se lance dans un chantier ambitieux : repenser et refonder le processus de création et de révision des lois. Si les gouvernements précédents se ont bien attaqués au stock de lois existantes, ils ne se sont pas encore penchés sur le flux. Bref, quand les ministres ou secrétaires d'Etat chargés de la Simplification se félicitaient de la suppression d'un certain nombre de lois, ils omettaient de préciser que leurs efforts n'avaient pas permis d'alléger significativement l'environnement législatif, administratif et réglementaire des particuliers et des entreprises.

De ce point de vue, la dématérialisation des démarches administratives constitue une avancée. Mais cette numérisation progressive de l'économie et plus globalement de la société n'est qu'une étape. Il en faudra beaucoup d'autres pour que le quotidien administratif ne soit plus un sujet d'élection présidentiel.

Quant à la mise en place d'un SBA tricolore, il s'est pour l'instant heurté aux réticences de Bruxelles. Certes, un SBA européen a été mis en place. Mais ses dispositions sont trop limitées pour que ce dispositif soit efficace. De ce point de vue, le modèle américain dont il s'inspire, l'est bien plus puisqu'il permet aux entreprises américaines d'avoir un accès privilégié au marché domestique. Ce n'est pas le cas du SBA européen.

Repenser la commande publique

Par ailleurs, pour que la commande publique ait un véritable effet sur le développement des entreprises françaises, il faut que l'administration change de logiciel, ou plutôt que le gouvernement lui concocte un cadre adéquat qui l'encourage à le faire. Actuellement, ce n'est pas le cas. Les acheteurs publics ne sont en effet pas encouragés à faire des choix innovants, à prendre des risques, à faire le choix de solutions proposées par des TPE, des PME, des ETI.

Même dans le domaine du commerce international, les idées d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen ont des points communs. Tous les deux veulent protéger la France des excès de la mondialisation et notamment de la concurrence déloyale que favorise le dumping fiscal ou le dumping social. Simplement, leur méthode est cette fois totalement opposée. Si Marine Le Pen souhaite mettre en place des mesures protectionnistes et dénoncer les traités commerciaux jugés inéquitables pour l'économie française, Emmanuel Macron, en misant sur le soutien et la vigilance de Bruxelles sur ces questions, est bien plus consensuel. On n'imagine pas l'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée et ancien ministre de l'Economie de François Hollande, agir autrement.

C'est probablement à cause de ce manque d'originalité que 92% des chefs d'entreprises interrogés dans le cadre de la Grande consultation de CCI France se sont déclarés déçus par la campagne présidentielle. Il reste deux semaines aux deux derniers candidats pour les convaincre de leur volonté et de leur capacité à faire mieux que leur prédécesseur.