L'Ecosse tentée par l'indépendance en cas de Brexit ?

Par Romaric Godin  |   |  843  mots
Le camp du maintien dans l'UE a récemment regagné des points dans les sondages, mais les enquêtes sont encore contradictoires et les scores demeurent serrés.
L'ancien premier ministre écossais qui avait démissionné après le référendum manqué sur l'indépendance en 2014 brandit la menace d'un nouveau référendum en cas de succès du Brexit le 23 juin.

Et si l'indépendance écossaise était relancée par un éventuel « Brexit » ? C'est en tout cas la menace que brandit l'ancien premier ministre écossais Alex Salmond dans une interview accordée à l'AFP ce vendredi 20 mai. Si la majorité des Britanniques choisit en effet lors du référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'UE de sortir de l'union, mais que la majorité des Ecossais opte pour le maintien, alors, précise Alex Salmond, « cela serait un mandat pour un nouveau référendum sur l'indépendance. »

Majorité écossaise pro-européenne

Les 5,3 millions d'Ecossais sont réputés beaucoup moins eurosceptiques que le reste de la Grande-Bretagne et, notamment, que l'Angleterre. Le parti d'Alex Salmond, le Parti nationaliste écossais (SNP), qui a obtenu 46,5 % des voix lors des élections régionales du 5 mai dernier, est très favorable au maintien dans l'UE dans lequel il voit un contrepoids à l'influence de Londres. Mais l'électorat écossais pèse peu dans la balance. En 2015, lors des élections générales, 4,09 millions d'Ecossais avaient voté sur un total de 46,42 millions de Britanniques qui s'étaient exprimés, soit 8,81 % du total. Le scénario présenté par Alex Salmond d'une majorité pro-Brexit au niveau national et anti-Brexit au niveau écossais n'est donc pas impossible.

Ne pas sortir de l'UE contre le gré des Ecossais

Le camp du maintien dans l'UE a récemment regagné des points dans les sondages, mais les enquêtes sont encore contradictoires et les scores demeurent serrés. Il n'est pas impossible de voir le Brexit l'emporter le 23 juin, mais, dans ce cas, cette victoire reposera sûrement sur un large succès dans l'Angleterre conservatrice. Une position qui justifiera un divorce, estime Alex Salmond qui rappelle que l'actuelle première ministre écossaise, également membre du SNP, Nicola Sturgeon, a précisé que les Ecossais ne se laisseraient pas « exclure de l'UE contre leur gré ». Son prédécesseur estime donc que la période de négociation des conditions du Brexit qui durera au maximum deux ans sera l'occasion d'organiser un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse pour savoir si cette région suit ou non le destin britannique.

Le 18 septembre 2014, un premier référendum avait été organisé. L'indépendance avait été rejetée par 55,3 % des voix contre 44,7 %. Depuis, le SNP n'évoque que très rarement la possibilité d'un nouveau référendum, mais cet échec l'a clairement renforcé. Lors des élections générales de 2015, le SNP avait ainsi obtenu 56 des 59 sièges écossais (contre 6 en 2010) et était devenu le troisième parti au parlement de Westminster. La campagne sur le Brexit permet de relancer cette question et de montrer que les Indépendantistes écossais n'ont pas abandonné l'idée d'une sécession.

Ne pas rester seul avec les Conservateurs

L'idée développée par Alex Salmond est assez proche de celle du chef du parti travailliste Jeremy Corbyn : l'UE permet de protéger l'Ecosse d'une dérive libérale des Conservateurs. « Si vous dites à l'Ecosse : écoutez, nous pouvons être indépendants dans le firmament européen ou nous pouvons dériver dans l'Atlantique nord avec un gouvernement Tory, je pense qu'elle choisira l'indépendance ». L'ancien chef du gouvernement calédonien a, du reste, beaucoup critiqué la campagne « négative » et « visant à faire peur » de David Cameron. « Le problème avec ce type de campagne, c'est que c'est un mensonge. Oui, bien sûr, quitter l'UE causera des difficultés économiques et des ennuis, mais pas un désastre et cela ne signifiera pas la fin du commerce international », explique Alex Salmond, qui juge que « la bonne façon de faire campagne pour créer de l'enthousiasme pour l'Europe est de dire ce que l'Europe devrait faire, ce qu'est l'Europe que nous cherchons et que nous pouvons construire ».

Quel impact ?

Cette menace aura-t-elle un impact sur le résultat final du vote ? Si le score est serré, elle peut jouer. Mais dans quel sens ? Si au sud des Borders, les Anglais se sont beaucoup inquiétés de la volonté sécessionniste des Ecossais, la menace d'un nouveau référendum écossais sera-t-elle suffisante pour faire basculer quelques indécis au nom de la défense de l'unité nationale alors que le SNP, seul parti pro-indépendance en Ecosse, est resté minoritaire le 2 mai dernier ? Au contraire, certains Indépendantistes écossais pourraient être tentés par la « politique du pire » et voter pour le Brexit pour provoquer un nouveau référendum... Au final, l'impact pourrait être limité.

Discussion étrange

Cette discussion reste cependant assez étrange. En 2014, la Commission européenne avait pesé de tout son poids en faveur du « non » à l'indépendance en menaçant les Ecossais de les exclure de l'UE. Voilà à présent que l'indépendance devient une cause solidaire de l'UE et que Jean-Claude Juncker menace les Britanniques d'être très dur dans les négociations post-Brexit, en promettant de ne pas « accueillir les déserteurs à bras ouverts », comme son prédécesseur le faisait en 2014 avec les Indépendantistes écossais...