La BCE devrait rester l'arme au pied jeudi

Par Romaric Godin  |   |  777  mots
Mario Draghi ne doit pas baisser la garde. (Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)
Lors de la réunion de la BCE jeudi, Mario Draghi ne devrait pas prendre de nouvelles mesures. Mais il se doit de demeurer ouvert, pour l'avenir, à aller plus loin. Au risque de voir les marchés paniquer.

La plupart des observateurs n'attendent rien de particulier de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la BCE qui se tiendra ce jeudi 21 janvier. Après les annonces du 3 décembre, qui comprenait un allongement des mesures de rachat de titres publics pour six mois et la baisse du taux de dépôt de 10 points de base à - 0,30 %, la BCE va sans doute se laisser quelques semaines pour mesurer les effets de ces annonces, comme elle y est accoutumée.

Cette fois, pourtant, Mario Draghi, le président de la BCE, ne pourra sans doute pas se contenter de réclamer du temps « pour juger. » Il devra également envoyer un message de détermination aux marchés et aux agents économiques sur sa volonté à agir davantage sur l'inflation. Il le devra, pour deux raisons au moins.

Effacer les effets du 3 décembre

La première est l'effet malheureux des annonces du 3 décembre dernier. Le marché, en effet, attendait davantage, notamment une accélération des rachats mensuels et une baisse plus prononcée du taux de dépôt. La correction des Bourses européennes avait alors été violente. La publication du compte-rendu du Conseil a prouvé que des mesures plus larges que celles décidées finalement avaient été étudiées, puis repoussées. Mario Draghi va devoir, ce jeudi, prouver que ces options n'ont été que repoussées et non pas rejetées définitivement. Le ton employé devra donc être celui de la « colombe », donc ouvert à de nouvelles mesures. Autrement, les acteurs de marché en déduiront que les « faucons » ont gagné la partie et que le « QE », la politique d'assouplissement quantitatif, est désormais sur la sellette.

Des anticipations d'inflation encore faibles

Le deuxième est que les messages envoyés par les statistiques demeurent très ambigus et ne plaident pas en faveur d'un redressement solide des perspectives d'inflation. Certes, la production et la distribution de crédits s'améliorent nettement, comme l'ont prouvé les derniers chiffres de la BCE. Mais c'est encore trop peu pour renforcer les perspectives d'inflation, compte tenu de l'effet du prix des matières premières, mais aussi d'une dynamique « sous-jacente » très faible. Ainsi, en décembre, l'inflation est restée faible à 0,2 % sur un an en zone euro. Surtout, l'inflation « sous-jacente », hors énergie, alimentation et tabac, s'est encore légèrement affaiblie à 0,89 % en décembre contre 0,93 % en novembre. Autrement dit, l'économie de la zone euro n'est pas encore en mesure de réellement « produire de l'inflation. » Du reste, les anticipations d'inflation sur 5 ans dans 5 ans, telles que mesurées par le marché - un chiffre très surveillé par la BCE - demeurent en recul, au plus bas depuis 3 mois. Pas question, donc, pour Mario Draghi, de baisser la garde aujourd'hui.

Pourquoi ne pas tout arrêter ?

Pourquoi ne pas la baisser, justement, comme le réclament les critiques allemandes de la BCE et freiner le QE ? Parce que sans l'action de la BCE, les agents économiques anticiperaient immédiatement un affaiblissement de l'inflation à moyen terme. Une anticipation logique compte tenu des perspectives sur le marché pétrolier, mais aussi de la faiblesse attendue de la croissance mondiale en raison du ralentissement émergent. Or, plus les anticipations baissent, plus les entreprises hésitent à investir (comment investir à moyen terme lorsque sa capacité à déterminer les prix et donc ses bénéfices sont faibles ?) et plus les consommateurs sont tentées d'épargner pour consommer plus tard, lorsque l'inflation sera encore plus faible (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui). On entrerait alors dans un scénario à la japonaise au mieux, dans une spirale déflationniste au pire.

Favoriser la demande intérieure

Il est donc important que la BCE continue à décourager l'épargne pour favoriser la consommation immédiate et qu'elle tente de peser sur l'euro pour favoriser l'inflation importée et pèse ainsi sur les anticipations. Or, le QE a cessé de peser sur la monnaie unique, alors même que la Fed a engagé son relèvement des taux. C'est que la banque centrale doit lutter contre un vent contraire puissant : l'important excédent courant de la zone euro, issu à la fois de l'excédent allemand et des politiques de « compétitivité externe » de ces dernières années. C'est un élément structurel puissant qui joue en faveur d'un euro fort... Pour le contrer, la BCE doit imprimer des euros et encourager la demande intérieure. Mario Draghi devrait donc marquer une pause prudente ce jeudi en ayant bien soin d'envoyer des messages rassurants au marché avant de nouvelles mesures attendues au printemps.