Les Français commencent à changer de religion à l’égard des acteurs non bancaires

Par Christine Lejoux  |   |  761  mots
16% des 1.058 Français interrogés par BVA se disent intéressés par la possibilité d'ouvrir un compte bancaire chez un fournisseur d'accès à Internet, une proportion en hausse de 3 points par rapport à 2015. (Crédits : © Vincent Kessler / Reuters)
Fournisseurs d’accès à Internet, supermarchés, bureaux de tabac, réseaux sociaux… Les Français se disent de plus en plus intéressés par l’ouverture de comptes chez des acteurs non bancaires, selon un sondage de BVA pour la Fédération bancaire française.

Et si, demain, votre fournisseur d'accès à Internet (FAI) était également votre banquier ? Ce scénario, qui semblait relever de la fiction il y a encore quelques années, est en passe de devenir une réalité, dans une certaine mesure du moins. L'opérateur de télécommunications Orange s'apprête en effet à lancer sa propre banque, au premier semestre 2017. Une offre qui répondra à une demande encore timide mais qui va croissant : selon l'Observatoire 2016 de l'image des banques, publié le 5 septembre par la Fédération bancaire française (FBF) et l'institut de sondages BVA, 16% des 1.058 Français interrogés se disent intéressés par la possibilité d'ouvrir un compte bancaire chez un fournisseur d'accès à Internet. Une proportion en hausse de 3 points par rapport à l'année précédente. Et même de 8 points au sein de la tranche des 18 -34 ans, plus du quart (26%) de cette population étant aujourd'hui encline à ouvrir un compte chez un FAI, contre 18% en 2015.

FAI, mais aussi supermarchés, bureaux de tabac, réseaux sociaux...

D'autres catégories d'acteurs non bancaires réalisent des scores encore supérieurs. A commencer par les enseignes de grande distribution, dont l'incursion dans les services financiers ne date pas d'hier, 26% des Français faisant montre d'intérêt pour l'ouverture d'un compte dans un supermarché. Suivent les bureaux de tabac, à l'image du Compte Nickel, avec 24% de Français intéressés, les FAI, donc, puis les réseaux sociaux (10%), qui poussent eux aussi leurs pions dans le domaine des paiements. Des proportions qui affichent toutes des hausses, de 2 à 5 points, par rapport à l'année dernière.

« Il existe une appétence, encore limitée mais indéniable, des Français pour l'ouverture de comptes chez des acteurs non bancaires. Cela est encore plus vrai pour la catégorie des 18-34 ans », a souligné Muriel Burglé, directrice adjointe du département Services de BVA, le 5 septembre, lors d'une conférence de presse.

Les banques gardent l'atout confiance, mais pour combien de temps?

Certes, face à l'arrivée de nouveaux entrants qui promettent des services plus simples et moins onéreux, les banques gardent l'avantage de leur réputation de tiers de confiance de premier ordre.

« La sécurité représente un élément différenciant pour les banques, c'est un atout pour notre secteur », estime Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la FBF.

Mais pour combien de temps? Plus du tiers (36%) des Français sondés par BVA ont confiance dans les fournisseurs d'accès à Internet sur les sujets de la sécurité des paiements et de la protection des données personnelles. Un an plus tôt, ils étaient 29% seulement à faire montre d'une telle foi.

La cote de confiance des réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook est elle aussi en progression, passée de 14% en 2015 à 19% cette année. Quant à celle de PayPal, pionnier du paiement en ligne, elle se stabilise au niveau très élevé de 49%. « Nous sommes dans un environnement ultra concurrentiel, où les choses évoluent très vite. Les banques doivent faire leurs preuves en tant qu'acteurs numériques. Le grand enjeu qui va se matérialiser dans les prochains mois, les prochaines années, résidera dans la capacité à offrir des services à la fois fluides et sûrs », reconnaît Marie-Anne Barbat-Layani.

Services bancaires en ligne: les Français s'enhardissent

Autre signe que « quelque chose bouge, dans l'attitude des Français à l'égard des banques », dixit Muriel Burglé, 29% des personnes interrogées plébiscitent un modèle bancaire sans conseiller attitré et avec moins d'agences, un pourcentage en progression de 7 points par rapport à l'année précédente. Il faut dire que 20% seulement des Français poussent plus d'une fois par mois la porte de leur agence bancaire, contre... 52% il y a encore six ans. C'est qu'il est devenu tellement plus pratique d'effectuer des virements depuis son smartphone que de se rendre en agence !

Certes, les consommateurs utilisaient jusqu'à présent les services bancaires en ligne et sur mobile principalement dans le cadre d'opérations basiques, mais cet appétit s'étend petit à petit à des actes nettement plus engageants. Près de la moitié (49%) des Français sondés par BVA se disent en effet prêts à souscrire en ligne, et uniquement en ligne, au moins un produit ou service bancaire, comme un contrat d'assurance habitation ou un livret d'épargne. Non seulement cette proportion a grimpé de 6 points par rapport à 2015, mais, surtout, elle s'élève à 67% chez les 18-34 ans. La banque « à la papa » semble bel et bien avoir vécu.