Paiements : vers une société « sans cash » en Europe ?

Par Christine Lejoux  |   |  946  mots
Depuis l'an dernier, les Grenoblois peuvent régler leurs transports en commun via leur carte Visa sans contact. (Crédits : Décideurs en région)
Les espèces représentent encore 70% des paiements en Europe, selon Visa. Mais cette moyenne masque des réalités très différentes, certains pays s’acheminant vers des sociétés sans cash, à la faveur de l’explosion du paiement sans contact.

Ce qui suit n'est sans doute pas de la science-fiction : vos (futurs) petits-enfants vous jetteront peut-être un jour un coup d'œil apitoyé, en vous voyant sortir de votre portefeuille un billet de 10 euros pour leur offrir un goûter à la boulangerie du coin. C'est qu'il sera devenu tellement commun de payer sans contact, que ce soit par carte bancaire ou par téléphone mobile ! Certes, l'Europe en est encore loin, 70% des paiements étant toujours effectués en espèces. Mais « 2015 a été une année de clivage dans le domaine des paiements en Europe, dans la mesure où le nombre de transactions sans contact a dépassé le milliard, (à 1,7 milliard) », a estimé Nicolas Huss, président de Visa Europe, lors de la présentation des résultats annuels du groupe, mercredi 27 janvier.

« Au Royaume-Uni, le paiement sans contact est presque devenu une façon classique de payer »,a insisté Nicolas Huss. De fait, outre-Manche, sur sept transactions par carte Visa effectuées chez les commerçants, une se fait désormais via le sans-contact, alors que le rapport était de 1 à 25 il y a un an seulement. Conséquence, les transactions en cash représentent aujourd'hui à peine plus de 40% des paiements au Royaume-Uni, une proportion inférieure de 30 points à la moyenne européenne. En Pologne et en République tchèque également, les transactions sans contact représentent déjà 40% à 50% des paiements. Mieux, « nous arrivons à des sociétés sans cash dans certains pays, notamment en Europe du Nord, où des enseignes de distribution n'acceptent plus les espèces », souligne Nicolas Huss. En France aussi, « le paiement sans contact se développe très fort », s'est félicité Gérard Nébouy, directeur exécutif de Visa Europe dans l'Hexagone. Le dirigeant en veut pour preuve le seuil de 100 millions de transactions sans contact franchi en 2015 en France, soit une multiplication par cinq en l'espace d'un an.

Plus du tiers des terminaux équipés du sans contact en France

Pour Nicolas Huss, ces tendances « prouvent qu'en matière de paiements, il faut du temps, aussi bien pour faire évoluer les infrastructures techniques que les mentalités des consommateurs. » Il est vrai que, depuis les premières initiatives lancées à Nice en 2010, le paiement sans contact avait fini par prendre des allures d'Arlésienne en France, les acteurs du secteur promettant chaque année son décollage pour l'année suivante. Mais aujourd'hui, les infrastructures indispensables à la généralisation du sans contact sont parvenues à une certaine maturité. En Europe, environ 3 millions de terminaux de paiement sont compatibles avec la technologie du sans contact, pour un parc total de l'ordre de 6 millions. La France, elle, compte 500.000 terminaux équipés, soit plus du tiers de son parc total. Quant aux cartes Visa en circulation dans l'Hexagone, plus de la moitié (53%) d'entre elles disposent aujourd'hui de la fonctionnalité sans contact. L'objectif étant de parvenir à 100% d'ici à 2020, tant pour les cartes que pour les terminaux.

Les mentalités, elles, suivent. Pour Nicolas Huss, pas de doute, si le paiement sans contact monte à ce point en puissance au Royaume-Uni, c'est en grande partie grâce à son introduction dans les transports en commun de Londres. Une fois pris le pli de régler leurs trajets en métro ou en bus au moyen de leur carte Visa sans contact - une expérience importée l'an dernier à Grenoble -, les Londoniens en redemandent. Et pour cause : payer sans contact prend une demi-seconde seulement. Conséquence, le Royaume-Uni a relevé le plafond des paiements sans contact, de 20 à 30 livres (40 euros), un montant deux fois supérieur au seuil en vigueur en France. Un seuil qu'il « va falloir augmenter pour favoriser l'essor du sans contact dans l'Hexagone », prévient Nicolas Huss. Et ce, d'autant plus que « porter le plafond à 30 ou 40 euros ne changera rien à l'économie générale de la fraude, encore plus faible dans le sans contact que dans les paiements classiques », assure Gérard Nébouy.

Visa se veut « agnostique » en matière de paiement mobile

D'une manière générale, l'heure est à la dématérialisation des paiements avec, outre les cartes sans contact, le paiement mobile, qu'Apple et Samsung, entre autres, s'efforcent de démocratiser. Déjà relais du déploiement d'Apple Pay au Royaume-Uni, Visa Europe le sera également en France lorsque le géant américain de l'électronique y lancera sa solution de paiement mobile. Ce qui n'empêche nullement Visa Europe de discuter également avec Samsung, ni d'être partenaire d'Orange Cash ou encore des banques BPCE, BNP Paribas, Société générale et Banque Postale, dans le cadre de leur projet de paiement mobile dans le cloud.

En effet, Visa Europe se veut « agnostique » en matière de paiement mobile, bien malin étant celui qui pourrait prédire quelle solution s'imposera d'ici quatre ou cinq ans. Sans parler des bagues, bracelets et autres objets connectés, qui sont « la prochaine génération de moyen de paiements », Nicolas Huss en est convaincu. Visa Europe est même en train d'expérimenter un concept de paiement sur un petit récepteur, via les veines des doigts. Les espèces sonnantes et trébuchantes semblent décidément en voie d'être ringardisées.

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Visa Europe en chiffres

En 2015, 1 euro sur 5,70 euros dépensés en Europe l'a été avec une carte Visa, et le Vieux Continent compte 522 millions de cartes Visa en circulation, soit une par habitant. Conséquence, le groupe a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires record de 2,31 milliards d'euros, en hausse de 25%, et maintenu ses coûts à 779 millions d'euros, ce qui lui a permis de retourner 739 millions d'euros à ses actionnaires.