Fiat Chrysler retire son offre de fusion avec Renault (qui plonge en Bourse)

Par Gilles Guillaume et Laurence Frost, Reuters  |   |  970  mots
Après avoir appris que le conseil de Renault n'avait pas encore tranché, John Elkann et le conseil d'administration de Fiat Chrysler, ont décidé de retirer avec effet immédiat l'offre déposée neuf jours plus tôt. (Crédits : Reuters)
Selon une source proche du groupe au losange, FCA a pris cette décision après que l'Etat français a demandé un report du vote du conseil d'administration de Renault sur le projet afin d'obtenir le soutien de Nissan. La Bourse apprécie la nouvelle de manière différenciée, égratignant à peine FCA (après une sérieuse embardée à l'ouverture) qui se redressait dans la matinée, mais envoyant franchement Renault par le fond.

[Article publié le jeudi 6 juin 2019 à 7:05, mis à jour avec cours de Bourse à 11h]

Fiat Chrysler a annoncé mercredi soir contre toute attente le retrait immédiat de son offre de fusion à 30 milliards d'euros avec Renault, accusant les conditions politiques en France d'avoir compromis un projet qui aurait donné naissance au troisième constructeur automobile mondial.

Selon une source proche du groupe au losange, FCA a pris cette décision après que l'Etat français a demandé un report du vote du conseil d'administration de Renault sur le projet afin d'obtenir le soutien de Nissan.

L'Etat français, principal actionnaire de Renault avec 15% du capital, a aussi cherché à obtenir des garanties sur l'emploi en France et le versement de dividendes aux actionnaires du groupe français, ont déclaré des sources informées des discussions.

FCA accuse "les conditions politiques en France"

Après avoir appris que le conseil de Renault n'avait pas encore tranché, le conseil d'administration de Fiat Chrysler, réuni sous la présidence de John Elkann, a décidé de retirer avec effet immédiat l'offre qu'il avait déposée neuf jours plus tôt.

"Il est devenu clair que les conditions politiques en France ne sont actuellement pas réunies pour qu'une telle combinaison voie le jour avec succès", a déclaré Fiat Chrysler dans un communiqué transmis dans la nuit de mercredi à jeudi.

Renault avait annoncé quelques minutes plus tôt, dans un communiqué distinct publié après environ six heures de réunion, que son conseil d'administration n'avait "pas été en mesure de prendre une décision en raison du souhait exprimé par les représentants de l'Etat français de reporter le vote à un conseil ultérieur".

Les administrateurs s'étaient réunis pour la deuxième journée d'affilée "afin de continuer à étudier avec intérêt la proposition de FCA concernant une potentielle fusion à 50/50", a ajouté le conseil dans son communiqué.

Désarroi des investisseurs et questions en suspens

Cet échec dans les discussions laissent Renault et Fiat Chrysler face au désarroi des investisseurs et à de nombreuses questions, notamment sur les moyens de supporter les importants investissements nécessaires pour répondre aux ruptures technologiques de l'électrification et de la voiture autonome.

Fiat Chrysler, qui a aussi eu récemment des discussions avec PSA, lesquelles n'ont pas abouti non plus, a ajouté qu'il poursuivrait son chemin en appliquant sa stratégie indépendante actuelle.

"FCA reste fermement convaincu de la logique évidente et transformante d'une proposition qui a été largement saluée depuis qu'elle a été soumise", a dit le constructeur italo-américain dans un communiqué.

La relation particulière entre Renault et Nissan apparaissait, dès l'entame des discussions, comme un possible obstacle à la fusion entre FCA et le constructeur français.

Selon des sources proches du dossier, les dirigeants de Nissan se sentaient laissés à l'écart du projet.

Le directeur général de la firme japonaise, Hiroto Saikawa, n'avait pas fait objection à une fusion Renault-FCA mais avait prévenu que celle-ci "modifierait de manière significative la structure" du partenariat avec Renault et "nécessiterait une revue fondamentale des liens actuels" entre les deux alliés.

Aucun commentaire n'a pu être obtenu dans l'immédiat auprès d'un porte-parole de Nissan.

Un revers pour le successeur de Ghosn

Il s'agit d'un nouveau coup rude pour Renault, après l'affaire Carlos Ghosn, et d'un revers pour son successeur à la présidence du constructeur français, Jean-Dominique Senard, qui s'est grandement investi dans le projet avec Fiat Chrysler et s'était rendu la semaine dernière au Japon afin d'en plaider les bénéfices auprès des dirigeants de Nissan et Mitsubishi.

Avant la réunion du conseil d'administration de Renault mercredi soir à Paris, il semblait pourtant que Senard, Elkann et les représentants de l'Etat français avaient résolu leurs points de désaccord relatifs.

Selon une source proche de Renault, la majorité des administrateurs étaient favorables au projet avec Fiat, à l'exception du représentant de la CGT qui s'est prononcé contre et des deux administrateurs représentant Nissan qui se sont abstenus.

Les représentants de l'Etat ont de leur côté demandé un report du vote pour laisser au gouvernement le temps d'évoquer le projet directement avec Nissan au Japon dans les prochains jours, a ajouté la source. Selon une autre source proche du dossier, l'Etat espérait convaincre Nissan de voter en faveur de la fusion.

Martin Vial, administrateur de Renault, a déclaré que Bruno Le Maire aurait des entrevues avec des représentants japonais en fin de semaine en marge du G20 au Japon et qu'un vote pourrait ensuite avoir lieu mardi.

Senard a demandé que Fiat Chrystler accord un délai, a-t-on appris d'une source informée, mais le groupe italo-américain a rapidement rejeté la demande.

FCA a été vu par les représentants français comme trop pressé de sceller un accord, alors que ceux-ci ont suggéré qu'il n'y avait aucune raison de brusquer les choses.

Bruno Le Maire avait répété mercredi matin à la télévision qu'il était très favorable au rapprochement, à condition que la France obtienne des garanties sur l'emploi, le maintien d'un siège opérationnel en France et la gouvernance, mais aussi à condition que la fusion Fiat-Renault voit le jour dans le cadre de l'alliance entre Renault et Nissan.

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La Bourse apprécie la nouvelle de manière tranchée, égratignant FCA qui plongeait à l'ouverture pour se redresser dans la matinée, mais envoyant franchement Renault par le fond. Ainsi l'action du constructeur automobile français, après avoir presque touché les -8% vers 9 heures, se redressait à -6,71% vers 9h30, puis confirmait sa tendance à la baisse en replongeant à -7,8% peu après 11 heures.