La facture va chauffer pour les consommateurs d'électricité modestes

Par Gabrielle Thin  |   |  863  mots
Si le prix du kWh a diminué de 0,5% le 1er août dernier, la facture n'en est pas moins salée pour les consommateurs modestes. (Crédits : Reuters)
La baisse du tarif réglementé du 1er août dernier ne va pas profiter à tout le monde: les ménages à la consommation la plus modeste pourraient voir la facture grimper en raison de la hausse du prix de l'abonnement pour les petits compteurs.

Une baisse qui va pourtant coûter cher. Si le 1er août 2018, le tarif réglementé a baissé en France de 0,5%, cette redéfinition du « tarif bleu » (le tarif réglementé décidé par l'Etat pour les particuliers et petites entreprises) ne profite pas à tout le monde. Pour les plus petits consommateurs, souscrivant au tarif de base avec un compteur à 3kVA, la facture annuelle pourrait même grimper de 20 euros, soit une augmentation de plus d'un tiers du prix de l'abonnement de l'électricité. Cette hausse ne toucherait pas tous les profils, les nouveaux tarifs bénéficiant plutôt aux gros consommateurs.

« Le prix du kilowattheure pour le tarif régulé baisse au 1 er août... mais le prix de l'abonnement augmente, et surtout pour les plus modestes », dénonce ainsi la CGT.

Hausse ou baisse des prix ?

La facture d'électricité se décompose en deux parties qui évoluent indépendamment : d'une part, le prix de l'abonnement qui est fixe selon l'option choisie (de base, avec un prix du kWh identique tous les jours, l'option heures pleines et heures creuses, tempo selon des « types » de journées), et le prix du kWh qui est variable et qui diffère surtout suivant la consommation électrique.

Si la commission de régulation de l'énergie (CRE) a annoncé que les tarifs réglementés d'EDF diminuaient de 0,5% pour les particuliers (seulement la deuxième diminution depuis 15 ans), le prix de l'abonnement a, lui, fortement augmenté. Ainsi, seuls les gros consommateurs peuvent compenser cette hausse (de surcroît moins importante sur les gros abonnements) par une diminution de la partie variable de leur facture. Les petits consommateurs subiront eux davantage l'augmentation du prix de l'abonnement que la baisse modérée du prix du kWh.

Ainsi, si la facture finale d'une consommation moyenne « augmente de 5% » ; celle des gros consommateurs « baisse de 0,2% » calcule la CGT.

Paradoxalement donc, plus on consommera, et plus on bénéficiera de cette baisse des tarifs réglementés. Et près d'1,5 million de consommateurs seraient touchés par cette hausse du prix de l'électricité.

Cette situation ouvre la voie à une nouvelle étape de la « dépolitisation » des tarifs de l'énergie, avec la reconnaissance qu'il est désormais nécessaire que les tarifs couvrent les coûts, y compris ceux des compteurs de plus petites puissance. Car le prix supporté par le consommateur ne se résume pas à celui de la production d'électricité, d'autres composantes entrent en compte, notamment les coûts d'acheminement qui font intervenir les réseaux publics de transport et de distribution, mais aussi la composante relative aux taxes ou encore à la commercialisation.

Ouverture à la concurrence des fournisseurs d'électricité

Aujourd'hui, le consommateur a le choix. Il peut décider de conserver le tarif réglementé du fournisseur historique EDF, défini par le CRE. Mais depuis 2007, il peut également se rediriger vers les offres du marché, proposées par les fournisseurs historiques également, mais aussi par les fournisseurs alternatifs, libres de fixer leurs prix, qui s'approvisionnent auprès de distributeurs (ERDF à 95%) avant de revendre cette électricité. Ils concurrencent les tarifs réglementés avec des offres très attractives, garantissant notamment la stabilité des prix pendant la durée du contrat, par exemple avec son offre Ajust qui fait profiter au client de la baisse du prix du kWh (au tarif réglementé en vigueur) tout en bloquant le prix à la hausse.

Si le « tarif Bleu » d'EDF apparaît rassurant, sous le contrôle de l'Etat et connu de longue date, il est parfois plus cher et souvent moins flexible que les nouveaux concurrents sur le marché. Ainsi EDF a vu sa part de marché diminuer ces dernières années à environ 82% aujourd'hui, perdant sur l'année écoulée environ 100.000 clients par mois. Les fournisseurs d'électricité - dernier intermédiaire avec le consommateur - grappillent du terrain, proposant des offres alternatives et misant surtout sur l'électricité verte, comme Direct Energie, Total Spring ou encore Eni (offre Astucio Planète). Engie déploie une stratégie massive de démarchage de ses clients au porte-à-porte, expliquant ses avantages par rapport au tarif réglementé. Mais il n'est pas certain que les fournisseurs se battent sur le terrain des petits compteurs, sur lesquels les marges sont très faibles.

Les tentatives de contre-attaque du fournisseur historique passent surtout par l'incitation à consommer de façon plus durable. L'offre « Vert électrique » promet par exemple d'injecter dans le réseau l'équivalent de la consommation en électricité verte (car il est impossible de savoir d'où vient l'électricité livrée dans chaque logement).

Pour l'heure, EDF a réussi à sauver son « tarif bleu » en mai dernier, selon une décision du Conseil d'Etat suite à la demande d'Engie et de l'Anode (association nationale des opérateurs détaillants en énergie) de sa suppression pour favoriser la concurrence et les baisses de tarifs. Une décision de courte durée puisqu'un projet de loi avait été évoqué au début de l'été pour organiser la fin de ces tarifs, tandis que les nouveaux arrivés ont saisi la justice européenne pour la contester.