Le transport aérien français frappé de plein fouet par la décision radicale des États-Unis (Air France, La Compagnie, French Bee, Corsair)

Par Fabrice Gliszczynski  |   |  802  mots
Pour Air France et Air France-KLM, le coup est rude. L'axe transatlantique est le plus important d'Air France-KLM sur la partie long-courrier, et l'un des plus rentables. Air France seule dessert plus de 20 villes américaines et assure plus de 200 vols par semaine. Pire, c'est vers les États-Unis qu'Air France avait prévu de redéployer une grande partie de ses capacités prévues initialement vers la Chine. (Crédits : Philippe Wojazer)
La décision de Donald Trump de suspendre pour trente jours l'entrée aux États-Unis des voyageurs ayant récemment séjourné en Europe (à l'exception des citoyens américains) pour lutter contre la Covid-19, porte un coup très dur à Air France, à La Compagnie, mais aussi à French Bee et Corsair. Ainsi qu'à toute la chaîne du tourisme français.

Coup de massue ce matin pour plusieurs compagnies aériennes françaises, mais aussi les tour-opérateurs, agences de voyages et hôteliers.

La décision de Donald Trump de suspendre pour trente jours l'entrée aux États-Unis des voyageurs ayant récemment séjourné en Europe (à l'exception des citoyens américains) pour lutter contre la Covid-19, porte un coup très dur à Air France, à La Compagnie, mais aussi à French Bee et Corsair.

Les États-Unis, un des axes du redéploiement des capacités d'Air France

Pour Air France et Air France-KLM, le coup est rude. Il a fait dévisser le cours de l'action du groupe de près de 15% ce jeudi matin, faisant passer sa valorisation sous la barre des 2 milliards d'euros seulement. L'axe transatlantique est en effet le plus important d'Air France-KLM sur la partie long-courrier, et l'un des plus rentables. Air France seule dessert plus de 20 villes américaines et assure plus de 200 vols par semaine. L'alliance entre Air France-KLM, Delta et Virgin Atlantic pèse 13 milliards de dollars de chiffre d'affaires.

Surtout, c'est vers les États-Unis qu'Air France avait prévu de redéployer une grande partie de ses capacités prévues initialement vers la Chine. Air France a en effet décidé d'augmenter en mars ses capacités vers New York, puis, en avril et en mai, d'ajouter des capacités vers New York, San Francisco, Seattle, Washington et  Los Angeles.

La Compagnie, le spécialiste de New York

Le coup est rude également pour La Compagnie, cet opérateur 100% classe affaires spécialisé sur la desserte de New York au départ de Paris. Avant la décision de Donald Trump, La Compagnie avait trouvé un accord avec sa société de leasing pour mettre au sol l'un de ses deux A321 Neo, mais aussi avec ses actionnaires qui ont remis au pot. Avec la décision américaine, l'équation, qui était déjà difficile, devient extrêmement compliquée.

French Bee et Corsair ont prévu de lancer New York en juin

La décision américaine pose problème également à French Bee. La low-cost long-courrier du groupe Dubreuil dessert en effet San Francisco pour se rendre à Papeete et, à ce titre, commercialise des billets entre Paris et San Francisco.

Reste à savoir en effet si les autorités américaines accepteront de voir les passagers américains voyager avec des Français se rendant à Tahiti...

Air Tahiti Nui qui assure la ligne en passant par Los Angeles est dans la même situation. La compagnie étudie une autre route en évitant de passer par les Etats-Unis.

Enfin, cette décision complique évidemment la prise des réservations pour les vols entre Paris et New York qui doivent démarrer le 10 juin.

La problématique est la même pour Corsair qui dessert Miami et qui a prévu d'ouvrir Paris-New York le 10 juin également.

Catastrophe pour les voyagistes

L'interdiction aux Européens d'entrer aux États-Unis pendant un mois constitue  également un coup très dur pour les voyagistes.

"C'est la catastrophe, on se demande ce qu'il nous reste à vendre comme destinations. Au total, entre les voyages à forfait (hébergement+vols) et les prestations sèches (vols principalement), on estime qu'il y a 100.000 clients concernés au niveau des tour-opérateurs français sur mars et avril", a expliqué à l'AFP René-Marc Chikli, le président du Seto, la fédération des tour-opérateurs qui regroupe l'essentiel de la profession.

Contacté par l'AFP, Jean-Pierre Mas, le président des Entreprises du Voyage, qui représente les agences de voyage de l'Hexagone, a pour sa part estimé que "entre 300.000 et 400.000 Français doivent voyager aux États-Unis dans les trois prochains mois pour les loisirs ou le travail".

"C'est dramatique et catastrophique pour l'industrie du voyage d'affaires comme de loisirs. Et on s'imagine que le virus va s'arrêter aux frontières!", a-t-il déploré.

Les hôteliers touchés : de 40% à 80% de baisse de chiffre d'affaires

Enfin, le coup est rude pour les hôteliers. Les Américains représentent le premier contingent de touristes étrangers pour Paris et la région Ile-de-France, avec 2,6 millions d'arrivées hôtelières l'an dernier.

"En 2019, il y avait 5 millions d'Américains qui sont venus sur le sol français, et jusque-là ils maintenaient leurs déplacements. L'impact va se multiplier très rapidement, dans les heures et les jours à venir, beaucoup de pays vont prendre ces dispositions-là", a réagi auprès de l'AFP Roland Héguy, président de l'Umih, principale organisation de l'hôtellerie-restauration.

Selon l'Umih, 95% des hôtels, cafés et restaurants sont affectés par une chute de fréquentation due à l'épidémie de coronavirus, avec une baisse de chiffre d'affaires de 40% en moyenne, et même 80% dans les zones confinées.