First Solar veut s'affranchir des mécanismes de soutien

Par Dominique Pialot  |   |  504  mots
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L'américain, leader mondial des couches minces, vise un prix du kilowattheure de 8 à 11 cents d'euro d'ici à 2015, compétitif avec celui des énergies fossiles.

A 73 centimes de dollar (56 cents d'euro), First Solar, le leader des panneaux solaires à couches minces (5 gigawatts installés en 10 ans d'existence, 2,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2011) produit déjà le watt le moins cher du marché. Mais il ne compte pas s'arrêter là et vise d'ici à 2015 un coût de 50 à 54 centimes de dollar (41 cents d'euros). En corollaire, l'américain leader des couches minces espère bien pouvoir vendre le kWh à un prix de 10 à 14 centimes de dollar (de 7,6 à 10,7 cents de centimes), donc à parité avec les énergies conventionnelles sur la majorité des marchés. « Notre objectif, c'est qu'en 2015, 100 % de nos projets soient viables sans subventions », annonce le responsable du développement Benjamin Thibault. « Mais le coût des panneaux n'est pas le seul à prendre en compte, rappelle-t-il. Le financement peut représenter jusqu'à 40 % du coût d'un projet. »
La capacité de production mondiale a triplé en trois ans, mais avec 36,6 gigawatts (GW) de panneaux produits et seulement 24,2 GW installés, l'année 2011 illustre bien la situation de surcapacité dans laquelle se trouve aujourd'hui le marché mondial. Dans ce contexte, First Solar qui a comme tous ses concurrents subi une nette dégradation de ses résultats, espère néanmoins vendre pour 1,8 GW environ en 2012, contre plus de 1,4 GW en 2011.

Un potentiel de 65 GW sur les marchés existants

Sur les marchés matures (Allemagne, Espagne, Italie), qui représentent 80 % des capacités aujourd'hui installées mais dont la part diminue rapidement, les gouvernements s'inquiètent du poids que pourrait représenter le financement des énergies renouvelables dans la facture d'électricité. Particulièrement en période de crise et à l'approche d'échéances électorales.  Les huit lignes de production allemandes de First Solar tournent actuellement à 50 % de leur capacité.

En France, EDF EN est un client important de First Solar, dont les panneaux équipent notamment le plus gros site solaire français, 115 MW sur une ancienne base militaire à Toul-Rosières (Meurthe-et-Moselle). Mais le projet d'implantation d'une usine à Blanquefort (Gironde) dans la banlieue de Bordeaux, qui prévoyait un engagement de rachat de l'intégralité de la production par EDF EN 10 ans reste suspendu, faute de perspectives suffisantes du marché français. Le bail court jusqu'à fin 2012, et l'américain ne peut compter que sur un changement de politique vis-à-vis des énergies renouvelables après les élections présidentielles.

Des marchés durables indépendants de tout mécanisme de soutien

Quant aux marchés de demain (Asie, Afrique du Nord, Amérique Latine), les gouvernements n'auront peut-être jamais les moyens de mettre en place de tels mécanismes de soutien.
Dans ses projections à long terme, First Solar estime à 65 GW le potentiel des marchés existants, 105 GW pour les marchés « de transition » (Californie, Chine, Inde, Etats-Unis, pays du Golfe, Australie) et 1700 GW pour « les marchés durables », qui pourront se développer à parité prix avec les énergies fossiles et un soutien financier minimal. Sur ces marchés, la capacité solaire potentielle doit atteindre au moins 5 % de la consommation totale d'électricité.